Lubiana - ©dianemoyssan
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L’Interview Dix-Moi de Lubiana : son album Terre Rouge, son rapport à l’Afrique, son duo avec Gaël Faye…

Lubiana est de retour avec un nouvel album intitulé Terre Rouge. Nous avons voulu en savoir plus… Rencontre avec l’artiste en 10 questions. 

Elle inaugure ce nouveau format : Dix-Moi. Dix questions pour en apprendre davantage. Après trois années d’attente, Lubiana est enfin de retour. Quel bonheur pour la rédaction de pouvoir tendre à nouveau l’oreille et se laisser bercer par les mélodies hypnotisantes et la voix attachante de l’artiste belgo-camerounaise. Dès son premier projet Be Loved (2021), qui nous l’a fait découvrir en même temps que son instrument fétiche, la kora, nous avons été charmés. En ce 25 octobre, elle est de retour avec Terre Rouge. Un album de dix titres qui creuse encore plus l’envie de s’enraciner à soi et aux autres, à repousser les limites de ses propres croyances et à oser pousser les portes de son histoire familiale. 

L’interview Dix-Moi de Lubiana : 

1 Comment tu te sens à quelques jours de la sortie de ton nouvel album ? 

Je me sens très très heureuse et assez calme. C’est la première fois que je me sens alignée dans le partage. C’est un projet du début à la fin qui a été fait avec bienveillance. C’est comme un carnet de voyage, les belles rencontres ont bercés ce projet. 

2 En quoi la musique est-elle un voyage pour toi, tant sur le plan géographique (Afrique, Europe, Amérique du Nord) qu’intérieur ?

J’ai toujours été animé par la quête. J’ai une soif d’apprendre, de découverte et j’ai toujours été passionné par la culture du monde. Pourquoi certains peuples ont certains rites ? Moi-même je viens d’une tribu. Je me suis rendu compte qu’en occident c’est ce qui m’avait manqué. On a été un peu coupés de nos traditions. J’ai vraiment réalisé à quel point dès que je voyageais sur d’autres continents, il y a ce culte des traditions, des rituels et la place du sacré. 

3 Je veux parler de cette pochette, où l’on te voit enfant sur cette Terre Rouge. Quel souvenir te rappelle cette photo ? 

Cette photo a été prise dans mon village. La terre est très rouge. Quand j’étais enfant, c’était une fascination. C’est comme si demain tu arrives dans un pays et que le ciel est mauve. C’est mon premier souvenir d’enfant. J’avais 2-3 ans. Il y a toute l’innocence de la petite fille métisse qui ne se rend pas compte qu’elle est blanche, de sa différence. Il m’a fallu des années pour retourner à cet état de petite fille, qui est juste en contact avec sa terre sans se soucier des différences de couleurs de peau. 

4 Ce sujet figure dans ce deuxième album avec le titre « La Blanche ». Pourquoi arrive t-il dans ce deuxième album ? 

Pendant 10 ans, j’ai mis de côté mon africanité. Oui, je suis camerounaise et belge. Mais à la base je me sentais plus belge. J’ai ma culture occidentale, je vis en Belgique. Je n’ai pas envie de dire que je n’y pensais plus, mais j’étais concentré sur ma musique. Je faisais mes projets. Quand je suis retourné en Afrique, d’abord, toujours dans une dynamique pour faire de la musique, avec cet instrument, la kora, ça m’a frappé. C’est comme si d’un coup, ça a été une évidence.

Quand j’ai écrit ce nouvel album, je ne savais pas où j’allais. Le point de départ, ça a été quand j’ai écrit le titre “Terre Rouge”. Les paroles me rappellent que j’ai ça en moi. Quand j’ai écrit “La Blanche”, je me suis rendu compte que ça m’avait vraiment marqué, comme une émotion que l’on refoule et qui vient nous frapper quelques années après. Avant je ne me posais même pas la question, d’un coup, je me suis revu et j’ai exploré toutes les palettes de ses émotions. La terre rouge ça peut être aussi une couleur forte, effrayante finalement. Aujourd’hui, ce rouge représente pour moi l’amour. 

5 « N’oublie jamais qui tu es, d’où tu viens ». Le fait de connaître ses racines, aller chercher à l’intérieur de soi mais aussi à l’extérieur, est-ce que cela a été des épreuves libératrices pour toi ? 

Pour l’écriture de cet album, j’ai composé 60 titres. J’en ai gardé 10. Je ne me mets pas de limite quand j’écris. J’imagine cette image comme un robinet, je vois ce qui vient, ce qui me traverse. À un moment donné, il y a eu cette cohérence sur certains titres qui parle du continent africain. 

J’ai eu envie de célébrer nos femmes, nos mères, nos sœurs, nos filles… 

Lubiana

6 Il y a aussi la partie instrumentale qui rappelle cette diversité culturelle. Quel était le but ? 

C’est une ode à ce continent, une célébration à sa beauté et sa richesse. C’est mon choix de revenir aussi à des instruments plus organiques, un album LIVE acoustique et mettre en avant des instruments traditionnels du continent c’est aussi une façon de dire qu’il n’y a pas de honte à célébrer nos cultures et nos traditions. 

7 Lors de notre première interview, tu nous disais : “Mon rêve à travers la musique, c’est de pouvoir faire un pont entre les cultures”. Est-ce que ce rêve est toujours d’actualité ?

La vie est belle quand elle est faite de rêves. Jusqu’à la fin de ma vie, j’aurai des rêves. Je rêve de célébrer l’humanité de ce monde, sa beauté. D’ailleurs, mes rêves n’ont pas vocation à tous se réaliser. Par exemple, je trouve ça beau de voir mon grand-père qui souhaite apporter l’eau au village, il a 93 ans, c’est beau. Je ne sais pas s’ il le verra se réaliser mais c’est le rêve d’une génération future. D’une certaine façon, je crois que je réalise peut-être le rêve de mes ancêtres en célébrant le métissage et de montrer qu’aujourd’hui on peut se rencontrer dans nos différences et s’unir. 

8 Il y a ce titre marquant, « Farafina Mousso ». Pourquoi as-tu pensé à Gaël Faye ?

Pour traduire, ce titre veut dire Femme d’Afrique. Je l’ai écrite pour célébrer les femmes africaines qui font partie des êtres les plus invisibilités. J’ai vu mes tantes, ma grand-mère avançaient avec tellement de résilience, la tête haute face aux atrocités. Gaël Faye est apparu comme une évidence. Il a un documentaire « Le Silence des mots » qui va justement à la rencontre des femmes rwandaises qui ont vécus des atrocités pendant le génocide. J’ai eu envie de célébrer nos femmes, nos mères, nos sœurs, nos filles… 

9 Comment s’est faite cette collaboration avec ? 

Je lui ai envoyé la démo sur Instagram. Il m’a dit qu’il refusait systématiquement toutes collaborations car il était dans l’écriture de son roman ( “Jacaranda”). Cependant quand il a écouté le titre, il a été emporté par des souvenirs sensoriels simples et profonds. Avec Gaël, on se retrouve dans tellement de thématiques. Il a grandi en Afrique, moi en Europe. On a tous les deux pendant une période de notre vie, sur-investis notre identité plurielle. Vivre ce voyage dans son pays au Rwanda, aller à la rencontre des femmes de son pays, pour moi il est devenu comme un grand frère artistique avec des messages qui résonnent en moi. 

10 Côté scène, nous on a pu te voir au Café de La Danse. Avec ce projet, comment tu te vois ?

Il y aura vraiment une évolution dans la scénographie. Cela va être comme un conte. Il y aura des images et des projections ainsi que ma voix parlée. Je me suis rendu compte en ayant créer un podcast aussi, qu’à la base, les joueurs de kora sont des conteurs. On prépare un voyage immersif sur la terre de mes ancêtres, sur la terre rouge.