LEJ - © Francis Courbin
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L.E.J en interview : “On n’imaginait pas qu’avec un violoncelle et deux voix on puisse buzzer”

Exclusivité aficia

Rencontre avec L.E.J qui fait le pont sur ses débuts et le succès du “Mashup 2015” qui a tout fait basculer. C’est sur aficia !

Semaine spéciale sur aficia puisque nous passons la semaine avec… L.E.J ! Le trio féminin fera son retour dans les bacs ce 29 mai avec Pas peur. Il donnera suite à En attendant l’album (2015) certifié Double Disque de Platine (équivalent à 200.000 ventes) et Poupées Russes paru il y a deux ans.

À l’occasion du nouvel album de L.E.J garni de belles collaborations (Bigflo & Oli, Kemmler, Fakear, Chilla et Youssoupha), nous nous sommes entretenus avec les filles via Skype, confinement oblige. Ensemble, nous avons abordé trois points qui sont chers à Lucie, Elisa et Juliette, à savoir le buzz survenu autour de leur premier mashup, puis leur engagement associatifs pour enfin récolter quelques confidences à propos de leur nouvel album…

Retour sur le succès fulgurant de leur Mashup 2015

Après nous avoir confié sa playlist du moment, L.E.J revient sur ce qui a tout fait basculer dans leur vie : ce fameux “Mashup 2015”. Comment fait-on pour passer de filles normales à de véritables stars de la toile ? Ce buzz était-il recherché ? Les critiques sont-elles difficiles à encaisser ? L.E.J vous dit tout…

L.E.J : l’interview…

Comment définiriez-vous les filles que vous étiez avant de publier votre Mashup 2015 sur YouTube ?

Elisa : On avait des vies complètement normales, on faisait déjà beaucoup de musique et nous étions à l’école. Évidemment, suite à cela, nos vies ont changé. Quant à nous, on a grandi, mais je ne pense pas qu’on ait changé nos façons de communiquer avec nos potes, avec nos familles…

Vous concernant, est-ce qu’on peut dire que l’été 2015 a été le plus mouvementé de tous ? 

Elisa : (Après une longue hésitation) Pas sûr ! Parce qu’il y a quand même eu l’été 2016 ensuite qui a été fort ! 

Lucie : Forcément, notre vie a totalement basculé à l’été 2015. On a pu vivre de notre musique toute cette année 2015-2016 et nous avons réussi à en faire notre métier. On a mis nos études de côté, même beaucoup, pour se consacrer à notre passion et cela a été le début d’une belle aventure. Après, toutes les années sont extrêmement riches dans ce milieu là. Les jours ne se ressemblent jamais. C’est beaucoup de chance ! Mais c’est certain que 2015 a été un beau démarrage pour notre jeune carrière ! 

Pour moi, cela a été assez violent et intense. Je ne m’étais vraiment pas préparé.

Juliette

Comment décrit-on ce phénomène, ce tsunami qui arrive un peu en pleine figure quand on est de jeunes artistes ?

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Juliette : Évidemment, on comprend pas du tout ce qui nous arrive au début. On n’a pas vraiment eu le temps de se préparer. Bien sûr qu’à long terme, on voulait vivre de notre passion. Mais c’est un peu le buzz qui a devancé nos envies. Quand ça arrive, tu ne comprends pas l’ampleur que ça va prendre, tout l’environnement, tout ce qui va changer : le fait d’avoir un attaché de presse, de faire de la promo radio, TV, le fait d’être plus exposé dans ta vie personnelle, que ce soit dans la rue ou dans les magasins… Tu ne te rends pas du tout compte de l’ampleur et ça arrive progressivement.

Après, on ne l’a pas vécu non plus de la même manière. Pour moi, cela a été assez violent et intense. Je ne m’étais vraiment pas préparé. La semaine où ça a buzzé, j’éteignais mon téléphone et je le rallumais qu’une fois par jour. Mais à la fois, dès qu’on arrive à surpasser ça, et qu’on relative, c’est quelque chose de génial que tous les artistes souhaitent avoir au fond d’eux-mêmes. On a progressivement appris à apprécier le succès.

C’est vraiment au moment de la composition de l’album Poupées Russes qu’on a vraiment commencé à se rendre compte des choses qui ont changé et tout ce qu’il s’était passé. En réalité, on a vraiment mis trois ans pour retrouver un rythme de vie normal et comprendre pourquoi sur certaines dates de tournées c’était complet et d’autres non. Là, ça te fait vraiment quelque chose. Au début, c’est allé tellement vite qu’on se rendait pas vraiment compte !

Ce buzz dont vous parlez, il n’était pas recherché finalement ? 

Elisa : Non, on ne cherchait pas du tout à ce que ça marche. On ne cherchait pas du tout le buzz… On cherchait encore moins à faire des millions de vues ! On faisait juste des reprises, des concerts dans des bars et des vidéos entre potes. Comme disait Juliette, on voulait en faire notre métier, mais doucement, sûrement, en prenant notre temps et sans forcer. Le but en soi n’était pas de ‘percer’.

Juliette : On ne voulait pas percer avec des reprises en fait. On avait déjà l’envie de faire des compos. “La dalle” on l’avait composé à cette époque-là d’ailleurs. C’est vrai que pour nous, on espérait que ça marche, mais pas à cette vitesse-là. Mais personne ne peut se douter de ça !

Lucie : Le pire, c’est qu’on n’imaginait pas qu’avec un violoncelle et deux voix on puisse buzzer. On avait pas envisagé ça. Alors oui, que ça marche, qu’on fasse des concerts dans des bars, qu’on en vive ok, mais pas de cette ampleur-là ! Qu’on nous dise six mois après qu’on ferait une Cigale et quatre Olympia, jamais dans ma vie je me serais dit que je ferai un Olympia un jour… On avait confiance en nous, mais on ne savait pas jusqu’où on pouvait aller, et encore moins à ce point là !

Au final, peu importe la personne à qui ça arrive, tu ne t’attends jamais à ce genre de truc !

Élisa

Je me souviens que vous aviez tagué de nombreux d’artistes sur Facebook, des artistes que vous aviez repris avec le Mashup 2015. Tout a démarré de là en fait ?

Elisa : Oui ! Mais l’ampleur du buzz est venue aussi du fait que le premier article qui a parlé de nous est le TIME. Du moment que c’est outre-Atlantique et que ça dépasse les frontières, c’est à ce moment-là que la presse française s’emballe un peu. C’était très drôle car c’est Juliette qui nous envoie l’article en privée du genre “Oh les meufs, regardez il y a un magazine qui s’appelle TIME qui nous a partagé, mais c’est le LE TIME”… et en fait on lui a dit que c’était le célèbre TIME ! “Pardon, c’est une blague ?!” Au final, peu importe la personne à qui ça arrive, tu ne t’attends jamais à ce genre de truc ! Et oui, cela a amplifié la machine de voir des artistes internationaux qui te partagent. C’est sûr que ça fait quelque chose ! 

Y a-t-il un fait qui vous a étonné ou surpris à vos débuts ?

Lucie : Alors, ce n’est pas du tout prétentieux, mais je ne m’attendais pas à ce qu’autant de gens nous détestent ! Autant il y a avait vraiment beaucoup de gens qui nous aimaient, on a eu cette chance d’avoir des millions de vues, mais on a eu beaucoup beaucoup, beaucoup, de gens contre nous. Plus tu es médiatisé, plus les avis sont divisés, c’est normal. Mais ce qui m’a choqué, c’est qu’à la base on était entre nous avec une bande de potes et tout le monde aimait ce qu’on faisait car c’était original. Quand j’ai mesuré la haine qu’on pouvait susciter chez certaines personnes, je vous avoue que c’est peut-être ça mon plus gros choc. Je ne pensais pas provoquer une telle haine, car dans ma tête on était entre potes, il y a un violoncelle, ça ne peut que plaire aux gens. Mais c’est vraiment sans grande prétention, mais certains artistes l’auront sans doute perçus aussi. Quand tu fais de la musique pour toi ou pour tes potes, les gens t’aiment beaucoup, mais c’est quand ça devient très médiatisé que les gens ne t’aiment plus. J’ai eu ce gros choc lorsque j’ai lu les premiers commentaires. J’avais vraiment envie de leur répondre : “On fait de mal à personne, il faut se calmer !

De toute façon, quand quelqu’un devient connue, la notion d’humanité disparaît à cause de l’écran.
Il y a une part d’inconscience chez les gens qui se disent
Cet artiste n’est pas réel en fait”,
ce qui leur permet de dire tout ce qu’ils pensent. 

Élisa

Elisa : On a eu toutes sortes de commentaires. Il y a les commentaires “j’aime pas” et les critiques négatives, qui, quoi qu’il en soit, nous font avancés, et il en faut des critiques. Mais parmi tout ces commentaires, il y avait de la méchanceté gratuite. En plus, on est des femmes, on est davantage jugés sur notre façon d’être, sur notre physique, sur notre façon de nous maquiller, sur des trucs sur lequel un mec est beaucoup moins jugé. On était presque au point de nous demander si ce mec nous détestait parce qu’il trouvait que je ressemblais à une bouteille d’Orangina ? Mais ça n’a aucun sens ! C’est hyper bizarre à appréhender. On se demande pourquoi les gens sont aussi méchants gratuitement. Est-ce parce qu’ils sont cachés derrière leur écran ? De toute façon, quand quelqu’un devient connue, la notion d’humanité disparaît à cause de l’écran. Il y a une part d’inconscience chez les gens qui se disent “Cet artiste n’est pas réel en fait”, ce qui leur permet de dire tout ce qu’ils pensent. 

Lucie : Puis, quand tu a 19 ans, que tu es naïve et tout, tu veux faire que des trucs cool, tu te rends compte que le monde n’est pas un monde de Bisounours, donc forcément, c’est un peu dur à encaisser au début.