Il a fait ses débuts sur TikTok et aujourd’hui il s’apprête à conquérir le monde ! À l’occasion de la sortie de son premier album WITHERED, aficia vous propose de faire la connaissance de d4vd – la nouvelle sensation pop à absolument découvrir.
d4vd, L’Interview Sans Filtre :
Bonjour David ! Pour commencer, j’ai lu dans une précédente interview que, durant les premières années de ta vie, tu n’écoutais que de la musique gospel. Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui rend ce genre musical si particulier, et comment a-t-il influencé la musique que tu fais aujourd’hui ?
C’est vrai que j’ai essentiellement grandi au son de Bach, et toutes ces choses. Ça a clairement eu un impact sur ma façon de chanter, ma façon d’utiliser ma voix lorsque je suis sur scène aussi… Et plus généralement ça m’a permis d’avoir une plus grande culture musicale et d’apprendre les fondements de la création musicale – sans avoir à m’y forcer, c’était passivement engrainé dans mon cerveau. D’ailleurs, aujourd’hui j’incorpore beaucoup de soul dans mes chansons.
Est-ce qu’il est vrai que tu as, par la suite, découvert l’indie rock ainsi que le hip-hop à travers des montages Fortnite ?
Oui, exactement ! Je me souviens que la première chanson que j’aie entendue sur Fortnite, c’était “Sweater Weather” des Neighborhood. Et je me souviens m’être dit que c’est incroyable, qu’il fallait que j’en apprenne plus, et c’est comme ça que par la suite j’ai découvert les Wallows, Clairo… les groupes indie… tout ça, tout ça.
Qu’est-ce que ça t’a fait ressentir, d’être exposé à cette nouvelle musique ?
C’était fou ! C’est comme si, toute ta vie, tu avais seulement connu l’eau… et soudainement tu découvrais le soda ! C’était tellement cool de découvrir toutes ces nouvelles sonorités, ces nouvelles façons de chanter et d’expérimenter…
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Et pour continuer sur le gaming, il me semble que tu as commencé à faire ta propre musique d’une façon plutôt particulière : c’était initialement pour éviter les copyright strikes lorsque tu streamais tes parties de jeu. Est-ce que, en plus de ta passion pour le jeu vidéo, la musique était quelque chose qui t’a toujours intéressé ?
La musique ne m’a jamais passionné. Mais en vrai, j’ai connu plusieurs phases de réorientation professionnelle. Je me souviens, lorsque j’ai commencé à créer mes propres modes sur Fortnite, j’ai découvert le codage et je voulais vraiment devenir créateur de jeux vidéo. Et j’avais tout prévu d’ailleurs, parce que si ma carrière dans les jeux vidéo ne fonctionnait pas, j’avais prévu de m’orienter vers une école de commerce pour apprendre la sécurité informatique, obtenir un diplôme et tout… Enfin, je détestais l’idée de devoir aller à l’université, mais bon la musique n’a jamais été ma passion pour commencer. Néanmoins, j’avais pris part à certaines activités qui, passivement, incluaient de la musique. J’ai fait partie d’une chorale au sein d’une église quand j’avais genre sept ans, un peu plus tard j’ai pris des cours de piano… mais j’ai abandonné trois semaines plus tard ! La musique est venue puis repartie de ma vie à plusieurs reprises, j’ai même fait partie d’un groupe, puis j’ai appris à jouer de la flûte… Mais ce n’est qu’au moment de Fortnite que j’ai réalisé que, en fait, la musique c’est pour la vie.
Tu mentionnes justement avoir eu une certaine éducation musicale, et je me demandais si, aujourd’hui, la musique a pris le dessus sur ta vocation pour les jeux vidéo .
Mon plan de carrière, c’est de jouer à Fortnite. La musique est à côté, mais je veux devenir un gamer professionnel.
Est-ce difficile d’être pris au sérieux dans la musique quand on provient du monde du gaming ?
Pas vraiment. Franchement, je laisse les fans déterminer à quel point ils me prennent au sérieux. Au tout début, lorsque j’ai commencé à publier mes premières chansons, les joueurs de Fortnite les reprenaient de façon gratuite, elles étaient libres de droit. Et je pense que cela leur plaisait de voir un artiste Fortnite qui ne touchait pas d’argent sur ses compositions, sans copyright ni rien, qui ne se prenait pas trop la tête. D’ailleurs, j’ai commencé en tant que meme TikTok, je n’étais pas vraiment sérieux au tout départ. Puis, progressivement, le public a réalisé que ma musique envoyait du lourd et j’ai réussi à dépasser le statut de meme viral. Tout cela pour dire que, si la musique est authentique et que les gens ressentent ta sincérité, c’est plus précieux que n’importe quelle validation de l’industrie. Je supplierai jamais les gens d’écouter mes chansons et de me prendre au sérieux, c’est vraiment la sortie de “Romantic Homicide” qui a tout fait basculer pour moi. Les fans ont fait leurs propres interprétations des paroles, ils lui ont donné le sens qu’ils souhaitaient, et la chanson fait partie intégrante de leurs vies aujourd’hui. Et je sais qu’elle a aidé énormément de monde à se remettre de ruptures, de deuils et tout… Donc j’ai pas besoin de trop essayer de prouver je ne sais quoi, ceux qui se retrouvent dans mes chansons s’y retrouveront et les porteront.
Avant que tu ne signes en label en 2022, tu publiais des chansons sur SoundCloud. C’est le titre “Here With Me” qui a véritablement lancé ta carrière, en dépassant les frontières de TikTok et en invadant les playlists et les radios. Pourquoi, selon toi, ce titre était si spécial qu’il a explosé à ce point ?
C’est toujours un mystère pour moi. Avec TikTok, c’est toujours difficile de déterminer ce qui va fonctionner et ce qui ne va pas fonctionner. Car à mes débuts je postais ma musique dessus et cela ne perçait pas en dépit de tous mes efforts. Et puis, un jour, j’ai posté cette version “Chipmunks” de “Here With Me”, et ça a complètement pété ! Je le faisais avec plein de chansons avant, je pitchais leurs voix et les postais sur TikTok… mais quand je l’ai fait avec ma chanson, les gens ont enfin commencé à s’intéresser à qui j’étais en tant que personne. C’est comme ça que j’ai décidé de poster le titre, et tout le monde m’y associait sans jamais avoir vu ne serait-ce que mon visage – d’ailleurs personne ne savait de quelle nationalité j’étais, de quelle couleur j’étais… Il n’y avait pas d’artiste, pas de figure, seulement la musique. J’étais la musique, et la musique était moi. Et de réussir à captiver tout un public sans qu’ils puissent mettre un visage sur la chanson, c’est tout de même un exploit.
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Tu parles de TikTok, et il est vrai que c’est une plateforme qui a énormément aidé à ton lancement. Toi qui as vingt ans, que penses-tu de l’impact de ce réseau social sur l’industrie musicale actuelle ? C’est une application sur laquelle il faut constamment sortir des chansons afin de maintenir l’attention du public.
C’est une bénédiction ainsi qu’une malédiction. C’était super dans mon cas, car j’ai justement réussi à faire perdurer “Here With Me” et “Romantic Homicide” sur la plateforme sans sortir de chansons durant genre six mois. Mais sur TikTok, tout apparaît puis disparaît si rapidement ! T’es à un swipe du plus gros hit de ta vie, tout comme t’es à un swipe d’un flop monumental. Donc je suppose que, généralement, en tant qu’artistes, il est important d’essayer de nouvelles choses, de surprendre le public. Parfois, certains artistes veulent te spammer et te faire aimer une chanson, mais si elle ne prend pas alors il faut accepter qu’elle ne prend pas et passer à autre chose. Avec TikTok, tu le sais dès le premier instant si c’est un tube ou non – et si cela ne le devient pas, alors il vaut mieux laisser tomber et essayer autre chose.
Et toi, est-ce qu’aujourd’hui tu ressens la pression de constamment sortir des chansons ?
Pas vraiment, non. J’ai une fanbase, que j’ai cultivée au fil du temps. Donc maintenant, je peux me permettre de sortir mes chansons quand je le souhaite et ne pas me soucier du succès. Et également, je veux pouvoir laisser du temps aux fans afin de digérer une chanson, je ne veux pas les saturer non plus.
La musique n’a jamais été ma passion. Ma vocation est de devenir joueur de Fortnite professionnel. »
Il parait que ta musique est très inspirée par la culture animé. Comment ce genre particulier de dessin animé a inspiré ton son ?
En fait, cela inspire essentiellement mon écriture. Pour moi, l’anime est un des genres de littérature les plus sophistiqués. La culture japonaise, déjà, c’est incroyable, et les histoires qu’ils sont en mesure de raconter à travers les animés sont incroyables. C’est énormément d’action, beaucoup de combat… mais au-delà de l’action se cachent des personnages uniques et très complexes. Mon animé favori de tous les temps est “Attack on Titan”, et je trouve que l’écriture dans cette série est juste grandiose tant le protagoniste finit par devenir un antagoniste à la toute fin. Le développement des personnages est très complexe, et tu finis par t’attacher à eux, tu t’identifies à eux.
Parlons maintenant de ton premier album, WITHERED, qui vient tout juste de sortir. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ce projet ?
C’est clairement l’album qui contextualise ces trois dernières années de ma vie. Lorsque j’ai sorti mon premier EP, j’étais déscolarisé et vivais à travers les histoires d’autres… j’étais un peu le biographe de mes amis, je m’inspirais aussi pas mal de films Disney et tout ce que je voyais autour de moi. Mais cette fois, sur cet album, j’ai écrit sur ma vie. J’ai vraiment puisé dans mon vécu, je me suis montré vulnérable et cela se ressent dans les sujets abordés : l’amour, le deuil, la perte… D’ailleurs, niveau sonorités je dirais que ça sonne comme une lettre d’adieu ! Chaque piste, tu pourrais penser que c’est un outro – ce qui est génial ! J’adore le contraste entre chaque chanson, aucune d’entre elles ne sonne comme une autre, j’ai vraiment réussi à créer une œuvre regroupant différents vibes et sentiments. Chacun peut y trouver au moins une chanson qu’il aime.
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Avec qui as-tu travaillé sur ce projet ?
J’ai collaboré avec Ryan Tedder, Tyler Spry aussi… Sinon, mes amis Jack Hallenbeck et silent$ky… Plusieurs producteurs rencontrés sur YouTube aussi, d’ailleurs je produis pas mal de chansons depuis mon téléphone, à l’aide de BandLab.
C’était comment, de travailler avec un génie comme Ryan Tedder ?
Il a une intelligence incroyable ! Il vit et respire la musique, à toute heure de la journée ! C’est lui qui m’a appris comment une chanson est structurée, il a appris à écrire des chansons à ce garçon que j’étais, qui auparavant ne savait utiliser que son téléphone pour créer. J’étais pas du tout structuré dans ma démarche, et lui m’a montré les bases et m’a aidé à apporter une certaine maturité au projet.
Tu crées souvent tes chansons depuis ton iPhone ?
Clairement. 90% du temps ! J’utilise cette application, BandLab, et je n’ai plus qu’à brancher mes écouteurs et me mettre au travail ! D’ailleurs, j’ai fait quelques nouvelles chansons depuis que je suis sur Paris, juste avant j’en ai également fait à Londres… Je n’arrête jamais, c’est partout où je vais !
Et sur le single “Crashing”, tu as notamment collaboré avec la grande Kali Uchis. Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ? Est-ce que tu étais fan de sa musique avant ça ?
Totalement, j’ai longtemps écouté ses chansons. D’ailleurs, c’était une des premières artistes à m’avoir validé en 2022, elle écoutait “Here With Me” lors d’un de ses lives. On a réussi à joindre nos forces grâce à nos labels, il y a cinq ou six mois… et on s’est rendus tous deux en studio, juste pour viber et voir si quelque chose allait en sortir. Puis je suis parti à Houston, j’ai fait quelques sons sur mon téléphone, et je lui ai envoyé la démo de “Crashing”. Elle a bien aimé, elle a fait son couplet le lendemain, et c’était la plus belle chose que j’avais jamais entendue.
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Elle est comment, en studio, Kali Uchis ?
Incroyable ! Elle est aussi rapide que moi, qui suis de nature hyperactive, qui ne s’assoit jamais. Tout comme moi, elle n’écrit jamais les paroles sur une feuille, elle se pose devant le micro et fait un freestyle pour voir si ça colle. On finit toujours avant la fin du temps prévu, avec elle. Et sa voix est juste phénoménale. C’était énorme de la voir en action.
Récemment, on a pu te voir streamer aux côtés d’un groupe qu’on adore ici à aficia : il s’agit de KATSEYE.
Ah oui !
Est-ce qu’on pourrait s’attendre à une collaboration à l’avenir ?
Qui sait, qui sait…? Déjà, attendons leur comeback !
Je vois que tu connais les termes de la K-Pop, est-ce que tu es un fan de ce genre musical ?
Carrément ! Le plus gros fan ! J’adore NJZ, je suis un gros fan de Stray Kids aussi… BTS, BLACKPINK, ENHYPEN je les adore aussi !
Je t’ai vu d’ailleurs partager ton admiration en ligne pour le rappeur Hyunjin, du groupe Stray Kids.
Ah oui, mon gars !
Qu’est-ce qui distingue la K-Pop des autres genres musicaux contemporains ?
En fait, j’adore la culture asiatique en général. J’adore la J-Pop, aussi. Je suis un peu une éponge musicale, j’adore écouter des chansons dans des langues différentes, étudier la structure des phrases et des mots car c’est très différent de l’anglais. En fait, cela me fait réfléchir à de nouvelles façons de chanter, d’écrire, d’autres façons de poser mon flow et tout… La K-Pop est à l’origine de certaines des meilleures chansons de tous les temps !
Je veux que mes chansons soient les plus simples possibles, de sorte que lorsque les fans écoutent, ils pensent qu’ils auraient pu créer la même chose. »
En regardant tes réseaux sociaux, il semblerait que tu attaches une certaine importance à ton apparence, à ton look. Tu adores t’amuser avec la mode, tu vas à la fashion week et ton style vestimentaire est très non conventionnel. Comment ta communauté réagit à ces prises de risques ? Et que réponds-tu aux critiques ?
Franchement, mes fans adorent ! Et je ne crois pas avoir de critiques au sein de mon public. Soyons honnêtes : ils sont tous comme moi ! Ce sont des enfants d’internet, des geeks passionnés de jeux et d’anime tout ça… Donc on échange au sujet de nos outfits, de nos inspirations au quotidien, de nos marques favorites, des prochaines modes et cetera et cetera…
Donc tu n’as jamais été exposé à des campagnes de haine en ligne ?
Si, mais franchement c’était essentiellement au sujet de ma musique. Mais franchement j’adore ça ! C’est génial de lire diverses opinions, car la musique c’est très subjectif. Je me souviens, au moment où “Romantic Homicide” a explosé dans les charts et que ces pages Twitter se demandaient comment ça se faisait qu’une chanson aussi simple plaise autant. Mais moi, je me dis que c’est là la beauté de ma chanson ! C’est que n’importe qui avant moi aurait pu la faire. Je veux que mes chansons soient les plus simples possibles, de sorte que lorsque les fans écoutent, ils pensent qu’ils auraient pu créer la même chose.
Est-ce que, justement, tu ressens le besoin de prouver à ces détracteurs que tu es ici pour du long terme ?
Non, franchement. Je les soutiens, même ! [rires] Parfois, leur critique est valide et je la retiens pour la suite.
On va conclure avec une question plus simple. Ici, à aficia, on adore découvrir de nouvelles chansons et de nouveaux artistes. Alors, j’aimerais savoir : quel est ton dernier coup de cœur musical ?
Oh, j’écoute plein de choses c’est sûr… Alors, dernièrement j’écoute beaucoup ce groupe des années 70 qui s’appelle Big Star ! Ils sont géniaux. C’est un groupe méga vieux.
Découvrez le premier album de d4vd – WITHERED :


