‘Cyborg’ de Nekfeu : l’album rap français de l’année ?

Avec une spontanéité déroutante, Nekfeu a sorti cette semaine son deuxième album solo Cyborg. Chez aficia, on a donc décidé de se pencher sur le projet. Première écoute à chaud !

Nekfeu à l’AccorHotels Arena de Paris, c’était certainement l’événement à ne pas manquer cette semaine pour tous ceux qui le suivent. Car en plus de conclure une tournée bien étoffée, le rappeur de 26 ans a publié à la surprise générale son second album : Cyborg. Sans l’écouter, et juste en lisant la tracklist, on peut se douter de la pépite qui s’offre à nous, avec des collaborations qui nous parlent instinctivement. On arrive au bout de l’album et nos espérances se confirment…

Constats consternants ?

Nekfeu lance les hostilités avec « Humanoïde ». Et on se prend une première claque ! Sur une instru minimaliste, il interroge celui qui l’écoute. Un tas de questions qui permettent à chacun de s’identifier sur au moins quelques points. Tout est progressif dans ce morceau : flow, structure et prod. Dans le second couplet, Nekfeu parle de lui, fait une multitude d’aveux et monte en puissance. Il s’attaque aux politiques, dénonce les faits qui l’irritent… Pendant 6 minutes 30, il entasse ses pensées et donne le ton de l’album.

Le fennec enchaîne en se qualifiant de « Mauvaise graine » au cours d’un titre mettant en avant sa capacité à évoluer avec un flow rapide et précis, sans accrocs. Niveau texte, Nekfeu propose une sorte de rétrospective sur une partie de son passé, avec un angle sombre qui reflète une certaine insécurité. Une sorte de contre-égotrip. Le titre « Squa », c’est certainement les chanceux présents à l’AccorHotels Arena qui pourront en parler le mieux. C’est eux qui l’ont découvert en premier, en live, avec LuXe comme invité d’honneur. Et c’est normal, le morceau lui est dédié. C’est rythmé, plus léger que les deux premiers tracks, et ça passe bien en concert quand on voit le feu qui a suivi l’annonce de Cyborg.

Dans « Réalité augmentée », Nekfeu s’attaque à un sujet très prisé dans le rap contemporain. L’heure est au virtuel, et le rappeur dénonce les dérives du numérique : l’hypocrisie sur les réseaux sociaux, la fausse-vie des jeunes. Un morceau réaliste, remarquable dans la forme : « Le miroir élabore un moratoire, tu crois être un homme rare / Toi t’es un énorme rat de laboratoire, qu’on formera / Fermement, conformément à leur morale / Et qu’on enfermera dans un mouroir, où est l’amour-roi ? ».

Pas besoin de stars !

On continue le sans-faute avec une série de collaborations. D’abord, on a « Avant tu riais », un des deux seuls morceaux avec un refrain à part entière chanté par une voix féminine. Il s’agit là de la douceur de Clara Luciani, inconnue du grand public et alors ? Le caractère triste et poétique du morceau est parfaitement mis en valeur. Nekfeu raconte la descente aux enfers d’un personnage fictif, ce qui devient le moteur pour critiquer le monde qui l’entoure.

Ensuite, on change de dimension musicale au milieu de l’album. Nekfeu s’est entouré de rappeurs qui  nous rappellent de bons souvenirs. On retrouve notamment l’incontournable Alpha Wann de 1995, le duo s’était illustré en 2011 avec En Sous-Marin, un EP incontournable. Sneazzy et S.Pri Noir sont de la partie sur « Saturne », et Nepal de la 75e Session partage l’affiche sur « Esquimaux ». Un mélange d’égo-trip, de dénonciations et surtout des styles variés qui apportent une saveur différente à chaque morceau.

Evidemment, Nekfeu ne pouvait pas passer à côté de ses potes du S-Crew, et ce qui est sympa, c’est que le trio a été réparti sur plusieurs des morceaux. On n’a pas un son 100% S-Crew, mais de nouvelles combinaisons franchement intéressantes. Le meilleur exemple : « Le regard des gens », où l’on retrouve Nemir, 2Zer, Mekra et Doum’s. Ils parlent chacun de leur parcours, de l’opinion des gens qui évolue avec le temps. Framal est quant à lui associé à Jazzy Bazz sur « Besoin de sens », autre morceau à thème sur une instru sans superflu.

Un artiste complet qui s’affirme

Nekfeu est un artiste complet, et il le montre avec deux morceaux en particulier. Mention spéciale à « Galatée », une petite pépite toute soyeuse. Un titre mélodique décrivant une relation parfaite qui s’effrite au fil du temps. Le refrain est vite accrocheur, et ce morceau contraste avec le caractère plus brut de l’album. Beaucoup plus expérimental, « Programmé » met en scène un Nekfeu à la voix robotisée, en cohérence avec le nom de l’album. Certains n’accrocheront pas.

On arrive déjà à la fin de l’opus, avec « Nekketsu », accompagné de la chanteuse Crystal Kay. On termine donc en douceur, Nekfeu parle de son enfance, de ses parents. Et dans la forme, c’est un hommage au Japon, un pays que le rappeur affectionne particulièrement. Niveau technique, c’est fort. Très fort même ! On retiendra surtout l’assonance vers la première minute du morceau. Il faut juste apprécier.

Découvrez Cyborg, le nouvel album de Nekfeu :

Evidemment, il faudrait prendre un peu plus de temps pour assimiler un maximum de mesures. Dans Cyborg, Nekfeu balance sa technique, sa créativité multi-syllabique, ses figures de style. On est loin de l’ambiance de son première album. On sent que Nekfeu s’est entouré d’une famille rap très précise, comme pour marquer un retour aux sources. On n’en a pas parlé mais niveau prod, il y a aussi Hugz Hefner et Hologram Lo’ dans le coup. Peu de refrains mélodiques, mais un album de rap, un vrai. Nekfeu est malgré tout un artiste qui prend de plus en plus position, qui ose donc affirmer ses pensées. Et c’est ce qui peut sonner trop creux chez d’autres.

En bref, Cyborg est un excellent album, construit à coups de collaborations monstrueuses et d’un talent imperfectible.

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