broken-back-columbia
Broken Back - © Columbia

Broken Back en interview : « J’adorerais collaborer avec LP ! »

À l’occasion de la sortie de son premier album éponyme le 18 novembre, Broken Back a répondu à nos questions, évoquant la genèse de ce projet né dans la douleur…

Originaire de Saint-Malo, Jérôme Fagnet n’était pas destiné à une carrière de chanteur. Et pourtant, un problème de santé a littéralement bousculé sa vie et le voilà qui s’apprête à publier son premier album aux teintes folk-électro portant son nom de scène Broken Back. Quelques mois après avoir publié un EP sur lequel figurent les singles « Halcyon Birds » et « Happiest Man on Earth », et alors qu’il a parallèlement proposé une reprise osée du hit « …Baby One More Time » de Britney Spears, il nous parle sans détour de cette expérience excitante et évoque ses ambitions déjà très précises.

Peut-on dire que le projet Broken Back tient en quelque sorte du miracle ?

D’une certaine manière, oui. Quand j’étais plus petit, musicien ou même chanteur, c’était comme devenir astronaute. C’était un métier un peu fou ! (Sourire) Ça tient carrément du miracle dans la mesure où j’ai vraiment eu une révélation durant une longue convalescence, après que je me sois cassé le dos. À ce moment là, la musique est devenue mon exutoire. J’ai joué de la guitare et je n’avais plus envie de m’arrêter. Finalement, j’ai découvert ma vocation grâce à cette vertèbre déplacée. (Sourire)

En avais-tu déjà joué auparavant ?

Pas du tout ! Par contre, j’avais déjà joué du tuba. Pour te dire, j’en ai même fait pendant 14 ans, à Saint-Malo. Je ne faisais pas de chant non plus. J’ai commencé la guitare il y a cinq ans. Mais je grattouillais seulement. J’étais en cours préparatoire donc je n’avais pas beaucoup de temps pour moi, et encore moins pour le tuba. Puis j’ai laissé ça de côté et c’est lorsque je me suis déplacé la vertèbre que j’ai ressorti ma guitare et commencé à écrire des chansons.

Avec le recul, penses-tu que tu aurais tôt ou tard choisi cette voie si tu n’avais pas eu cet ennui de santé ?

Je ne pense pas. La deuxième chose qui me faisait vraiment vibrer à l’époque, c’était l’entrepreneuriat. Par un moment, j’étais pris par deux projets à temps plein. Le premier, c’est une agence de conception web-design et de créa-internet, et le deuxième est une marque de maroquinerie qui s’appelle De Rigueur. Je suis fondateur de ces deux entreprises. En parallèle j’ai commencé à poster des morceaux sur SoundCloud et YouTube sous le nom de Broken Back. Ça a été assez dur de choisir entre ces deux projets. La question s’est véritablement posée lorsque je suis sorti de l’école. Pour avancer dans la musique, ce qu’il faut aujourd’hui en indé, c’est avoir son propre label. J’ai créé le mien. Il y avait donc d’emblée une certaine forme d’entrepreneuriat dans ce projet Broken Back.

« Tout a été fait les pieds dans l’eau en Normandie »

Dans l’une de tes premières interviews, tu prônais ta certaine liberté artistique, faisant écho de ton propre label. Aujourd’hui, on se rencontre chez Sony Music et tu es signé chez Columbia, le label de Céline Dion et Julien Doré. N’est-ce pas antinomique ?

Non. Justement. D’où l’intérêt d’avoir monté mon propre label en amont. Contractuellement, ce qu’il se passe, c’est qu’il y a une licence d’exploitation entre Broben Back Ink et Columbia. Je m’engage donc à livrer un album et Sony s’engage simplement à le faire voyager le plus loin possible. À partir de là, artistiquement, j’ai 100% du contrôle. La discussion artistique, elle a donc lieu entre Broken Back et Broken Back Ink. (Sourire) Et à moins d’être schizophrène…

Avais-tu dès lors une idée du potentiel de ta voix, qui ne ressemble en rien à celle qu’on entend dans tes chansons…?

La voix, comme tu le sais, c’est quelque chose qui se travaille. C’est un instrument, comme un violon. On peut en travaillant la faire sonner. Il y a trois ou quatre ans, je chantais vraiment très mal. Je continue de la travailler au maximum pour continuer à l’améliorer. Il se trouve que j’écoute beaucoup de folk. J’ai beaucoup écouté Cat Stevens et Ben Harper quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, je suis plus branché sur des groupes comme Mumford & Sons, avec des voix de folkeux. Cette typologie de voix m’a beaucoup influencé dans ma manière de chanter.

Quels sont les autres Frenchies émergents qui ont récemment attiré ton attention ?

Il y a eu Jain, avec qui j’ai partagé beaucoup de scènes. J’ai été très surpris en découvrant son live. J’ai pris une vraie claque. Je suis très content de tout ce qui lui arrive. Dans le registre électro, il y a aussi Petit Biscuit. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le rencontrer. Puis… Ce ne sont pas des petits nouveaux, mais j’ai beaucoup apprécié Boulevard des Airs ces derniers temps. On s’est aussi croisé sur scène. Ils sont supers !

Broken Back - DR
Broken Back – DR

Tu as bossé en solitaire dans ta chambre sur ton premier EP. Est-ce que ça s’est passé de la même manière pour l’album ?

Oui. Tout a été composé et enregistré à Saint-Malo, sauf sur « Lady Bitterness ». En fait, il manquait quelque chose à cette chanson. J’ai fait quelques concerts à Los Angeles en avril dernier. Et j’ai eu la chance de rencontrer un artiste là-bas, avec lequel j’ai pu bosser dessus. C’est la seule collaboration artistique de cet album. Pour le reste, tout a été fait les pieds dans l’eau en Normandie, dans mon home studio. Ça a ensuite été mixé en studio à Paris et masterisé à New York.

Est-ce par choix ou par nécessité ?

Je dirais plutôt que c’est la démarche artistique qui me plaît et que je ne me suis pas posé la question d’aller plus loin. L’avantage de pouvoir tout enregistrer chez soi, dans sa chambre, c’est qu’on n’a pas un temps donné ni de contraintes. Je peux bosser quand je veux sur une chanson, dans un temps illimité. C’est un luxe de pouvoir soulever le capot et mettre les mains dedans à n’importe quel moment. On vit avec ! J’y ai passé deux ans de ma vie. Au final, cet album c’est un peu comme un accouchement. Et si demain on me donnait les clefs du meilleur studio qui soit, même si je dois admettre que ce serait intéressant d’y faire ne serait-ce qu’une chanson ou deux, je pense que j’aurais envie d’enregistrer l’album chez moi, tranquillement. (Sourire)

Comment passe-t-on du format court de l’EP au format long de l’album ?

Je pense qu’un album n’est jamais vraiment terminé. Lorsque L’EP est sorti, j’avais déjà des chansons pour l’album. J’avais décidé d’en écarter certaines pour raconter quelque chose qui soit le plus cohérent possible. Je ne me suis jamais vraiment arrêté de composer. Des chansons, j’en ai en permanence en construction dans mes cartons. Il n’y a aucun moment où je me suis dit qu’il fallait travailler sur un album. Tout s’est fait dans la continuité, de manière assez naturelle. Une fois que les pièces du puzzle ont commencé à s’imbriquer, là la notion d’album a commencé à faire sens. L’album, il s’est aussi dessiné avec le live. Ça fait un an que je joue une quinzaine de morceaux sur scène. Il y a eu une sorte de ping pong entre la scène et le studio.

« Les marques sont finalement les mécènes de la musique d’aujourd’hui »

Ceux qui te connaissent depuis plus d’un an s’attendaient à plus de dix titres justement… C’est un peu court !

Cet album s’appelle Broken Back. Et il renvoie au fait que toutes les chansons ont été écrites pendant que j’ai eu le dos cassé. On retrouve cette volonté de raconter une histoire. De la quinzaine de chansons que je joue sur scène, il y en a dix qui sont cohérentes et qui font écho à la genèse de Broken Back. C’est représentatif de l’état d’esprit dans lequel j’étais à ce moment-là, une sensation un peu aigre-douce, quelque chose de faussement joyeux…

Tu dessines un paradoxe, j’ai donc envie de parler de « Young Souls »

Oui, exactement ! Le paradoxe est très présent dans cet album, et particulièrement dans cette chanson qui évoque l’enfance. Quand j’étais plus jeune, j’étais pressé de grandir. J’avais hâte d’avoir des responsabilités. Et maintenant, je regrette amèrement le fait de n’avoir aucune responsabilité et d’avoir perdu quelque chose de précieux et qui s’appelle l’insouciance. C’était un moment de ma vie où manger une crêpe au Nutella était la meilleure chose qui soit sur terre. « Young Souls », c’est dire que je suis un grand enfant. (Sourire)

Écoutez le titre « Young Souls » de Broken Back :

Un an c’est long. Tu parles même de deux années passées à écrire et enregistrer ce premier album. Est-ce que ce n’est pas inhérent au fait de travailler seul, chez soi, et un peu à l’opposé d’une industrie musicale qui va à toute vitesse, où il faut sans cesse donner du neuf pour ne pas se faire oublier ?

Un album n’est jamais fini ! Et d’ailleurs, le plus gros inconvénient du home studio, c’est qu’on y a accès tout le temps. On peut du coup modifier perpétuellement un titre. C’est infini ! J’ai voulu peaufiner certaines chansons jusqu’au bout, comme « Got to Go ». Ce sont des morceaux où, artistiquement, il faut savoir se dire j’arrête, je suis arrivé à quelque chose de satisfaisant et dans lequel je me retrouve. C’est ce qui prime avant tout pour moi. Mais c’est un arbitrage très compliqué je te le confirme.

Il y a différents moyens de se faire connaître dans le milieu aujourd’hui. Beaucoup acceptent que leur musique intègre des campagnes publicitaires. C’est ton cas puisque le titre « Halcyon Birds » figure dans un spot du constructeur automobile Hyundai. N’y a-t-il pas cependant de limites à la synchro, notamment au niveau des valeurs que partage un artiste ?

Il faut reconnaître que c’est quelque chose qui est devenu très important aujourd’hui. Il y a différents moyens pour un artiste de faire voyager ses chansons… Il y a Internet, et c’est d’ailleurs là que tout a commencé pour moi… Il y a les radios, mais les places sont très chères. Et puis il y a les marques qui sont finalement les mécènes de la musique d’aujourd’hui. Ce sont elles qui permettent de démocratiser des chansons et qui leur offrent une audience qu’elles n’auraient peut-être jamais connues. Mais l’artiste, et c’est important de le souligner, doit donner son accord moral.

As-tu déjà reçu d’autres propositions ?

Oui, bien sûr. J’ai eu plusieurs propositions mais j’ai dû refuser car elles ne correspondaient pas forcément à l’image que je voulais dégager.

Regardez le clip du single « Halcyon Birds » de Broken Back :

Peut-on en revanche, dans un avenir plus ou moins proche, s’attendre à d’autres collaborations avec d’autres artistes, toi qui a déjà rejoint Synapson en studio pour ne citer qu’eux ?

Je rêve de collaborer avec LP. Mais ce n’est pas fait ! (Rire) Ce n’est pas un scoop !

As-tu de réelles ambitions internationales ?

Comme j’ai commencé par me faire connaître sur la west coast américaine grâce à Internet, j’ai eu très tôt la possibilité de partager ma musique à travers le monde. Ce n’est qu’assez tardivement que j’ai commencé à me faire connaître en France, grâce au bouche à oreille. Ça c’est propagé en Allemagne, en Espagne… Finalement, ça a commencé à l’international. Donc il y a cette volonté d’aller à la rencontre de ces personnes qui m’ont soutenu. Mes prochains concerts auront lieu en Scandinavie, au mois de décembre. On prévoit de passer en Allemagne, en Belgique, en Suisse, à Los Angeles…

Tu apportes un soin particulier à ton univers visuel. Peut-on imaginer qu’un jour tu veuilles aller encore plus loin en réalisant un habillage sonore pour le cinéma ?

C’est un exercice qui est extrêmement difficile. Le fil conducteur pour moi, quand je compose, c’est l’émotion. Il n’y a pas de notion de temps, de tempo… Je me laisse guider par l’émotion. Dans un second temps arrive le texte. Là, c’est quelque chose de totalement différent, que je maîtrise assez peu. Mais ça ne me déplairait pas. (Sourire)

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed