Ben Mazué - © Romain Philippon

Ben Mazué en interview : “La vie mérite d’être vécue en souriant plutôt qu’en ayant l’impression de porter le Monde”

Ben Mazué est de retour dans les bacs avec Paradis, son nouvel album. C’est confiné chez lui, avec ses enfants à la maison, qu’il est venu en parler sur aficia en toute simplicité…

Après son dernier album La femme idéale (2017), récompensé par un Disque d’Or pour l’équivalent de 50.000 ventes, Ben Mazué était forcément très attendu par ses fans. Le poète offre l’album Paradis, un disque où il parle d’un divin exil où il n’a pas trouvé sa place. C’est en plein confinement que nous nous sommes entretenus avec l’artiste.

Entre la gestion de ses enfants et le repas à préparer, Ben Mazué nous a confié ses inspirations, ses coups de cœur du moment, son écriture intime et son lien avec le public. Une interview pleine de confidences… 

Ben Mazué : l’interview… 

Tu es de retour sur les ondes avec un nouvel album, tu n’es pas encore forcément un artiste dit ‘populaire’ mais chaque sortie d’album est un événement pour tes fans. Tu as un public assez fidèle, est-ce que tu le perçois ?

Si toi tu ressens ça c’est super, j’essaie d’y mettre tout mon cœur, toute mon énergie, un maximum. Je n’ai jamais ouvert de grandes portes dans la musique. Ça fait longtemps que je joue dans des petites salles qui se sont remplies au fur et à mesure. J’ai joué dans tellement d’endroits, tellement de salles différentes… Je suis allé chercher des gens un peu sur scène. Et c’est vrai que j’ai un maillage fidèle et solide de personnes qui écoutent ma musique. Je connais presque leur prénom ! 

À travers le premier extrait de ton nouvel album, “Quand je marche”, quel est le message ? Arrêter de penser et avancer ? 

Oui, c’est d’alléger les pensées, alléger la charge de ce que l’on a à faire, de nos devoirs. 

L’aspect familial, par exemple ? 

La famille c’est aussi beaucoup de devoirs, beaucoup de choses à faire. Ce n’est pas que du plaisir. Et oui je crois que le message de cette chanson, c’est s’alléger de façon générale et que la vie mérite d’être vécue en souriant plutôt qu’en ayant l’impression de porter le Monde. Je parle de moi, pour essayer de parler aux autres.

On va entrer dans le vif du sujet, l’album Paradis. De quoi as-tu souhaité parler en priorité ?

Quand je fais un album, j’essaie de parler de mes émotions dans le but qu’elles soient partageables. Je cherche à parler des émotions que je ressens et qui vont faire écho. C’est-à-dire que je parle de moi pour essayer de parler aux autres.

Dans quelle mesure cet album est-il autobiographique ? 

Dans la mesure où l’on écrit avec ce que l’on vit, ce que l’on voit mais aussi avec ce que l’on rêve. C’est un mélange de ces trois axes. Ce sont donc des émotions qui sont toujours sincères mais qui ne sont pas toujours la réalité et d’ailleurs ce n’est pas très grave. La clé du bien être, ce n’est pas de percer, c’est d’être en clin avec moi-même.

Il y a effectivement beaucoup d’émotions dans tes albums mais aussi beaucoup de messages optimistes à travers tes chansons. C’est important pour toi ? 

Oui, je pense qu’être optimiste est toujours une bonne idée, toujours une bonne chose, même dans les moments dramatiques et catastrophiques. L’optimisme est une forme intéressante d’énergie, c’est une énergie qui me plait. Le rire aussi est une forme d’optimisme face au désespoir, ça ne se voit pas là maintenant au moment où je te parle, mais j’aime beaucoup l’humour ! 

Poupie c’est une diva, elle chante tellement bien. Elle a une aisance extraordinaire, à la fois ancienne et moderne dans sa façon de chanter !

Ben Mazué

Il y a beaucoup de commentaires positifs en dessous de tes vidéos YouTube, et beaucoup de gens semblent se retrouver dans tes chansons. C’est quoi la recette ? 

J’adore ce que je fais. Je ne pense pas être une machine à faire du succès, vraiment pas du tout. Je fais mon petit bonhomme de chemin, avec mes défauts, avec ma sincérité, ma lenteur, avec tout un tas de choses qui m’accompagnent, qui sont parfois des atouts et parfois des freins. C’est ce que je suis. Je crois qu’il ne faut pas tirer des conclusions trop vite des commentaires positifs. C’est comme dans les concerts, les gens qui n’aiment pas ne vont pas t’attendre pour te le dire à la fin ! 

J’ai l’impression qu’avec ce disque, tu es monté d’un cran en termes de textes et de mélodies. C’est quelque chose que tu perçois ?

Je suis fan de musique et ce qu’il y a de formidable avec la nouvelle façon d’écouter de la musique via les plateformes de streaming, c’est que je découvre de nouvelles choses magnifiques qui sortent tout le temps, des gens qui sont intéressants, inspirants, innovants. Tout cela m’inspire et me donne des clefs pour aller plus loin. C’est aussi mon quatrième album et le troisième que je réalise avec mes partenaires, donc on commence à se connaître et quand je veux aller quelque part ils commencent à comprendre où je veux aller. Dans cet album là, j’ai été plus précis dans ma proposition artistique. J’ai un peu mieux compris, senti ce que je voulais proposer musicalement et j’ai été très bien accompagné par Guillaume Poncelet. 

Quand tu parles de tes inspirations, es-tu plus inspiré par la nouvelle génération ou par une génération en place depuis quelques années ? 

Je n’ai aucune idée de ce qui m’inspire exactement parce que quand tu trouves que quelqu’un est très bon, tu fais attention de ne pas faire pareil parce que sinon cela va se voir. Tu essaies de faire quelque chose qui t’appartient, tu essaies donc de quitter, de t’écarter de toutes tes influences musicales. Après en ce qui concerne les autres types de créations, qui ne sont pas musicales, tu peux t’en inspirer largement. 

Je ne saurais pas dire globalement ce qui m’inspire, je sais quels sont mes monuments dans la musique et il y en a plein que je trouve brillants, très forts, très techniques, importants, inspirants.

J’ai beaucoup d’admiration pour Jérémy Frerot qui a une voix très chaude, il est extrêmement technique et il est très naturel dans sa façon de chanter.

Ben Mazué

À qui penses-tu ?

Je pense à Renaud par exemple. Renaud est quelqu’un qui parlait beaucoup de lui, de sa famille, de ses enfants dans ses chansons et pour autant chaque fois qu’il parle de quelque chose, c’est de nous qu’il parle. Cette façon de faire me parle beaucoup.

Sur les questions de technique pure, il y a des chanteurs américains comme Ray LaMontagne, c’est un chanteur qui m’inspire beaucoup dans sa chaleur et dans sa manière d’aborder le studio. Cela a l’air très naturel et très doux.

J’écoute la musique de mes enfants également, ça doit aussi avoir un impact. J’écoute aussi la playlist du vendredi sur une célèbre plateforme de streaming. Ma quête de la musique est tout le temps là, et elle est de plus en plus précisée par le fait qu’aujourd’hui on a vraiment de la chance de pouvoir écouter de la musique très diverse.

C’est dans cette fameuse playlist que tu as, par exemple, découvert des petits phénomènes comme Poupie ? 

Exactement ! J’ai été très ébloui par les projets de Poupie et MPL (pour Ma Pauvre Lucette, ndlr) quand je les ai découvert en écoutant la playlist du vendredi ! Poupie parce que c’est une diva, elle chante tellement bien. Elle a une aisance extraordinaire, à la fois ancienne et moderne dans sa façon de chanter ! Et MPL pour sa façon de raconter des histoires qui m’ont vraiment frappées quand j’ai écouté la première fois.  

Le bonheur ce n’est pas un moment, c’est un état et si tu arrives à le choper et en faire une chanson c’est magnifique.

Ben Mazué

Il y a une autre collaboration sur l’album mais qui est moins étonnante, c’est celle avec Jérémy Frerot avec qui tu avais déjà partagé la scène et vous avez déjà écrit des chansons ensemble, c’est une consécration pour tous les deux ?

En fait c’est une chanson qu’on avait écrite pour son album à lui, Matriochka, et j’aime ces chansons qui traversent les albums. J’ai beaucoup d’admiration pour Jérémy Frerot qui a une voix très chaude, il est extrêmement technique et il est très naturel dans sa façon de chanter. J’avais très envie de chanter avec lui sur mon album. Quand je lui ai proposé qu’on refasse une chanson de son album sur mon album, il était ravi. C’était un bonheur de partager ça avec lui. 

Parmi les autres chansons de ton album qui sont fortes, il y a “Quarantaine” où tu parles du passage aux fameux cap des quarante ans. Tu dis “Je n’ai jamais peur de ta crise”. Est-ce qu’au fond l’écrire n’est pas un exécutoire ?

Non pas du tout, il y a une manière de l’exorciser en en parlant et c’est sûr que c’est un tournant, un passage, un virage. J’adore parler de ça ! Quand on arrive à 40 ans, c’est toujours un bilan pour réfléchir, pour rendre hommage à son existence. Ça me plait. Mais je ne sais pas réellement ce qu’est la crise de la quarantaine. Mais j’ai le sentiment de comprendre que c’est quelque chose qui… Peut-être qu’on en arrive à se poser la question suivante : “Bon, on arrive à 40 ans comme il fallait, mais est-ce que je l’ai fait comme je voulais ?” (Sourire). Personnellement oui, je me suis accroché aux rêves que j’ai depuis enfants. C’est une réussite de vivre de sa passion. De temps en temps, il faut des petits biscuits ou des récompenses. Ma récompense à moi, c’est d’arriver à 40 ans et de vivre pleinement de ma passion tout en me regardant dans la glace. 

Et pour finir cet album, il y a “Les jours heureux”.  À quel moment as-tu écrit cette chanson qui respire le bonheur et la joie de vivre ?

Oui, je pense qu’il y a des moments où tu penses ressentir le bonheur. Et le bonheur ce n’est pas un moment, c’est un état et si tu arrives à le choper et en faire une chanson c’est magnifique. 

Qu’est-ce qui t’a donné envie de rendre le morceau plus pop que les autres ? 

Je ne sais pas. Tu sais, on ne fait pas de choix, ça vient comme ça. On se dit que ça peut-être bien, on essaye, ça me ressemble, on valide, et puis tu te dis que cela a vachement sa place dans l’album, et on y va ! 

Cela fait quelque temps qu’elle est là Barbara Pravi, elle tourne autour d’un répertoire, et là j’ai l’impression qu’elle a mis le doigt sur quelque chose que j’aime beaucoup.

Ben Mazué

Il y a un producteur secret derrière ce titre ?

Secret je ne sais pas, mais il s’appelle 2B Afrohitz qui m’avait déjà produit “J’attends” en duo avec Pomme. Et c’est à chaque fois un grand plaisir car c’est quelqu’un de très fort. Ce qui est marrant, pour la petite anecdote, c’est que je ne l’ai jamais rencontré. On ne travaille qu’à distance. Je ne l’ai jamais croisé. Il habite à Abidjan, donc il y a des raisons… mais il est à Paris de temps en temps ! C’est quelqu’un de très important dans mon organigramme de travail mais je ne l’ai jamais vu ! (Rires)

Pour terminer notre rencontre, est-ce qu’il y a un artiste que tu as découvert récemment que tu souhaiterais nous faire partager ? 

J’ai beaucoup aimé “Voilà” de Barbara Pravi. J’aime beaucoup cette mise à nue. Cela fait quelque temps qu’elle est là Barbara, elle tourne autour d’un répertoire, et là j’ai l’impression qu’elle a mis le doigt sur quelque chose que j’aime beaucoup. Et puis elle travaille avec un collectif d’auteurs que j’aime beaucoup qui s’appelle Les Autres. Cette question est l’occasion de parler d’elle !