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Bénabar en interview : “J’essaye toujours d’avoir un second degré en ayant le recul nécessaire”

Exclusivité aficia

Bénabar revient avec “Tous les divorcés” qui annonce un nouvel opus attendu pour la rentrée. L’artiste revient sur l’écriture de ses nouvelles chansons pour aficia… 

Seulement deux ans après la publication de son dernier album Le début de la suite certifié Disque d’Or (50.000 ventes), Bénabar reviendra à la rentrée avec un nouvel album déjà très attendu, lancé par le single “Tous les divorcés”. 

Ce grand penseur, à la fois anxieux et rêveur, évoque un certain trac quant à la sortie de ce nouveau single mais aussi la question de toujours rester dans l’air du temps… Nous avons eu la chance d’échanger avec Bénabar alors qu’il était en pleine campagne, autour de petits oiseaux qui chantonnaient. Un environnement propice aux confidences…

Bénabar : l’interview…

Tu es de retour avec un nouveau morceau et un nouveau clip… De quelle manière appréhende-t-on un retour même après huit albums studios ?

Bénabar - Tous les divorcés

C’est un peu comme les autres. À chaque fois il y a le même sentiment de plaisir d’une part, car c’est un métier de privilège de chanter, faire de la musique… Je ne suis pas du tout blasé de faire ça, de pouvoir m’exprimer, de pouvoir dire des choses qui me touchent. Cela m’apporte beaucoup de joie et même parfois de bonheur. Mais d’un autre côté, il y a comme une petite trouille et ce doute de savoir si cela va parler aux gens, si cela va leur plaire. C’est un peu un mélange de tout ça. Je vis une période assez déstabilisante mais assez heureuse.

Tu as eu l’occasion de confier à France Bleu avoir toujours ce petit trac de dévoiler un nouveau single. C’est l’avis du public que tu appréhendes ?

Oui, j’ai toujours cette même appréhension. Je pense qu’il faut continuer à l’avoir. J’ai toujours cultivé cela, car c’est toujours le public qui décide. C’est finalement le seul avis qui m’intéresse. Tant que je ne l’ai pas, je suis dans l’expectative et l’inconnu. 

Deux ans nous séparent de la sortie de ton album Le début de la suite. Ce temps était nécessaire pour revenir avec de nouvelles choses ?

Oui, cela aurait pu être plus long d’ailleurs et finalement, c’est allé très vite. J’ai commencé à travailler sur ce nouvel album il y a un an. J’avais des chansons à vrai dire. Je ne me pose pas trop de questions sur la cadence de sortir un nouveau disque. Je travaille tout le temps et quand j’ai l’impression d’avoir de bonnes chansons j’aimerais alors qu’elles soient écoutées par le public.  

Et évidemment, quand on parle d’histoires d’amour, notamment quand on a 50 ans,
on aborde forcément le sujet du divorce qui arrive assez naturellement.

Bénabar

Peut-on parler de nouvelles inspirations quand on redémarre de zéro un nouveau disque ?

Effectivement. Je ne sais pas si on peut parler de nouvelles inspirations. Je pense que l’inspiration est un serpent sans queue ni tête, qui évolue en fonction de la personne. On ne parle pas de la même façon à 50 ans qu’à 25 ans. Mais l’inspiration est un peu dans l’air. C’est pour cela qu’elle n’est pas réservée qu’aux créateurs ou aux artistes. Finalement, tout le monde l’a. C’est un espèce d’inconscient qu’on essaye de traduire, dans mon cas par une chanson, mais cela peut aussi être une nouvelle recette de cuisine aussi… L’inspiration est partout ! 

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Quelles sont tes inspirations pour toujours écrire sur notre société avec une pointe d’humour ?

C’est dû au fait de me remettre en question à chaque fois, de prendre du recul sur ce que j’écris… C’est aussi motivé par la trouille d’être dans la difficulté, cette peur du chanteur qui fait semblant de pleurer sur les photos, celle de ne pas me prendre au sérieux et surtout de ne pas m’interdire de raconter des choses qui me tiennent à cœur, un peu plus profonde voire un peu sombre. J’essaye toujours d’avoir un second degré en ayant le recul nécessaire. 

Tu as toujours cette facilité d’apporter dans tes chansons des images fortes et souvent de belles touches d’humour. Cet humour te permet d’affronter la réalité parfois morose, voire de faire passer tes messages plus facilement ?

Oui, je crois. Quand on y parvient en tout cas. Car dès fois on se plante. Parfois, on essaye de faire de l’humour et ce n’est pas drôle. Ça m’arrive souvent et à beaucoup de comiques aussi ! (Rires). Mais en effet quand c’est réussi, c’est un véhicule très efficace de faire passer des idées avec de la légèreté et de les faire passer sans en avoir l’air. 

Peux-tu me raconter la genèse de ta nouvelle chanson ‘Tous les divorcés’ ?

Au début, cela parlait de la succession des amours… car il est tout à fait possible d’avoir une succession d’histoires d’amour dans une vie et tout aussi importantes les unes que les autres. Il n’y a pas forcément de hiérarchie dans le degré d’intensité. Le premier amour n’est pas forcément plus fort que le second et vice versa. Évidemment, le dernier est le plus important car c’est celui qu’on vit dans le présent. Mais c’est aussi la façon de montrer que c’est possible de vivre plusieurs histoires très sincères. C’est de cela que parle la chanson. C’est pour cela qu’elle est très optimiste finalement. Et évidemment, quand on parle d’histoires d’amour, notamment quand on a 50 ans, on aborde forcément le sujet du divorce qui arrive assez naturellement.

C’est un sujet tabou dont tu entends beaucoup parler autour de toi ?

On connait tous des gens divorcés d’ici et d’ailleurs, mais on connaît aussi des gens qui sont beaucoup plus heureux maintenant malgré le fait qu’ils soient divorcés. Le divorce n’est pas un mal en soit. 

On vient de vivre une période ô combien compliquée. Est-ce que cela a pu t’inspirer pendant le confinement ?

J’avais écrit la chanson avant le confinement. C’est vrai que cela a ajouté un peu plus d’actualité à la chanson en question. On s’est même demandé si on allait la sortir à vrai dire, parce qu’on s’est dit que cela allait plomber le moral des gens… Mais en fait, comme la chanson est relativement optimiste, ça va. Des amis divorcés avaient eu l’occasion d’écouter la chanson et ont pris la chanson du bon côté, son côté lumineux, où la vie ne s’arrête pas après un divorce. 

Michel Drucker me disait “Toi tu n’as jamais été à la mode donc tu ne pourras jamais être démodé”.

Bénabar

Le côté humoristique de la chanson fait ressortir un autre visage de la chanson…

Oui, tout à fait, j’espère. Cela permet un peu de sortir de la chanson , d’écouter la peine de l’autre, du malheureux… 

Ton rôle de comédien et d’acteur nourrissent ta manière d’écrire, de faire de la musique et même de tourner tes clips. Est-ce que ce nouveau clip a été une nouvelle expérience en tant que soit ?

Oui, je suis très content de ce clip parce que je l’ai fait avec Jonathan. C’est la première fois qu’on travaillait ensemble. Quand tu fais un clip, il faut savoir se laisser aller, c’est assez proche du cinéma où l’on fait confiance au réalisateur. Il y a toujours cette part d’inconnue où tu ne sais pas ce que cela va rendre au final. Je trouve que le titre fonctionne et je trouve le clip extrêmement bien foutu. J’en suis très content !

As-tu pu malgré tout amener un avis, ta patte, tes envies sur le clip ?

Je n’ai pas vraiment eu besoin en réalité, j’ai émis 2, 3 idées mais il n’en avait pas besoin, je l’ai complètement laissé faire ! C’est un peu comme les musiciens, parfois il faut être directif, mais parfois, il faut aussi laisser du leste. Quand quelqu’un te propose quelque chose, il faut parfois le laisser aller au bout de son idée et ne pas s’en mêler. 

Était-ce compliqué à jouer le rôle du psychothérapeute ?

C’était un rôle relativement comique. C’est un sujet de blague avec mes copains, de tout ceux qui me connaissent qui me donneraient davantage le rôle du patient que le rôle du psy ! (Rires)

Ton premier album, Bénabar et Associés, date de 1997. Le temps passe et pourtant tu sembles indémodable. Il y a une recette secrète ?

(Rires) C’est gentil pour le compliment ! Michel Drucker me disait “Toi tu n’as jamais été à la mode donc tu ne pourras jamais être démodé”. Je crois qu’il sait de quoi il parle, il en a vu passer quelques uns et, en effet, je crois que c’est un des secrets. Celui de ne pas essayer d’être dans l’air du temps, ne pas essayer d’être jeune. Et je pense que c’est aussi pour ça que des gens durent comme Cabrel, Serge Lama, Catherine Ringer… plein de gens qui ont de longues carrières, car ils ont la sincérité qui est un véhicule indispensable pour pouvoir s’exprimer sur la longueur. 

Ce single annonce un nouvel album pour l’automne. À quoi doit s’attendre le public sur ce nouvel opus ?

J’espère un nouvel album varié. Bon, ça j’en suis sûr. Il y a aura des thèmes qui aborderont différents sujets. Ça, c’est quelque chose que je cultive au fil de mes albums. Je ne parle pas toujours des ruptures ou de l’amour au sens large. Je passe énormément de temps à réfléchir à des angles et des petites histoires à raconter. Musicalement, on est sur quelque chose de très pop d’un côté et ‘grande variété française’ de l’autre. Il y aura des arrangements, des chansons très travaillées, avec un son moderne, du moins je l’espère, avec cette volonté de s’inscrire dans cette variété un peu élégante et une démarche un peu à l’ancienne, mais je trouve cela intemporel. 

On parle de modernité… j’ai vu passer une version radio de ton premier single “Les divorcés”, autrement dit un titre qui a été raccourci et retravaillé spécialement pour les radios. Était-ce un choix de ta part? 

C’est un choix de la maison de disques mais qui est totalement assumé par moi-même. Je n’ai pas de problème avec ça. C’est vraiment une histoire de format. Et au final, c’est vrai que je préfère la version ‘edit’ à la version d’origine car j’ai l’impression qu’elle est plus efficace artistiquement. La version d’origine est plus longue et laisse plus de place à la musique. 

Bénabar - © Florence Levillain
Bénabar – © Florence Levillain

En termes de collaborations, on a vu des artistes comme Marc Lavoine ou Calogero travailler avec la jeune génération. As-tu des envies similaires pour la suite ?

Oui pourquoi pas, ce n’est ni une envie ni un rejet non plus. Je ne me pose pas vraiment cette question, qu’il soit jeune ou vieux. J’essaye surtout d’évoluer et puis, si c’est jeune très bien, mais si c’est vieux c’est bien aussi ! Je n’ai pas du tout ce côté qui peut parfois être un peu du ‘jeunisme’, histoire de passer à la radio… Non, je n’ai pas du tout cela en tête !

Tu te situes dans un style très chanson, très variété française. Comment perçois-tu cette évolution ? 

C’est une très bonne question. Je pense déjà qu’il faut savoir s’adapter. On ne va pas se lamenter pendant des siècles, il faut s’adapter aux nouveautés. C’est indiscutable, nous assistons à la fin du CD, on assiste en partie à la fin des albums en tant que tel, on propose davantage des titres en one shot. On revient finalement à l’époque du 45 tours et on puis nos titres vont être de plus en plus joués sur des playlists… C’était déjà le cas des yéyé à l’époque, ce n’est pas non plus inédit.

Le rapport à la musique se termine toujours entre un homme et une femme qui cherchent à toucher l’autre.

Bénabar

Est-ce que l’évolution de l’industrie du disque va en ta faveur ?

Comme toujours, il y a du bon et du moins bon. Je ne pense pas que cela change radicalement le rapport à la musique. Cela change le rapport à l’industrie du disque. Mais le rapport à la musique se termine toujours entre un homme et une femme qui cherchent à toucher l’autre dans la façon dont il raconte son histoire. 

C’est peut-être aussi une façon de toucher un plus large public aujourd’hui ?

Il y a peut-être de cela oui. Je n’ai pas le culte du vinyl qu’il faut écouter religieusement. Je trouve ça très bien d’écouter sa musique dans son métro sur son iPhone. En effet, cela peut être vertueux !

Même si le contexte est très particulier, ce retour annonce-t-il également celui de Bénabar sur scène ?

En principe oui. On a annulé notre tournée peu avant le COVID-19. On l’a coupé en deux et il reste effectivement quelques dates reportées à l’automne. En principe, elles sont maintenues mais je suis suspendu aux consignes sanitaires… On en sait pas beaucoup plus mais aux dernières nouvelles, elles sont maintenues. Je t’avoue que je me laisse un peu faire, je n’essaye de ne pas trop me projeter parce qu’on ne sait pas. Peut-être que nous aurons une bonne nouvelle, peut-être que non, on attend !

aficia est précurseur de nouveaux talents. As-tu un nouveau talent à nous faire découvrir ?

Alors, je vais te dire Voyou. Tout simplement parce que l’image est très belle. Je ne connais pas bien je t’avoue, mais je suis tombé dessus il y a quelques jours. Mais j’ai même envoyé son titre à plein de copains !

Bénabar - © Florence Levillain
Bénabar – © Florence Levillain