Alien - Clip Primate déprimé - Capture YouTube

Alien en interview ‘Sans Filtre’ : “J’ai essayé de mettre trois années de ma vie dans un disque”

Après le joli succès de VSO, Alien s’est lancé en solo au mois d’avril et nous parle de cette nouvelle aventure aux contours déjà bien tracés. Une interview ‘Sans Filtre’ à découvrir sur aficia.

Si vous ne connaissez pas encore Alien, peut-être que vous avez été déjà bercé par quelques notes du groupe VSO, qui s’est fait une belle petite place dans le paysage musical. Le titre « Toréador » amorçait avec douceur l’été 2018. Mais c’est bien en solo qu’on retrouve Alien avec L’orage, un premier album aux nombreuses facettes. Il nous en parle aujourd’hui.

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Alien, l’interview sans filtre :

Salut Alien, alors déjà, comment ça va ?

Le curseur oscille un peu, selon les jours, selon la météo. Mais en vrai de vrai, ça va beaucoup mieux depuis la sortie du disque. Ça a été un travail très long, pendant trois ans, et le fait de le sortir enfin, ça a été un soulagement. Maintenant il y a d’autres enjeux, les concerts, faut les préparer, les remplir et faut assurer. Et déjà préparer la suite !

Pour les gens qui ne te connaissent pas, tu pourrais faire une petite présentation ?

Bien sûr. Alors Alien c’est mon nom d’artiste. Je suis toujours dans un groupe qui s’appelle VSO, même si on a prit du temps pour développer nos projets solos. On fait de la musique depuis 2014 maintenant. Je suis originaire de Nîmes, où j’ai vécu la majeure partie de ma vie. J’ai bougé ensuite. J’ai vécu au Brésil, dans d’autres endroits en France et ça fait trois ans que je suis monté à Paris pour faire cet album et aussi pour faire diverses sessions studio parce que je suis aussi auteur pour d’autres artistes. Je compose un petit peu. Je fais des toplines, voilà quoi ! La vie d’artiste (rires)

Le fait d’être en solo, est-ce que c’est l’occasion de développer d’autres thèmes, où de faire d’autres choses que tu n’aurais pas pu faire avec le groupe ?

Exactement, t’as tout compris. L’idée c’était de pouvoir explorer des directions artistiques et musicales. Et puis aussi des thèmes plus personnels, comme le titre « Papa et maman », sur mon histoire, sur le divorce… C’est quelque chose que je n’aurais pas pu aborder dans le groupe. C’était l’idée de faire des projets solos, d’aller chercher des univers qui me ressemblaient à 100%. La musique en groupe, c’est enrichissant mais c’est aussi pas mal de compromis. Là, je reste le chef d’orchestre et du coup je sens qu’on avait tous besoin et envie de ça. En plus ça te permet de développer des skills, de se trouver artistiquement, et de pouvoir revenir en groupe et aborder le truc différemment.

T’as un rap efficace, mais aussi ce talent pour chanter de manière ultra mélodique, j’imagine que c’est une force que tu exploites ?

Ah merci c’est gentil ! Ecoute, c’est un truc qui est venu avec le temps, à la base c’est vraiment du rap, au début ce qui m’a amené à la musique c’est le rap boom-bap. Et la mélodie est venue au fur et à mesure du temps, et aujourd’hui je prend du plaisir à chanter. Mais si tu veux pendant ces trois années de création il y a eu plusieurs mini-albums entres guillemets. Avec des sons plus franchement rappés, d’autres plus pop. Y’a eu des essais, et le disque que vous entendez c’est là ou j’étais le plus à l’aise. Et dans le mieux que je pouvais proposer. Il y a cet aspect d’entre-deux.

Justement c’était ma prochaine question, est-ce que tu te considères exclusivement comme un rappeur ?

En vrai j’ai du mal à me dire qu’est ce que c’est le rap ? La pop ? Ou même la néo-variété ? Il y a beaucoup de gens qui viennent du rap et qui font ce qu’on pourrait appeler de la chanson française. D’autres qui font ce qu’on pourrait appeler de la pop. Moi aujourd’hui j’ai l’impression que tout est en train de se mélanger. Beaucoup de gens qui font de la chanson française viennent de ce qu’on appelle la musique urbaine. Jul, c’est du rap mais y’a de la mélo. J’ai du mal à catégoriser. PNL c’est du rap, Souffrance c’est du rap. Koba LaD c’est du rap, VSO c’est du rap… C’est compliqué.

Tu vas bientôt te produire à Nîmes et à Paris, comment tu prépares ça ? T’es serein ?

Serein, oui et non. Tu vois, c’est toujours des nouveaux objectifs, des nouveaux défis. La, y’a tout un show à mettre en place, faut réadapter tous les morceaux. J’ai pas envie que les gens viennent en live pour écouter Spotify quoi. On ajoute des intro, des outro, des ponts, des parties de chant, des solos, de la guitare. C’est pas mal de taf. Mais après quand j’y serai ça sera des moments vraiment incroyables. Donc c’est positif ! On a hâte.

T’as fait des concerts en groupe, maintenant ça sera en solo. Ça change beaucoup de choses ?

Ça change tout. J’ai la chance d’être accompagné par deux musiciens vraiment super forts, d’ailleurs c’est avec eux que j’ai composé une bonne partie de l’album : Camille Rossi et Martin Cannavo. C’est ce qui permet de retravailler les morceaux pour le live de manière archi fluide, on a toutes les pistes, on fait ce qu’on veut. Mais c’est sur que c’est pas du tout la même chose, avec VSO on était beaucoup dans l’énergie, on arrive entre potes, c’est le bordel sur scène, une énergie de dingue. VSO je trouve que c’était mieux sur scène que sur disque, mais c’est mon avis perso. Et là c’est complètement différent, j’ai une musique plus personnelle, ça ne va pas chercher les mêmes émotions. Je ne peux pas tout miser sur l’énergie. Ça passera plus par l’interprétation, par la présence, par les arrangements musicaux, les lumières. Mais j’ai pas pour autant envie de faire un show badant, je veux faire bouger pas mal. Pour les shows que j’ai déjà fait jusqu’à présent, c’est cool, en live je suis content et y’a des moments où ça envoie.

Tu peux nous parler de la construction de ton album ?

C’est un album sur trois années. De 2020 à fin 2023. Il a commencé pendant le premier confinement. J’ai commencé des ébauches, franchement c’était pas terrible. Et à l’époque on faisait un projet avec VSO donc j’ai tout foutu à la poubelle. Je suis venu m’installer à Paris fin 2020 et j’ai commencé à composer l’album. Je suis monté juste avant le deuxième confinement, j’étais dans un 18m2, j’étais tout seul, y’avait pas ma meuf, pas mes potes, y’avait personne, c’était l’angoisse. C’était l’époque des couvre-feux, j’allais dans des studios bien pourris parce j’étais en indé, je mettais tout de ma poche. C’était assez compliqué comme période, et je suis habitué à vivre dans le sud avec 300 jours de soleil par an, et je suis parti dans… pas une dépression mais une grosse déprime et j’ai associé ça à la météo. Je trouvais ça sympa de filer la métaphore et de confier à l’orage, la tempête approche, plus de soleil sous les nuages etc… Et des trucs assez compliqué pendant la création. Et vu que je l’ai fait pendant assez longtemps, il s’est passé plein de choses, j’ai essayé de mettre trois années de ma vie dans un disque.

Avec “Primate déprimé”, tu t’attaques aux problèmes sociétaux actuels. Ça semble être le son le plus impactant de ton album, t’es d’accord avec ça ?

J’ai hésité à le mettre à un moment. Mais tous les sons j’ai hésité à un moment. Je voulais être sûr qu’ils aient vraiment leur place. Quand je réécoutais les morceaux, c’est celui qui m’a fait des frissons à chaque fois, donc ouais il a sa place. Même s’il dénote avec le reste il a sa place à l’édifice, il a ce message sociétal, on est dans un truc moins mélodieux et plus frontal. Je sais pas si c’est le plus fort, ça dépend ce que tu recherches. C’est assez subjectif. C’est un morceau que j’aime beaucoup, mais pas le morceau que j’écouterais le plus dans le l’album.

Ça m’a fait un peu penser à Orelsan sans te comparer à lui hein, dans la manière d’aborder la chose, avec des phrases un peu directes, avec ton flow à toi.

(rires) Avec « L’odeur de l’essence » ou « Suicide social » ?

Plutôt « Suicide social » ouais.

On m’a dit « L’odeur de l’essence », mais c’est peut-être juste dans le phrasé, mais c’est un truc assez problématique, quand tu fais du rap ‘société’, avec cette forme là. On va forcément te ramener à Orelsan parce que lui, il a fait des masterclass. J’entend, s’il y a des influences, c’est complétement assumé. Les claques qu’il nous a mis.

Il y a une part très intimiste dans ton album, tu parlais de « Papa et maman », c’est important pour toi de te dévoiler ?

Franchement non, j’aurais préféré ne pas le faire. J’aurais été plus confortable à faire des morceaux, où je donne moins de moi-même, ou je reste plus en surface, c’est moins de prise de risque, c’est ce qui le fait plus flipper. Mais cette chanson je l’ai pas du tout intellectualisée. Elle est sortie comme ça, j’ai compris qu’elle était différente des autres. Quand je l’ai écrite elle m’a beaucoup ému, j’ai chialé. Encore une fois j’étais loin de la maison, je l’ai fait écouter à des gens et y’a des gens qui pleuraient je me suis dit okay. J’ai l’impression elle parle au plus grand nombre de personnes, mais en même temps c’est mon morceau le plus perso. J’ai mis tout ce que je raconte, mon père qui me parle dans la cuisine, ma mère qui me resserre à manger.

Justement dans cet album il y a beaucoup de choses. De la mélancolie, de la joie, de l’amour, un peu de tristesse et aussi de l’espoir. Je pense à ton titre « Demain », du coup l’album c’est un condensé de ton état d’esprit ?

C’est exactement ça. En fait à un moment j’ai eu l’ambition de faire un album qui amène l’orage à l’éclaircie, c’est un peu cliché. Mais je voulais faire un voyage sombre avec une note d’espoir et au final ça s’est pas passé comme ça. J’ai pas réussi à faire ça. Mais là ou je suis content c’est que même si c’est pas un album très joyeux, j’ai l’impression qu’il n’est pas plombant, et comme tu l’as dit avec de l’espoir. Le message est quand même passé, y’a la pluie et le beau temps. Et toujours garder espoir. J’avais envie que ce soit un message d’espoir.

Tu fais pas mal de références à l’alcool dans l’album, c’est une manière de lâcher la pression quand on est artiste ?

C’est ma manière. C’est marrant j’ai écrit une chanson qui n’est pas dans l’album mais qui parle de l’alcool. Je pense pas que ça soit forcément les artistes, je fais partie des gens où la seule soupape de décompression parfois, ça peut être l’alcool. Y’a le sport… Mais au bout d’un moment quand t’es sous pression, la manière de réagir, c’est de boire, ouais malheureusement. Après voilà j’ai un alcoolisme plutôt mondain (rires).

Y’a 5 ans tu faisais un Rap Challenge avec Kikesa, avec VSO. Le projet avec Maxence. C’est des sacrés souvenirs ça ?

De ouf. C’est des moments où j’ai vécu ça avec Maxence, VSO. On a fait énormément de dates, on a vécu des trucs de fou. Sur le moment je réalisais pas du tout. Quand tout s’est arrêté avec le covid, prise de conscience. J’ai compris à quel point j’avais de la chance tu vois. Et aujourd’hui on repart avec un projet en solo, une aventure différente. En tout cas, j’essaie d’apprécier le moment présent, même si je suis très mauvais pour ça.

Tu envisages des formats de ce type, des collaborations en solo ?

Oui oui carrément. Si j’ai pas d’invités dans l’album, c’est que venant d’un groupe, je me disais que l’intérêt de faire un solo, c’est de faire ‘ce que t’as envie toi’. Et je voyais pas où inviter des gens dans les morceaux que j’ai fait. C’est aussi simple que ça. Mais à l’avenir, j’espère qu’il y en aura, et des gens qui accepteront mes invitations. Et qu’on pourra faire de la musique ensemble. C’est une volonté que j’ai.

VSO est en pause, ça reviendra ?

Carrément, on est très souvent ensemble. Sur les projets des uns et des autres. Vinsi ouais, Pex aussi dans une DA qui est différente de ce qu’il proposait dans VSO, et je trouve c’est très très chaud, autant visuellement que musicalement d’ailleurs. On essaye de trouver du temps pour recommencer à faire de la musique ensemble et voir comment ça matche, et à quoi ça peut ressembler. Justement j’étais avec Vinsi et on a écouté des trucs qu’on a fait récemment et ouais c’est cool. Après, c’est une question de timing mais ça reviendra.

Ton album en trois mots ?

Je vais dire nostalgique, atmosphérique, et lumineux. Et un quatrième… pour moi il est bleuté.

Qu’est ce qu’on peut de souhaiter pour la suite ?

Beaucoup de concerts, beaucoup de monde, la santé et longue vie à L’orage, et à la suite…