Après la sortie de son nouvel album Tout Peut Arriver, Victor Solf n’a pas trainé pour repartir en tournée. Il retrace ses inspirations, son amour de la scène et de la musique collective pour aficia…
Après trois albums en anglais, le défi est grand quand on veut changer de langue. Victor Solf a pourtant voulu tenter le coup et a réussi avec brio. Son nouvel album trouve sa place dans une ambiance soul qui rassemble et fédère. Avec des morceaux qui mettent en valeur les musiciens et choristes, Victor créer une atmosphère dansante et chaleureuse. Cette ambiance ne serait rien sans les concerts et les rencontres avec le public. Sa tournée vient de commencer et il est sur les routes jusqu’à juin. Victor Solf à quand même réussi à trouver un moment pour que l’on revienne ensemble sur son album son univers. Il s’est livré sans filtre ni tabous pour notre plus grand plaisir.
Victor Solf, l’interview sans filtre :
Bonjour Victor, comment vas-tu?
Alors au-delà de la santé où effectivement j’ai un gros rhume qui me poursuit *rires*, ça va super. J’ai hâte de jouer à Nantes, j’espère que ma voix va aller. J’aime vraiment beaucoup jouer ici, je crois que c’est ma salle préférée. L’album a trois mois et je suis très heureux de pouvoir le défendre sur scène. C’est un album qui est un tournant dans ma vie d’artiste. C’est la première fois que je chante en français et j’explore vraiment ma fragilité et ma vulnérabilité. Pouvoir le vivre sur scène, c’est une expérience pour moi, ça change beaucoup de l’anglais. Même si je me livrais déjà en anglais, là en français c’est… différent. Globalement je me sens très heureux.
Est-ce que tu es content de la façon que les gens ont accueilli l’album et des retours que tu en as eu ?
Ah oui, je trouve que les retours sont hyper bons. Quand je suis en création d’album, j’essaie de faire abstraction du regard des autres le plus possible. Il y a toujours quelques personnes qui font partie du processus de création que je peux inclure bien sûr mais c’est toujours mon avis qui prime au final. Mais c’est vrai que quand le premier titre Tout Peut Durer est sorti en fin d’année dernière, j’avais quand même de l’appréhension parce que les gens qui ont aimé les titres d’avant comme “Five Minutes” ou “Traffic Lights”. Je ne sais pas ce qu’ils vont penser de ce changement, de ce français.

Ça fait longtemps que j’ai décidé qu’il ne fallait plus que ma création soit dictée par le fait d’être validée par les autres ou parce que je pense que les gens vont en penser. Je crois qu’inconsciemment je peux pas m’en empêcher, mais j’essaye vraiment de rentrer dans une forme quasi méditative où j’essaie de me dire « Est ce que toi tu ressens quelque chose d’hyper fort en toi même ? Est ce que tu ressens l’émotion ? ». C’est pas simple, surtout au bout de quatre albums. Ça m’a pris du temps avant de ressentir quelque chose de vraiment fort, de trouver une nouvelle manière de faire et de me dire que je tenais un truc intéressant. Moi j’adore la création, l’excitation, la liberté, sentir que je suis pas en train de me répéter.
J’ai besoin de me sentir jeune dans ma tête, d’essayer de nouvelles choses. J’ai toujours été guidé par ça, que j’ai 18 ans ou 34 aujourd’hui. Le jour où on m’enlèvera ma liberté et l’excitation artistique, le jour où je sentirais que j’ai plus grand chose à raconter, que je me répète et que je suis trop dans ma zone de confort, je pense que ça sera fini.
De la soul en français, ce n’est pas courant. Est-ce-que tu avais des inspirations particulières pour cet album ?
J’avoue que j’en avais pas d’artistes français en particulier. Ce que je suis le plus allé chercher dans le français ce sont des artistes qui cherchent à être libres, qui essayent de faire les choses à leur manière. Je pense notamment à Terrenoire, Yoa ou même Iliona. Ce sont des artistes qui essayent de dépoussiérer les choses ou au moins d’avoir un travail qui est pas trop dicté par la peur de la validation. Mais sinon en soul française j’avoue que je n’ai pas eu trop d’inspirations.
Je ne voulais vraiment pas faire un projet de revival soul, réduire la soul qu’à celle des années 65/75. J’ai vraiment essayé de mettre sur le disque des sonorités à la Frank Ocean ou James Blake qui sont des enfants de la soul. Je voulais vraiment que tout l’amour que j’ai pour la musique anglo-saxonne et américaine actuelle puisse exister sur cet album, que je leur rende hommage. C’était hyper long pour trouver le bon équilibre avec la langue française qui à une toute autre musicalité.
C’est la première fois que tu sors des morceaux en français. Est-ce-que c’est un meilleur moyen pour toi d’évoquer tes émotions et tes pensées?
C’était surtout hyper excitant de chanter en français ! C’était un grand défi pour moi et c’est pour ça que j’ai choisi le français. Si j’ai choisi d’être aussi vulnérable et intime, c’est parce que j’avais pas envie d’aller dans la facilité. J’avais l’impression que l’onirisme ou le surréalisme, ça aurait été un peu trop simple. Mais ça c’est parce que j’avais fait plein de sessions d’écriture avec des amis et d’autres grands paroliers. On écrivait autre chose que nos sentiments profonds et j’étais pas totalement convaincu. Je l’ai été le jour où j’ai fait le titre “Figure” avec Barbara Pravi. Je parlais de mon papa qui n’arrive pas a être là émotionnellement. À ce moment, j’ai ressenti que la lumière était enfin là.
Je l’avais ressenti sur “Traffic Lights” sur mon album d’avant et sur “Quite Like” avec Her. C’est vraiment un moment où tu te dis « je tiens la formule ». J’ai eu ce ressenti à ce moment et j’ai compris que c’était bon, j’étais arrivé où je voulais allé. J’ai gardé ce ressenti pour tout le reste de l’album. J’étais focus sur le fait de parler d’expériences très personnelles ou de valeurs qui me tiennent vraiment à cœur.
Est-ce-que tu penses que le fait de changer de langue t’as ouvert à un nouveau public qui ne t’écoutait pas forcément ?
Je sais pas, c’est très mystérieux l’accueil et le succès d’un album. Moi je pense surtout que ça force à l’humilité. Parce que sur chaque album, j’ai eu des retours différents, des succès différents. Là, l’album n’a que 3 mois donc je pense que c’est un peu tôt. J’aime bien passer du temps avec les gens à la fin des concerts, c’est là que je peux avoir des retours direct. J’ai l’impression que ce qui ressort beaucoup c’est que c’est hyper agréable de m’entendre en français parce qu’on comprend tout maintenant. *rires*


Tu es revenu sur le devant de la scène avec un album et une tournée dans la foulée, c’était indissociable pour toi le studio et la tournée ?
Ouais franchement c’est hyper important pour moi. En passant trop de temps sur les réseaux, on peut vite être dans un sentiment assez négatif, toxique et anxiogène. Je ne veux pas parler au nom de tous les artistes mais je pense qu’on est beaucoup à ressentir ça. Pouvoir être avec son public et capter les gens en direct, c’est beaucoup plus positif. Même si cela ne se passe pas bien, au moins c’est quelque chose de réel, que tu peux toucher. Qu’il y ait 10 personnes ou 10 000, ça ne change rien dans ma tête.
Sans rentrer dans une théorie du complot, je pense que les algorithmes et la gestion des réseaux sociaux sont fait pour qu’on se compare. C’est un système prévu pour que l’on soit tout le temps en train de penser que l’on est pas assez bien, que l’on n’a pas assez de like, pas assez de commentaires… Ce sont ces sentiments qui alimentent l’envie d’être sur les réseaux sociaux et l’envie d’y rester. Si on se sent vraiment bien et épanoui, on aurait plus envie de vivre des moments avec les potes, d’aller goûter le soleil. C’est un comportement qui n’arrange pas ceux qui ont crée Instagram. On n’est pas sur les réseaux quand on est comme ça.
En parlant de live et de rencontres avec les gens, en 2021 tu avais fait quelques concerts dans des lieux intimistes en présentant tes ébauches de chansons. Est-ce-que c’est quelque chose que tu serais prêt à refaire ?
Je ne voulais pas vraiment partir en tournée pendant les phases de créations. Je ne voulais pas trop justement me heurter aux autres. J’avais envie de rester dans mon cocon le plus possible. Mais c’était un festival très engagé qui voulait m’avoir depuis longtemps, donc je me suis dis « bon d’accord ». Tant qu’à faire j’ai adapté la setlist et j’ai fait un crash test. J’ai joué des chansons toutes nouvelles, pas terminée comme “Colère” ou “Le Meilleur de Toi”. J’avoue, j’étais comme un gosse *rires*. C’était les toutes premières fois où je chantais en français devant un public. En plus, c’était pour parler du deuil, de ma sœur médecin et de mon papa, de tout ça. J’ai trouvé ça incroyable. Ça procurait beaucoup d’émotion chez moi, ça m’a encore plus donné envie de finir cet album et de bien le faire.
J’aimerais bien refaire, j’adore ça. Peut-être même faire des tournées seulement piano voix, je trouve ça génial. C’est vraiment l’ultime option de jouer sans filet, tu es à poil. Tu te trompes : tout le monde entend, tu sais plus quoi jouer au piano : tout le monde le remarque. J’adore. Peut-être pas plus de 40 min parce que c’est un peu redondant je pense. Il faut un bon contexte aussi, il faut que l’acoustique soit sympa et que ce soit dans des lieux particuliers. Tu peux pas te retrouver aux Vieilles Charrues à 22 heures et faire un piano voix de 40 minutes. Sauf si t’es vraiment une énorme star mais sinon ça passe pas. *rires*
La tournée a commencé il y a un mois, ça te fait du bien de reprendre la route ?
C’est génial mais aussi aussi hyper fatiguant. C’est la première fois de ma vie que l’équipe avec qui j’ai fait mon album ne vient pas aussi en tournée. Je voulais vraiment des musiciens qui puissent chanter. Mais l’équipe qui avait fait mon album ne chantait pas donc ce n’était pas possible. En plus de ça, l’ingénieur du son que j’avais en studio c’est un monsieur qui ne fait plus de tournées. Je me suis retrouvé à finir l’album et à me demander comment j’allais faire. Ça a demandé un travail de dingue, il fallait adapter pour quatre personnes un album fait avec 12 musiciens.
J’ai demandé de l’aide pour dénicher ces musiciens parce que des choristes instrumentistes c’est vraiment pas facile à trouver. En plus, on n’a pas de filets de sécurité, on n’a pas d’ordinateur sur scène, pas d’Autotune sur les voix. L’album est quand même assez technique. Quand tu joues comme ça, tu peux pas partir avec n’importe qui. C’était hyper stressant j’avoue mais ils étaient tous supers. J’avais déjà écrit les arrangements et beaucoup travaillé en amont mais on ne sait jamais. Si l’alchimie n’est pas là, cela ne marche pas. C’est aussi une aventure humaine une tournée, surtout quand t’es que six sur la route en camion. Mais là pour l’instant c’est magique. C’est notre cinquième concert ce soir et c’est bon je sens que tout est là. C’est un show qui ne peut que grandir.

Est-ce-que pour toi c’était obligatoire d’avoir des musiciens sur scène pour défendre cet album avec toi?
Mais carrément, moi tant que je pourrais le faire, je ferais de la musique live et de la musique libre. Il y a plein de parties de mes concerts où les mesures ne sont pas écrites, dans le sens où on emprunte un peu ça au jazz. Bon c’est la version pour les nuls parce que eux ils font ça pendant deux heures mais c’est un peu ça. *rires*. Il y a plein de moments dans le concert où la fin n’est pas écrite, on s’arrête quand on veut. On s’écoute, on prend du plaisir, c’est hyper important pour moi. On écoute aussi le public, on voit si il a envie de deux mesures de plus ou pas et on fait chanter les gens, ils participent. Je considère que c’est ce qu’il y a de mieux dans la musique collective.
Même en spectateur, les gros lives produits que j’ai pu voir mais qui ne sont pas vivants m’ont moins fait vibrer. J’ai ressenti des choses sur des lives comme Talking Heads ou D’Angelo qui sont indescriptibles. C’est une osmose entre des gens. C’est des instrumentistes différents, avec des egos différents qui pendant une heure font opérer la magie. Ils créé une synergie entre eux mais aussi et surtout avec les gens, y’a une sorte de communion collective. Je trouve qu’on a de moins en moins ça en France et surtout en pop. Si de jeunes artistes nous lisent, c’est pas obligatoire d’avoir un live piloté par un ordinateur et Ableton. Un live, ce n’est pas forcément un claviériste avec des pads et un ordinateur. Même si vous n’êtes que deux sur scène, faites un Tiny Desk, un show acoustique, vivez le truc à fond.
Je sais que c’est super dur en ce moment pour tout le monde, la tournée, le disque. On se demande même si y’a encore une économie qui existe sur les projets musicaux. Mais dans tout ça, dites vous que ce n’est pas obligatoire les ordis et l’Autotune, il y a un autre chemin. Par contre ce qui est un peu démotivant c’est que ça demande du temps c’est vrai. Objectivement un concert avec quelqu’un payé exclusivement pour gérer un ordinateur sera mieux qu’un live band à leur premiers concerts. Par contre avec un ordi ton show est figé, il n’évoluera pas, t’as un plafond de verre c’est obligé. Alors que, par exemple, avec HER quand on en était à cinquante dates, il n’y avait pas un ordinateur qui nous arrivait à la cheville.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite?
Mon rêve, c’est de faire 10 albums dans ma vie d’artiste. Je veux continuer à faire des albums dans la continuité des quatre que j’ai déjà fait. Ça veut dire, avec un label, un tourneur, beaucoup d’ambition artistique et de la liberté. J’ai mis quasiment 15 ans a en faire quatre, alors il me reste un beau chemin je pense. J’avoue que je ferais tout pour y arriver, je suis inarrêtable. Imagine, si ton album dure 50 minutes ça te fait 500 min de création. C’est une rétrospective de toute ta vie.







