Thierry Amiel - © Kevin Amiel
Thierry Amiel - © Kevin Amiel

Thierry Amiel en interview : “Il fallait que je trouve du sens à ma vie pour mieux revenir”

C’est le grand retour de Thierry Amiel avec l’album ARTeFACT. Un album résolument pop et efficace qu’il a eu le loisir de nous présenter sur aficia…

C’est un retour que l’on attendait plus, mais qui fait beaucoup de bien ! Thierry Amiel, découvert lors de la toute première saison de ‘Nouvelle Star’, revient neuf ans après son dernier album Où vont les histoires ?, lui qui tenait également le premier rôle dans la comédie musicale de Pascal Obispo, ‘Adam et Eve : la seconde chance’.

Aujourd’hui, l’artiste fait un retour avec l’album ARTeFACT, un très bon cru mis en avant par le titre “Détends-toi”. Il est venu nous parler d’une longue période de remise en questions, de la confection de son album et de son coté perfectionniste.

Thierry Amiel : l’interview…

Depuis ‘Adam & Eve’, qu’as-tu fais durant cette longue période d’absence ?

Réunir les bonnes personnes, choisir les bons réalisateurs et que cela corresponde à ce que j’avais imaginé, ça prend du temps !

Thierry Amiel

Depuis la fin d’Adam & Eve, il s’est passé six ans. Durant ces six années, j’avoue avoir pris une première année de pause, de réflexions, profité de ma famille, et surtout réfléchir. J’en avais besoin. Je voulais faire un nouvel album. Ça s’était sûr, comme tout bon chanteur qui a terminé une aventure. Je ne sais pas si c’est le déclic de la trentaine, mais je voulais faire les choses différemment. Je voulais me mettre dans le danger, sans tomber dans la difficulté. Je voulais un album de caractère, avec des choses à raconter, en étant certain à 100% qu’elles allaient être intéressantes. Dès lors, je me suis demandé avec qui j’allais travailler, de quelle façon. Auparavant, j’étais en contrat avec Sony Music. Je me suis demandé si je cherchais une maison de disques avant ou après mon implication. Donc oui, j’ai pris une année pour trouver du sens à ma vie, mon utilité dans la musique…

On parle là davantage d’une remise en question plutôt qu’une simple réflexion non ?

Oui, et non. Je ne voulais pas faire un quatrième album pour faire un quatrième album, parce que c’était le moment. J’ai voulu me poser des questions pour me remettre en cause, presque humainement. Je me suis dit : Tu as cette chance là, sers toi-en pour essayer de penser ton projet de A à Z et ne pas chanter pour chanter.

En as-tu profiter pour faire autres choses durant ces six années d’absence ?

Je n’ai fait que de la musique. L’album en lui-même m’a pris quatre ans. C’est une année de plus que le temps que j’ai mis sur les précédents albums mais étant donné que j’ai fait le choix de co-produire cet album avec un label indé, j’ai touché un peu à tout. J’ai eu la chance de beaucoup voyager également.

Donc si je résume, cette période de quatre à six ans a été bénéfique pour toi ?

J’avais pas mal de barrières auparavant.

Thierry Amiel

Oui, j’ai pris le temps qu’il a fallu. J’aurais adoré le faire plus vite évidemment. Réunir les bonnes personnes, choisir les bons réalisateurs et que cela corresponde à ce que j’avais imaginé, ça prend du temps ! Je voyais des commentaires sur mes réseaux comme quoi ça semblait long mais j’ai pas pu faire mieux… 

Que voulais-tu faire en priorité sur cet album ?

Je n’ai pas pensé aux modes. Même si, forcément, on reste influencé par ce qui nous entoure. Je trouve ça cool qu’on puisse entendre davantage de musiques urbaines de nos jours, ou du moins la manière dont ces artistes travaillent. Est-ce que c’est parce que je suis chanteur de variété que je regardais à côté ? Peut-être que des artistes dans une niche s’amusent à zyeuter ce qui se fait côté aussi… On dit souvent que l’herbe est plus verte à côté…

Tu penses qu’inconsciemment c’est que tu as fais ?

Je ne sais pas s’il y a de ça… Mais en tout cas, depuis le début, j’ai toujours eu des envies singulières, envie de chercher des choses originales. Ce qui est sûr, c’est que sur ce disque-là, je ne voulais pas me mettre de barrières et tout m’autoriser. Des barrières, on s’en met tous naturellement. De part le regard des autres, dans les choix qu’on peut faire… J’avais pas mal de barrières auparavant. Le fait d’avoir mené ma barque seul, je suis parti dans l’état d’esprit de m’en mettre aucune, à savoir si j’avais envie d’influences électro, de beats urbains, je le ferai ! Je veux suivre mes envies.

(Re)découvrez « Détends-toi » de Thierry Amiel :

À l’écoute de l’album, on sent que tu as été méticuleux et perfectionniste. Jusqu’à quel point c’était important pour toi de l’être ?

C’est quelque chose qu’on dit souvent de moi : ‘Tu y passes du temps, tu peaufines…‘. C’est le cas de beaucoup d’artistes. Je l’ai su qu’après, mais ce disque était terminé au moins depuis un an. Seulement, je voulais être sûr de moi, sûr de tout ! J’aime les belles prod’, les belles mélodies… Je n’aurais pas fait un album si j’avais ne serait-ce qu’un doute. C’est peut-être pour cela que je me suis permis ces neuf ans d’absence, parce que je ne me suis pas dit qu’il fallait que je sorte ça avant telle date.

Donc tu es satisfait à 100% de cet album ? 

Oui, après j’ai envie d’être sincère à 100%. Il y a toujours des petites choses après coup ‘Et mince, j’aurais pu faire mieux là-dessus…‘. Disons que je suis content à 98% ! (Rires)

Les quelques collaborations (Skydancers, Manu Larrouy) qui composent ton album, comment se sont-elles faites ?

La notoriété peut partir et revenir très vite.

Thierry Amiel

Tous les gens qui ont participé à cet album, je suis allé, soit les rencontrer parce que c’était des personnes avec qui j’ai déjà pu travailler par le passé, ou non. Soit ce sont des connaissances communes que l’on m’a conseillées.

Ta voix est étrangement modifiée sur certains titres sur l’album… Mais ce n’est pas de l’auto-tune ?

Alors, ce n’est pas de l’auto-tune à proprement dit, car l’auto-tune sert à trafiquer les voix, mais à la base c’est pour que cela sonne juste sur certaines notes. 

Tu as simplement trafiqué ta voix sur une ou deux chansons alors ?

On peut dire ça ! Sur deux, trois chansons même ! Mais vraiment pour le fun. J’avais imaginé l’album avec deux facettes, l’une intime, très chanson-variété, et une autre plus extravertie où je voulais être dans l’inspiration électro et l’urbain. Je trouvais que cela s’y prêtait bien. Je sais que beaucoup de gens détestent entendre ça dans le rap. Moi, j’adore ça depuis que j’avais entendu l’album de Madonna avec Mirwais où, sauf erreur, c’est la première fois que j’entendais ça. Et ça m’a toujours plu !

Quand on revient comme tu le fais, j’imagine qu’on a une seule peur, c’est de passer inaperçu avec un disque de qualité non ?

Oui et non, c’est-à-dire que j’ai une part de moi où… Cela peut paraître bizarre mais je ne me suis pas imposé à faire un disque. J’avoue que c’est comme si je pouvais débrancher mon cerveau et que je ne me préoccupais pas de ça. C’est pour ça que je n’ai pas couru auprès d’une maison disques en premier. Non, je n’ai pas pensé à ça. Ce qui peut me faire peur, c’est plus ce que les gens vont en penser. Après, la notion d’oubli, en soit non. Je ne sais pas si je suis pragmatique, mais j’ai vu comment la notoriété pouvait marcher. Le fait d’être inconnu, de faire la première édition de ‘Nouvelle Star’ et du jour au lendemain, être reconnu. La notoriété peut partir et revenir très vite. J’ai la chance d’avoir marqué l’esprit des gens, et ça passera par le fait de faire des bonnes chansons. Ceux qui m’ont oublié se rappelleront et voilà !

Thierry Amiel - DR

« Fantôme », c’est ton nouveau single. Est-il autobiographique ?

C’est un mélange de plein de choses. Il faut savoir que dans cet album, on a souvent commencé par la musique. Et j’arrivais à me projeter. Je voulais des ambiances, des images, des sensations particulières, des couleurs, pour chacun des titres. Alors, je ne sais pas pourquoi je suis parti sur cette histoire de fantôme, si c’était les chœurs ou autres choses, mais par contre, j’ai le souvenir que lorsque la métaphore du fantôme est venu, j’ai adoré parler de plein de choses à la fois. Il y a un peu d’aspect autobiographique, mais pas que ! J’ai aimé me projeter, me dire que si demain je suis plus là, et de penser à l’après, qu’est-ce qu’on retient de nous ?

C’est culotté de parler de l’après dans une chanson non ?

Certes, mais j’ai aimé l’idée que cette chanson fasse passer le message qu’il faut profiter, oser, se battre, de faire des choses. Parce qu’en fin de compte, quand c’est trop tard, c’est trop tard ! J’ai beaucoup aimé cette notion de solitude, cette notion d’invisibilité, d’être mis de côté. Je me suis plongé dans mes propres sensations et j’ai essayé de parler de l’émotion que cela procure quand on se sent seul ou rejeté, ou alors si demain je ne pouvais plus chanter. J’ai essayé de me mettre en situation et de dévoiler le sentiment que cela procurait. Il y a carrément une part de moi. Quand je dis ‘Isolé face à l’écran‘, c’est ce que je ressentais quand j’écrivais la chanson. Je me suis mis en scène en fait.

Découvrez « Fantôme », le nouveau single de Thierry Amiel :

Crédit Photographique : Kevin Amiel