Tim Dup - © Diane Sagnier
Tim Dup - © Diane Sagnier

Tim Dup en interview : “’La course folle’ ce n’est que des moments de magie, de rencontres…”

Exclusivité aficia

Tim Dup est de retour dans les bacs ce vendredi 11 juin avec son troisième album : La course folle. L’occasion pour aficia de partir une fois de plus à sa rencontre afin de creuser l’univers artistique de ce nouveau cru.

Il y a eu du chemin pour Tim Dup depuis la publication de son premier EP Vers les ourses polaires en 2016. Un beau chemin, celui d’un artiste qui semble se construire au fil du temps sans jamais se trahir et en liant l’amour de la musique à une passion folle de la vie, de l’amour et des rencontres.

Ce chemin fait qu’aujourd’hui Tim Dup propose au public son troisième opus, déjà. En effet, il sera dans les bacs ce vendredi 11 juin avec La course folle. Un format qui célèbre la vie, les étreintes, l’amitié, l’ivresse. C’est aussi un album qui marque un tournant dans la vie de Tim Dup, comme une libération, une prise de conscience qu’il a la possibilité de faire vivre sa folie et sa gourmandise épicurienne de la vie.

Alors on plonge dans son univers, dans ses rencontres, ses collaboration, ses amitiés indéfectibles. Tim Dup nous embarque dans sa course folle, une course sous le soleil, une course vertigineuse et palpitante.

Tim Dup, l’interview…

Pour commencer simplement, comment te présenter rapidement à quelqu’un qui te découvre seulement aujourd’hui ?

Et bien écoute déjà je lui dirais ‘salut, bienvenu’. Bienvenu car c’est joyeux et que c’est joyeux de découvrir des artistes et de rentrer dans leur univers, moi j’adore ça. On en découvre chaque jour, il y a tellement de choses, tellement de gens inspirés, tellement de passionnés…

Mais moi je suis un auteur, compositeur, interprète. Je suis inscrit dans une certaine idée de la chanson française… J’aime les textes, j’aime les mots et je chante. Et je chante encore plus sur ce disque.

J’ai l’impression d’avoir trouvé ma voix musicalement, de ne plus avoir peur de chanter. D’être un chanteur justement, de ne plus avoir peur, de m’éloigner des inspirations qui sont les miennes et qui le restent quand même un peu. Moins de hip-hop, moins de textes fleuves, plus de refrains… 

Voilà, un chanteur à texte c’est pas mal pour se présenter. En tout cas si on veut bien accepter cette définition là, moi ça me va très bien. Sans oublier que je suis pianiste aussi, que c’est un instrument qui est très présent dans mes disques mais qui s’efface un peu sur celui-là. Il est omniscient, toujours, mais il y a aussi beaucoup d’autres textures qui entrent en contact avec mon univers sur ce nouvel album.

Si je retrace rapidement ta carrière… On te découvre en 2016 avec l’EP Vers les ourses polaires. Tu publies ensuite, en 2017, l’album Mélancolie heureuse puis en 2020 Qu’en restera-t-il ?. Entre temps tu auras eu l’honneur des Victoires de la Musique en étant nommé en 2019 comme Révélation Scène de l’Année. Quel regard portes-tu sur ton parcours ?

Je me sens à la fois heureux et chanceux. On peut souvent avoir peur de dire que l’on est fier, en tout cas je trouve parfois cette fierté déplacée car elle est liée à un ego, mais je suis fier d’avoir continué, d’avoir poursuivi, d’avoir travaillé.

Ce métier c’est un métier de l’artisanat. Ça prend du temps, beaucoup de temps. Et vu comme ça, il semble y avoir beaucoup de choses en très peu de temps mais c’est du temps, c’est de l’abnégation, c’est de la résilience.

J’ai cette sensation, malgré que ce soit le troisième disque et que ça me donne confiance en ce métier, en ma passion et en la création, que ça reste à chaque fois une nouvelle marche. Tu la descends et tu la remontes en permanence et c’est ce qui est fabuleux, ce n’est jamais du tout cuit. Il y a du labeur, du travail, de l’expérience… 

Au final mon regard sur ce parcours c’est que je suis extrêmement chanceux d’avoir vécu tout cela. Déjà d’avoir vécu suffisamment pour avoir fait trois albums et un EP. Je m’en sens chanceux car pour faire des disques il n’y a pas photo, il faut vivre des trucs. Et je me sens chanceux aussi de toutes les rencontres que j’ai pu faire sur ce parcours.

Il y avait aussi cette envie et ce désir incandescent de retrouver des gens, des terrasses, de l’ivresse, de la gourmandise, de l’été, du soleil….

Tim Dup

Revenons à ton actualité. Tu t’apprêtes à publier le 11 juin ton troisième album : La course folle. Peu de temps sépare ce nouveau cru du dernier. Il y avait une urgence pour toi de revenir avec un nouvel album ? 

Ce qui est étonnant c’est qu’il n’y avait pas d’urgence. C’est l’imprévu qui a créé l’urgence de ce disque. Je comptais défendre Qu’en restera-t-il ? sur scène pendant deux ans, faire une longue tournée pour après mettre de côté la musique pour un moment. Un moment pour me permettre de me construire par d’autres choses, voyager… 

Car je fais de la musique sérieusement depuis que j’ai 20 ans et en fait j’ai besoin, aussi, de me construire par d’autres choses que la musique qui peut revêtir une certaine magie mais qui est également vertigineux et moi j’aime bien avoir les pieds ancrés dans le sol. J’avais donc réellement cette envie de vivre d’autres choses et finalement l’imprévu nous l’avons toutes et tous connu : un confinement, une pandémie…

Mais je suis content car j’ai su rebondir, j’ai été résilient dans ce moment où il y avait beaucoup de frustrations. Tu prépares un spectacle pendant un an, tu fais un disque, tu en parles pendant deux mois, tu fais le premier concert de la tournée et tu rentres chez toi du jour au lendemain car tu n’as pas le choix : c’est rude. 

Mais avec ce confinement j’ai retrouvé du silence, c’est retrouver quelque chose d’assez serein. Mais il y avait aussi cette envie et ce désir incandescent de retrouver des gens, des terrasses, de l’ivresse, de la gourmandise, de l’été, du soleil…. qui a fait que La course folle est né.

C’est assez drôle car j’ai l’impression que dans ma discographie je parle beaucoup de temps, c’est une donnée qui me passionne, que je trouve infinie en termes d’inspiration et il y a un lien en fait… Et il y a cette idée de laisser quelque chose d’articulé, de faire un lien entre toutes les œuvres. Qu’en restera-t-il ? finalement la réponse nous l’avons maintenant avec La course folle. Qu’en restera-t-il, on ne le sait pas, mais en tout cas il y aura ça. Cette urgence du présent, du besoin que nous avons d’être ensemble, de cette gourmandise à l’italienne, de l’ivresse d’un soir d’été… 

Il y a un grand écart entre Qu’en restera-t-il ? et La course folle. Comme un nouveau regard sur le monde et une réelle envie de vivre, de faire la fête, de partager et d’aimer. Pourquoi ce vertige, ce tourbillon de vie dans ce nouveau cru ? Et dans le même temps, toi qui était un peu dans la retenue, avec ce nouveau cru tu te libères totalement… 

Déjà c’est simple… Pourquoi tout cela, car je ne l’avais plus, nous ne l’avions plus. Et donc c’est né d’un désir, d’un fantasme de retrouver tout ça et j’avais également besoin de légèreté dans ma vie, ce qui ne veut pas dire une absence de sérieux ou même une absence d’exigence dans ce que j’allais faire musicalement et artistiquement. J’avais bien besoin de cette légèreté dans le lâcher prise et j’ai cette sensation d’avoir lâché prise sur ce disque. Il y a que du plaisir dedans, j’ai pris tellement de plaisir à la faire… 

Il y a aussi eu ce plaisir de m’entourer. On parle de ce désir de revivre des choses avec des gens, et bien déjà ça c’est présent dans l’album avec les collaborations. Le fait de faire un disque avec des copains, avec des chanteuses que j’ai rencontrées, avec des amis pianistes et de ramener mes amis musiciens : des cornes, de la flûte, de la harpe… Plein de textures en fait qui amènent inévitablement de la vie. 

J’ai beaucoup fait des disques piano-électro, celui-ci est beaucoup plus organique et je pense que la vie elle passe aussi par les histoires présentes sur ce disque mais aussi par les harmonies, par les couleurs des instrumentations. C’est vivant, c’est mouvant.

Ce lâcher prise, finalement, c’est un peu une récompense. C’est un peu comme si j’avais eu besoin de deux albums pour me dire ‘arrête les postures’ que l’on peut avoir parfois en se disant ‘j’écoute du hip-hop donc je dois mettre du hip-hop’. Et finalement non, je ne viens pas de là, je viens de la chanson et j’ai pris confiance en ça aussi : ‘sois chanteur, sois compteur’. 

C’est assez drôle car je suis dans une phase où l’on me parle beaucoup de ce disque et c’est une période ou je n’ai pas encore toute la distance dessus. Et c’est d’ailleurs vous, comme toi Christophe, qui nous éclairez, nous les artistes, sur notre création et on se dit ‘ah ouais, tiens c’est vrai que c’est comme ça’. Mais c’est génial, c’est une aventure qui est folle et La course folle c’est ça : je t’emmène, on ne sait même pas si il y a un retour… Vivre ! Et même si le temps court toujours, dans ce temps nous pouvons mettre beaucoup de choses. Il faut croquer tout ce qu’il y a à croquer. 

Je déteste les disques nombriliques. C’est ma hantise d’offrir ça au public. J’espère que je n’en fais pas…

Tim Dup

Pour ‘La course folle’ tu retrouves des collaborateurs fidèles comme Hugo Pillard, Diane Sagnier, Fab Dupont… C’est essentiel pour toi de travailler avec des gens que tu connais bien ? Et qu’apportent-ils à ton univers, à ta manière d’aborder la musique ?

Je suis quelqu’un d’assez fidèle. Alors oui, il y a un confort qui peut endormir, il faut faire attention à ça. Mais avec Hugo, qui réalise beaucoup de mes clips, je l’ai toujours mis au challenge pour que l’on se dise ‘viens, on ne se repose pas sur ce que l’on a fait avant’. On tente à chaque fois de sortir de nos automatismes car c’est le danger de travailler avec des gens avec qui on se sent vraiment bien. C’est le côté confortable qui, justement, pourrait endormir.

J’ai cette envie de travailler avec des gens que j’aime car ils m’apportent à la fois une expertise car elles sont très douées, mais aussi ils me connaissent, ils me comprennent. Et je pense que c’est essentiel car j’aime faire des disques authentiques, jusqu’au bout, et ça passe aussi par des relations. Je ne peux pas travailler avec des gens avec qui je m’entends ‘moyen’. 

Il y aurait peut-être une peur de te trahir toi-même ? De te trahir dans la manière d’aborder les choses ? 

Oui, sans doute. Et c’est aussi un métier qui repose sur des émotions et donc je pense que tu le sens quand c’est fait avec des gens qui s’entendent et se comprennent. 

Diane a fait de magnifiques photos, elle savait ce que je voulais et ne voulais pas, Hugo pareil, Fab qui a mixé le disque, Damien qui a réalisé l’album est extrêmement important… Et c’est génial car c’est un lâcher prise personnel cet album, de création et de tout ce que tu veux, mais c’est aussi un lâcher prise humain car ici c’est très fluide. Finalement il n’y a jamais de questions, il y a parfois des nœuds, mais il n’y a pas de problème. Et les collaborations apportent une fluidité folle.

Faire un disque seul, tu n’as pas de recul sur ce que tu fais. Tu n’as pas de distance. Et donc tu peux tourner… Je déteste les disques nombriliques. C’est ma hantise d’offrir ça au public. J’espère que je n’en fais pas… Évidement que je parle de moi, il y a de l’intimité, mais si tu ne parles pas du Monde, des gens et que tu te trouves que dans une narration appauvrie de ta petite vie et de ton petit égo ça ne marche pas. Et les collaborations sur un album restent essentielles pour ça car c’est une aventure personnelle mais à plusieurs.

Sur cet opus, tu as également fait le choix de collaborations, comme avec Aurélie de Brigitte et Anaïs Demoutier, Alexandre Tharaud, Aurélie Saada, Thomas Encho, Saane… Comment as-tu fait le choix de ses artistes et pourquoi autant de collaborations sur ce troisième cru ?

Le choix est très naturel. C’est les aventures et les rencontres de la vie qui apportent les collaborations de cet album. Alexandre ça fait déjà très longtemps que je voulais lui laisser une place sur un de mes albums. 

Thomas Encho je l’ai rencontré durant le second confinement pendant une promo que nous avions ensemble. Je l’ai rappelé peu de temps après, j’avais eu un super feeling avec lui et j’avais envie d’un super morceau de piano, un peu jazz, un peu latin, un peu enfiévré pour raconter cette histoire. J’ai été chez lui, on s’est installé autour du piano, on a fait une prise et c’était ça quoi ! La chanson est née d’un moment unique… 

Saane, je lui ai envoyé le refrain de “Osaka” durant le premier confinement à distance, elle m’a envoyé ses voix et ses harmonies… 

Aurélie je la connaissais déjà un peu et j’avais cette chanson que je voulais absolument faire chanter par une femme. Et j’adore car Aurélie a une voix intemporelle, ce côté cinématographique très nouvelle vague, très féminine…

Et Anaïs Demoustier elle m’a envoyé un message sur Instagram cet automne et c’est pareil, au final nous avons eu un bon feeling, elle m’a confié qu’elle aimerait bien faire de la chanson et j’avais “L’avventura” qui est née en janvier, et je lui ai proposé. Je suis passé chez elle, autour du piano avec une bière nous l’avons fait en piano-voix et j’ai été bouleversé… 

Voilà, ce n’est que des moments de magie, de rencontres…

C’est une réalité, aujourd’hui on ne peut pas faire les tournées qu’on veut. Économiquement je ne peux pas faire une tournée à six sur scène.

Tim Dup

La course folle se pose comme un rayon de soleil, une envie d’aimer, une ode à l’amitié, à la sincérité, au partage. 

Et bien ça me va parfaitement !

Si toi tu devais le définir en trois mots..?

Je dirais soleil… Ivresse, qui peut ne pas être que l’ivresse à base d’alcool ! Et je vais dire cinéma italien… 

Ton opus est aussi un peu un voyage sous le soleil, comme un souvenir de vacances à la ‘Call Me By Your Name’. C’est chaud, coloré, festif et parfois sensuel. C’était une volonté de ta part de conduire l’auditeur sous un ciel plus bleu ?

Complètement ! J’avais besoin de tendresse, de soleil, de sensualité. Et donc oui, j’espère que c’est ce vers quoi j’embarque les gens qui écoutent ce troisième album. Que ça fait du bien quand on l’écoute. 

Je me suis réellement battu dans le timing pour qu’il sorte cet été. Je ne voulais vraiment pas qu’il naisse à une autre saison, je veux que les gens puissent partir en vacances avec, qu’ils puissent l’écouter en bord de mer, au bord d’une piscine, en ballade en montagne, avec des gens qu’ils aiment… 

Si tu ne devais retenir qu’un seul titre de cet album, celui à écouter absolument, ça serait lequel ?

Ah… C’est salaud ! Peut-être “Montecalvario” qui, je pense, recueille un peu la couleur de cet album. Ou alors “Lavventura” avec Anaïs, c’est sans doute le titre qui cristallise le mieux le disque. 

Pour finir avec cet album, il y a également une réelle sensation de lâcher prise que nous avons déjà évoqué.On te connait d’une manière un peu différente du public, donc on connait un peu ton côté ‘fou’, mais justement, cet album ne serait-il pas la prise de conscience que tu peux lâcher les freins, tu peux exposer un peu plus ta folie créatrice et humaine et finalement aller encore plus loin que ce que tu as eu l’occasion de faire avant ? 

C’est sûr, c’est sûr. Je pense que j’en prends conscience et c’est juste génial. En fait, je pense que tu as peur de donner ce que tu es. Car tu souhaites garder une certaine intimité pour toi. 

Mais en fait la folie que j’ai, qui est en moi, ce côté plus barjo, il me définit. Donc en fait je n’en ai pas peur et je pense qu’il me fallait deux albums pour me dire, sur celui-là, ‘allez, on lâche un peu quoi !’. 

Tu sais, je pense que quand tu es un jeune artiste tout le monde te rappelle que tu as quelque chose à prouver et notamment à toi-même. Et donc tu es dans une certaine retenue car, oui, tu as envie que l’on te prenne au sérieux. Mais je pense que l’on peux te prendre au sérieux tout en étant libre et non pas dans une sur-représentation.

Je me suis libéré de ça. Ça me va bien. Ça me définit. Mais c’est bien que ça n’arrive que maintenant, je pense que ça m’a protégé aussi. 

Nous le savons, la crise sanitaire plane toujours au-dessus de nos têtes. Mais j’imagine que tu as une réelle volonté de conduire cet opus sur scène. Tu as déjà en tête ce que tu souhaites proposer au public ? 

Je ne sais pas trop encore… Oui, j’ai vraiment, vraiment, vraiment hâte d’aller le jouer sur scène. En plus cette tournée là sera également l’occasion  de jouer le second album aussi. Mais j’hésite encore sur la formule à adopter. Notamment car on se retrouve un peu le cul entre deux chaises et que nous ne savons toujours pas comment on pourra vivre à l’automne. 

C’est une réalité, aujourd’hui on ne peut pas faire les tournées qu’on veut. Économiquement je ne peux pas faire une tournée à six sur scène avec régie face, retour, lumière, création vidéo… Il y a des choix à faire, ça c’est sûr. 

Des contraintes qui permettent aussi de se réinventer un peu aussi ? 

Oui, de se réinventer d’une certaine manière. Mais une chose est sûre c’est que je ne serai pas seul sur scène, j’ai envie de partager ça autrement. 

Pour terminer, aficia aime mettre en avant de nouveaux artistes, des talents émergeants, faire découvrir des pépites musicales… Et toi, tu aurais un artiste à faire découvrir à nos lecteurs ?

Il commence à être connu… Mais pour moi il mérite de l’être. C’est un artiste merveilleux, c’est un artiste italien, il s’appelle Andrea Laszlo De Simone. C’est extrêmement beau, c’est cinématographie, c’est poétique, c’est émouvant… Il y a une forme de jusqu’au-boutiste dans sa création. J’adore ce panache et cette liberté.

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