Christophe Willem en interview : « La frontière entre les artistes et les people est de plus en plus mince »

Cristophe Willem est de retour avec l’album Rio dont il nous livre les inspirations, révélant entre les lignes qu’il est finalement plus personnel qu’il n’y paraît au premier abord. Rencontre.

Trois ans la sortie de Paraît-il, un album introspectif écrit en collaboration avec plusieurs plumes dont celles de Jean-Jacques Goldman et Carla Bruni, Christophe Willem revient avec un album plus lumineux, Rio, à travers lequel il pousse sa réflexion sur nos comportements, tout en nous invitant à lâcher prise. Inspiré d’un périple au Brésil où il s’était rendu lors des J.O. de Rio en 2016 pour y présenter l’hymne de la francophonie avec Inna Modja et Black M (« Tu sais »), ce cinquième effort a été confectionné avec une équipe resserrée, essentiellement composé d’Igit (« The Voice »), Zazie et le musicien Aurélien Mazin qui l’accompagne sur scène.

La vie peut devenir une fête permanente !

Je voulais commencer par revenir sur le clip de ton single « Marlon Brando », dans lequel tu apparais nu… Et le mettre en perspective avec l’idée que le disque Rio est synonyme de lâcher-prise. Comment est venue cette idée et est-ce que cela veut dire pour autant qu’on peut tout s’autoriser ?

Je dirais surtout que l’album Rio rappelle l’urgence qu’il y a de vivre. Quant au clip de « Marlon Brando », c’était pour moi une manière de mettre les points sur les « i ». Je pense qu’aujourd’hui la frontière entre les artistes et les people est de plus en plus mince. Terminer nu dans ce clip, c’était donc souligner le fait qu’aujourd’hui il faut être prêt à faire tout et n’importe quoi pour absolument satisfaire cette industrie du buzz. Ce qui est assez amusant, c’est de voir que certains n’ont pas compris ce clip. Et en particulier quelques journalistes qui n’en ont pas saisi le sens et qui justement ont dit que j’étais prêt à faire tout et n’importe quoi pour faire parler de moi. Alors qu’en réalité, ils n’ont fait qu’amener de l’eau au moulin pour ce que je dénonce dans ce clip.

N’était-ce pas pour toi l’occasion aussi de t’affranchir de certains complexes ?

Non, parce que je n’ai pas de rapport avec la nudité. C’était avant tout pour faire vivre le scénario de ce clip. Pour moi, ce sont deux choses qui sont détachées. Il y a plein de gens qui ont effectivement été étonnés et qui m’ont dit que ce n’était pas anodin de pouvoir se mettre nu comme ça dans un clip potentiellement vu par des millions de personnes. Mais je n’ai pas tilté en réalité. (Sourire) Dans ce contexte-là, dans un cadre artistique, ça ne me dérangeait pas, effectivement. Mais si je devais le faire, là, de but en blanc, je ne serais pas du tout à l’aise.

L’album s’ouvre avec « Copacabana ». Au premier abord, ça pourrait annoncer la tonalité festive de Rio. Mais tu rappelles d’entrée de jeu que le bonheur se trouve surtout dans le quotidien. Est-ce que les deux ne sont pas antinomiques malgré tout ?

Je pense qu’on vit tous un peu enfermé dans un quotidien étouffant. Hors, la première prison qu’on se met, c’est soi-même. C’est à dire que la première des choses qu’on crée autour de soi, c’est une routine dans laquelle on accepte de vivre. Je suis quelqu’un d’assez positif. Et c’est vrai que dans mon quotidien, j’essaie de prendre du recul et de la hauteur, pour me déconnecter un peu, rendre les choses plus faciles à vivre. On est tous un petit peu maître de notre quotidien, et on doit apprendre à le gérer. J’estime qu’à partir du moment où l’on accepte de vivre cette routine avec légèreté, la vie peut devenir une fête permanente. C’est ça le sens de « Copacabana » !

On a évité de s’enfermer dans des cases.

Ce titre augure la tonalité éclectique de l’album, qui l’est d’ailleurs beaucoup plus que les deux derniers, Prismophonic et Paraît-il. Y avait-il une réelle ambition de surfer sur différentes vagues quand tu as commencé à travailler dessus ou est-ce que ça c’est fait sur le moment, sans aucune préméditation ?

Il rappelle effectivement beaucoup plus Inventaire pour l’éclectisme qu’on retrouve dedans… Mais il n’y a eu aucune volonté de notre part, à Aurélien Mazin et moi. On a travaillé ensemble sur tout l’album. Lui a fait les arrangements, moi les mélodies des titres, et on a réalisé l’album ensemble. Au fur et à mesure qu’on avançait sur le projet, on a évité de s’enfermer dans des cases ou de se référer à des paramètres. On ne s’est pas dit qu’on allait faire de la pop, de la soul ou de la chanson… On a voulu faire ce qui nous parle, tout simplement. Même s’il y a énormément de registres différents, Rio est un album malgré tout cohérent.

Pourquoi avoir décidé d’appeler cet album Rio ?

Je me suis rendu à Rio l’année dernière pendant les Jeux Olympiques. J’étais vraiment dans une logique de travail parce que j’y allais pour chanter, pour la francophonie. Ce n’était pas quelque chose qui me tentait plus que ça pour dire vrai. Et en fin de compte, lorsque je suis arrivé, j’ai vraiment été saisi par cette ville et par l’énergie qui s’en dégage. Et surtout par cette sensation qu’il y a une urgence à vivre, que le reste n’est qu’accessoire. C’est une ville de contrastes qui sont assez violents, avec une pauvreté très forte, très marquée, et une classe aisée qui est bien plus riche que la moyenne.

C’est effectivement assez dépaysant…

En même temps, ça nous rappelle que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, qu’il y a des hauts et des bas, des confrontations entre les misères. Mais il subsiste là-bas toujours une part d’humanité qui, je trouve, est de moins en moins présente chez nous. Tout ça a eu lieu en parallèle de ma dernière tournée durant laquelle on a commencé à connaître cette série d’attentats. J’ai fait le parallèle avec les souvenirs de toutes ces personnes croisées là-bas et ceux qui ont commencé à se rassembler en France pour marcher à la suite, au chaînes qui se sont créées sur Facebook… J’ai compris que le problème aujourd’hui est qu’on est tellement dans l’immédiateté de tout, que même l’émotion et la solidarité deviennent éphémères. Rio a donc été un point de départ pour ma réflexion.

Aujourd’hui, on veut les solutions avant de faire le constat des choses.

Tu parles de l’importance d’être unis, de parler d’une seule voix. Ça fait référence à ton titre « Madame » dans lequel tu parles d’une France à « l’âme blessée ». Quel regard portes-tu sur notre société en 2017 ?

Je dirais qu’on vit dans un pays qui est assez fractionné, fracturé. Il y a des vraies difficultés à faire émerger une réelle cohésion sociale, d’avoir une vraie fraternité. Encore une fois, ce qu’il se passe ici, l’écart de richesse entre les citoyens stigmatise certaines populations. Ce qui fait que les gens ne communiquent plus réellement aujourd’hui. Ce qui est assez paradoxal, c’est qu’on n’a jamais autant exprimé nos opinions sur les réseaux sociaux, alors qu’on n’a jamais aussi peu parlé et on ne s’est jamais senti aussi mal dans notre peau. C’est symptomatique de ce qu’est notre pays. Latifa Ibn Ziaten, dont je raconte le combat à travers cette chanson, m’a raconté son parcours en tant que femme marocaine arrivée en France, qui a rencontré des gens. Elle avait trouvé cette fraternité, cette cohésion, cette envie d’aller vers les autres et de comprendre les différences pour en faire une force. Je lui ai demandé où était passée cette France aujourd’hui, qui est en repli sur elle-même parce que les gens ont peur de tout, de leur voisin comme de leurs propres actes. Je fais un constat.

Tu t’inclus dans le lot ?

C’est le fruit de mes observations, mais je ne donne absolument pas de leçons. Ce n’est pas le but parce que je fais partie de cette même France. Je suis aussi sujet à faire des amalgames ou au fait de porter des jugements trop hâtifs. Observer, c’est la première étape avant d’être capable de pouvoir avancer. Aujourd’hui, on veut les solutions avant de faire le constat des choses.

Écoutez le titre « Madame » de Christophe Willem :

Ce n’est pas un hasard si « Restart » arrive juste après dans la tracklist… S’il existait un bouton pour tout recommencer, celui que tu mentionnes dans ce titre-là, que changerais-tu en premier lieu ?

Ça va te paraître naïf ce que je vais répondre, mais pour moi le drame de cette société dans laquelle on vite, c’est que les gens sont convaincus que l’amour lui-même les rend vulnérables. Et comme c’est une société dans laquelle on doit être dur et solide, alors on a peur de s’aimer soi-même et d’aimer les autres. Je ferais en sorte que les gens s’aiment davantage pour qu’ils soient aptes à appréhender les différences.

Dans le titre « Loue ange », tu mentionnes des « histoires » auxquelles l’homme se raccroche. Comment est la religion vue par Christophe Willem ?

C’est un vaste sujet ! (Sourire) Je suis culturellement religieux, parce que j’ai grandi dans une famille catholique. Et en même temps, j’ai toujours gardé en tête que selon moi la religion n’est qu’une matérialisation et une aide de ce qu’est le spirituel aux yeux de l’homme. Pour moi, elle permet d’expliquer les concepts qui dépassent la réflexion humaine et de les rendre possibles par la pensée. Le petit drame qu’on vit aujourd’hui, c’est qu’on a l’impression qu’en dehors des religions traditionnelles, on n’a plus aucun moyen de s’élever spirituellement. On connecte forcément le spirituel et le religieux. Or, pour moi, ce sont deux choses complémentaires et totalement dissociées. Il faut comprendre que du moment où le divin est en nous, on a la notion et l’amour de tout le monde. C’est ce qu’on appelle le respect de tout le monde et de chacun, quand on considère que l’autre a du divin en lui. Pour moi, c’est ça la définition de la religion aujourd’hui.

Je reste très attaché à ‘Nouvelle Star’ !

Tu dis par ailleurs que l’âme cherche « un écrin ». Lequel pourrait-il être ?

Je pense que la vie est un continuum permanent, que nos corps sont des enveloppes qui contiennent des âmes. Je pars du principe que l’âme a un parcours qui lui est propre et que notre vie est l’une des étapes. Et que notre âme tente  tant bien que mal de trouver cet écrin pour que notre vie soit la plus douce possible. Mais à nous encore une fois d’être à l’écoute de nos envies et de qui on est profondément. Ça devient très métaphysique ! (Rire)

Est-ce que tu suis les télé-crochets, et je pense notamment à « Nouvelle Star » qui reprend sur M6 ? Y-a-t-il des artistes qui ont retenu ton attention ?

Oui, une en particulier… qu’on ne voit pas beaucoup. C’est Yseult. Je pense que c’est un diamant brut qui a besoin d’être façonné. Je pense que c’est quelqu’un dont on réentendra parler, parce qu’elle a beaucoup de talent et une belle émotivité. Slimane, j’ai bien aussi. J’aime bien ce qu’il véhicule et sa musique est en adéquation avec celui qu’il est. Je regarde effectivement « Nouvelle Star ». Je reste très attaché à l’émission !

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