Léa Paci en interview : « Les gens ont besoin de simplicité, de choses plus cools et moins réfléchies »

Léa Paci publie cette semaine son premier album Chapitre 1, porté par les titres « Pour aller où ? » et « Adolescente pirate ». Elle le présente sur aficia !

En seulement quelques mois, Léa Paci a réussi à focaliser l’attention sur elle. La jeune artiste s’est imposée sur les ondes à la toute fin de l’année 2016 avec un premier single intitulé « Pour aller où ? », représentatif d’un état d’esprit et d’une fracture qui touche sa génération. Elle distille à présent d’autres messages d’espoir dans un premier album intitulé Chapitre 1, sur des rythmes dansants et des productions très contemporaines. Un cocktail qui pourrait bien fait sensation cet été. Rencontre.

Lors de notre premier entretien, tu avais révélé travailler sur ton premier album avec les producteurs de Louane et M Pokora, en l’occurrence Tristan Salvati et Yohann Malory. Depuis tu les cites très régulièrement, comme  si vous formiez un trio. Penses-tu avec le peu de recul que tu as qu’ils ont apporté à ton univers quelque chose que personne d’autre n’aurait pas pu t’offrir ?

Je ne sais pas si quelqu’un d’autre aurait pu me l’offrir. Ce que je sais, c’est qu’ils ont été avec moi depuis le début, ils ont cru en moi assez vite. Ils ont aussi ouvert mon esprit à des choses auxquelles je ne pensais pas… Quand on s’est rencontré, ils avaient surtout été touchés par ma voix, parce que j’ai commencé en publiant des reprises. Quand on a décidé de travailler ensemble, il n’y avait pas d’objectif précis. Je n’étais pas signée en maison de disques et je n’avais pas du tout prévu de sortir un album. On a juste eu envie de faire de la musique ensemble, de s’apporter chacun quelque chose de neuf dans nos univers respectifs. Comme je le dis souvent, c’est comme si nous avions été dans un incubateur dans lequel on a pu créer sans limite de temps, ni contraintes artistiques. C’est ce qui nous a permis d’aller dans différentes directions, d’essayer plein de choses et de pouvoir trouver ce qui nous correspondait le mieux, ce qui me représentait vraiment.

Plus que des collaborateurs, sont-ils devenus des amis ?

À l’époque, je n’avais que très peu de connaissances du milieu. C’est d’ailleurs un milieu qui peut faire peur quand on ne le connaît pas. Mais j’ai senti tellement de bienveillance de leur part que ça m’a permis de me livrer totalement, et de faire cet album qui est très personnel.

« C’est difficile de se sentir légitime »

Quand on te présente, on cite forcément ces deux personnalités connues de nombreux chanteurs. Qu’est-ce que ça traduit de ce milieu justement ? N’est-ce pas d’une certaine manière réducteur et n’est-ce pas aussi avouer que pour se faire une place sur scène il faut être adoubé ?

Pour être tout à fait honnête, quand je les ai rencontrés, je ne connaissais pas du tout leur carnet d’adresses. Non seulement je n’avais jamais pensé à faire de la musique mon activité principale lorsque qu’ils m’ont contactée, mais en plus je ne m’intéressais pas du tout à ces personnes-là. Donc ce n’était pas du tout intéressé de ma part. Je pense qu’aujourd’hui on est plus facilement légitimé quand on est entouré d’autres artistes légitimes si l’on peut dire. C’est difficile de faire cette observation-là ! C’est comme passer par un télé-crochet pour pouvoir produire quelque chose de personnel ensuite, avec beaucoup d’amour et de sincérité. C’est difficile de se sentir légitime parce qu’on est passé par des endroits, des cases, ou comme dans mon cas parce qu’on travaille avec des talents renommés. Et en même temps, c’est aussi grâce à eux qu’on s’intéresse à moi en premier lieu. Après, c’est à moi de montrer que derrière ces figures-là il y a une histoire, une interprète… Donc je dirais que c’est quelque chose qui à la fois peut servir, mais qui peut aussi desservir. (Sourire)

Ton premier album Chapitre 1 est très éclectique mais aussi très mélancolique. Qu’est-ce qui a inspiré les désillusions que tu chantes ?

C’est un album qui a mis deux ans à émerger. Je vivais ma première histoire d’amour lorsque j’ai rencontré Tristan et Yohann. C’est une période pendant laquelle il s’est passé plein de choses. C’était juste après le Bac. C’est là généralement qu’on vit une période de rébellion avec un petit peu tout le monde et notamment avec les parents. Ce sont deux années de désillusions et en même temps de choses extraordinaires qui me sont arrivées. C’est en quelque sorte un mélange de plein d’émotions. Deux ans dans une vie, c’est court. Mais c’est une période où tout change. C’est à ce moment-là qu’on devient un adulte. On commence à appréhender la vie autrement, à faire des choix… Et en même temps on perd sa naïveté. C’est le sens du titre « Pour aller où ? ». Je me rends compte que tous mes actes vont avoir un impact sur ma vie future. C’est aussi la mélancolie de ce que tu n’as pas pu faire, mais que tu aurais aimé faire. Et puis, je crois aussi que j’ai ce tempérament mélancolique au quotidien aussi. (Sourire)

C’est un peu la tendance du moment. Lorde sort l’album Melodrama qui se veut le témoin du passage de l’adolescence à l’âge adulte… Comment expliques-tu que, pour ta génération, ce soit une période aussi charnière et qu’on ressente autant le besoin de l’exprimer ?

Pour moi, c’est un vrai cap. Quelqu’un a demandé si Chapitre 1 était un album générationnel. Alors oui, j’ai un message à faire passer. Mais je ne dirais pas ça non plus. Je suis d’accord de dire que c’est un disque qui raconte ce passage-là, mais j’insiste surtout sur le fait que chacun le vit différemment, plus ou moins bien. Parce que pour moi ça représente un questionnement immense. C’est aussi une phase où l’on fait un peu n’importe quoi.

« Ma génération s’assume, et c’est très prometteur »

D’ailleurs, on a parlé au début des années 2000 de la ‘génération sacrifiée’ en faisant référence aux enfants nés dans les années 80 et confrontés au chômage. Penses-tu qu’on puisse parler de ‘génération perdue’ pour les enfants nés par la suite, dont tu fais partie ?

Je pense effectivement que c’est une génération perdue, mais c’est aussi ce qui en fait une génération pleine d’ambitions et de rêves. Je trouve qu’il y a une forme de renouveau dans la génération à laquelle j’appartiens. Je m’explique ! (Sourire) Je vois autour de moi beaucoup de jeunes qui veulent lâcher prise. On est tellement bercé par des propos décourageants. Peu importe les études que l’on fait, on nous dit qu’on n’aura pas de boulot après… Du coup, on se dit que tant qu’à faire et se planter, autant aller dans la direction qui nous plaît le plus sans se poser davantage de questions. Donc c’est aussi une génération qui est très investie dans tout ce qu’elle fait. Il y a beaucoup de mouvements qui reviennent, notamment dans le domaine de la mode. C’est fleurissant de jeunes créateurs. C’est vrai aussi dans la musique avec tout un tas d’artistes qui débarquent avec plein d’histoires à raconter. On n’est plus nécessairement dans la démonstration vocale. Je dirais même que c’est une génération qui s’assume, et c’est très prometteur.

Ça aussi c’est quelque chose de générationnel, le renouvellement. On en parle notamment en politique, mais aussi sur la scène française avec l’arrivée de nombre de talents à l’univers singulier, comme Vianney, Slimane, Jain… La liste serait longue. Comment est-ce que tu te situes au milieu de ce paysage ?

Je pense en effet que je fais partie de cette vague. Tu parles de Slimane, il arrive avec quelque chose qui n’était plus fait. Il a une interprétation incroyable. Il est dans un partage d’émotions. Vianney aussi raconte des choses très personnelles et authentiques. Alors, quand je les écoute, j’ai envie d’appartenir à cette génération d’artistes, de pouvoir trouver ma place. La société actuelle n’a plus envie qu’on lui mente. On l’a vu lors des dernières élections, que ce soit en France évidemment, mais aussi dans le reste du monde. Les gens ont besoin de simplicité, de choses plus cools et moins réfléchies. Plus de sincérité ! Et c’est là que moi je me situe.

« Louane, c’est un tsunami ! »

Et pourtant, dans la chanson « Pourvu qu’elle danse », tu parles d’une génération qui n’attend rien du passé. La connaissance et l’assimilation de notre histoire est ce qui nous permet de construire notre avenir. N’est-ce pas contradictoire ?

C’est une chanson qui est en tandem avec « Adolescente pirate ». On retrouve certains accords, pas mal de notes… C’est un morceau qui est dans l’introspection. Je comprends ce que tu veux dire, mais je préfère parler d’un passé plus personnel, relatif à l’histoire de chacun. Je pense surtout que si on ne regarde pas avant tout l’avenir, maintenant, si on n’est pas pro-actif, on n’arrivera pas à construire un monde différent. C’est un peu ce que dit Louane avec son tube « Avenir ». Je suis néanmoins consciente de l’impact de l’histoire, dans n’importe quel domaine que ce soit, parce que c’est un éternel recommencement.

Regardez le clip du single « Adolescente pirate » de Léa Paci :

Cet album se caractérise aussi par une dualité entre des textes mélancoliques et porteurs d’espoir, couplés à des rythmes entraînants. Il en ressort finalement une impression de disque lumineux solaire même. C’est quelque chose qu’on a déjà vu, et Mylène Farmer par exemple est experte dans le domaine. Ce n’est si pas évident de conjuguer des sentiments en apparence aussi contradictoires. Crois-tu pouvoir casser les codes comme elle ?

Je ne sais pas si j’arriverais un jour à casser les codes, mais cette dualité m’intéresse énormément. Je trouve ça important de savoir raconter quelque chose qui m’affecte tout en prenant du recul et en concluant qu’il y a plus grave dans la vie… C’est ce qui amène ce vent de légèreté dans cet album. On a fait ces prods-là parce qu’on ne voulait pas présenter un projet lourd, dans le sens où j’estime qu’on peut parler aujourd’hui de sujets graves avec un peu de légèreté. Le fond du sujet est parfois assez dur pour qu’on n’ait pas besoin en plus de sortir un gros piano pour pleurer par dessus… (Rire) On a voulu simplifier les choses en fait.

Comment est-ce que ça se traduit sur scène ?

Je travaille avec deux formations. Il y en a une qui est plus pop-electro, qui plaît davantage à un public jeune qui va pouvoir danser ; et une seconde plus acoustique, avec deux guitares, comme durant les premières parties de Christophe Maé. Et là, ça ne délivre pas du tout le même message. Dans ce cas-là, le public est beaucoup plus attentif aux textes et percute sur le sens des chansons. C’est une façon pour moi de toucher deux publics différents. Il y a des parents qui, en écoutant « Pour aller où ? », se demandent dans quelles conditions vont grandir leurs enfants… Et c’est ça que je trouve beau ! J’ai réussi à parler de quelque chose de personnel tout en arrivant à en faire quelque chose d’universel et que chacun puisse se l’approprier.

Tu me parlais de Louane à l’instant, qui fait partie aussi de cette nouvelle garde française. Elle a enregistré un featuring avec The Chainsmokers il y a peu. Serais-tu intéressée toi aussi par une collaboration avec un artiste international si l’occasion se présentait ?

En ce qui me concerne, je préfère te répondre que non. C’est avant tout une question d’opportunité. Louane, c’est quelque chose d’énorme. C’est un tsunami ! Aucun artiste aussi jeune n’avait vendu autant d’albums qu’elle avec Chambre 12 en si peu de temps. Elle est devenue une véritable icône. Je pense que dans son plan de carrière, ça devait être très intéressant de faire ça. Moi, pour ma ligne de travail, je préfère me concentrer sur cette patte singulière, intergénérationnelle, que je veux développer. Si la scène me garde, pourquoi pas dans quelques années. (Sourire) Mais la vie est faite d’opportunités !

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