Amel Bent - © Benjamin Decoin
Amel Bent - © Benjamin Decoin

Amel Bent en interview : “Gims, Vitaa et Slimane sont des artistes inspirants pour nous, artistes !”

Nous avons eu la chance de (re)croiser Amel Bent peu avant sa montée sur scène. On a parlé musique, du projet Versus, mais aussi de ‘The Voice’ et l’éventuelle sortie d’un nouvel album… Interview à lire sur aficia !

Triple actualité pour Amel Bent, que nous recevions déjà en interview il y a quelques semaines. Si elle continue toujours la promotion de son dernier album Demain dans les bacs depuis le début de l’été, promeut par les titres “Si on te demande” et “Demain”, l’artiste prête également sa voix au dernier album Versus de ses amis Vitaa et Slimane.

Enfin, elle tient actuellement le rôle de coach dans ‘The Voice Kids’ et s’apprête à endosser le rôle de jury dans la prochaine version adultes. Nous avons donc parlé de tout ça à la fois, ce qui promet une discussion très variée !

Amel Bent : l’interview…

Tu es en pleine promotion de ton nouvel album Demain. Comment cela se passe de façon générale ? 

Très bien, l’album a de très belles critiques. Que ce soit en TV, en radio, ça se passe bien. Les gens sont contents de me recevoir. Il y a toujours autant d’amour, ça fait plaisir !

Si on regarde le nombre de vues du clip “Si on te demande” sur YouTube (17 millions), on remarque que le public est toujours là des années après. Tu es la première étonnée ?

Je reçois beaucoup d’amour de mon public.

Amel Bent

Je pense que je fais partie de cette longue liste d’artistes qui ont traversé, depuis cinq, six ans une vraie mutation économique et marketing de l’industrie musicale. Cela peut paraître un peu violent au niveau des ventes de disques, mais je suis plutôt optimiste en me disant que peut-être que je fais ce métier parce qu’au départ, l’objectif était de vendre des disques, mais qu’à moyen-long terme, l’objectif ce ne sera peut-être plus du tout l’objectif. Il n’y aura d’ailleurs peut-être plus de disques… La musique sera peut-être juste accessible à tout le monde. Elle rapportera plus ce qu’elle a rapporté avant.

Cela n’a pas bouleversé ta façon de faire ?

Non, mais j’essaye simplement de vivre avec ce qu’il se passe autour de moi et mon projet. Je ne sens pas le désamour. Je sens l’amour des gens partout. Donc comme tu disais juste avant, il y a au moins 17 millions de personnes, ou du moins 10 millions qui ont regardé mon clip au moins une fois, et les autres au moins deux fois. Lorsque je suis en tournée, il y a de l’amour. Les gens sont là, je kiffe, je chante et j’essaye de faire en sorte de continuer à vivre de cette musique qui me passionne tellement, sans forcément compter ces temps-ci sur des dizaines de milliers d’albums vendus. Ça se fait autrement. J’essaye de muter en même temps que mon boulot, et surtout de ne pas le voir comme un boulot. 

Quand tu dis muter, ressens-tu un besoin d’évoluer musicalement en même temps que les tendances actuelles pour être perçue comme une artiste ‘contemporaine’ ? 

J’ai eu l’impression que je pouvais plus devenir une chanteuse.

Amel Bent

Je suis une fille contemporaine dans le sens où je n’ai pas encore atteint cet âge où je ne peux plus m’alimenter de la musique ‘de jeunes’ comme ils disent. Je suis encore à un âge où j’écoute tout ce qui sort, où mon cerveau est encore baigné dedans. Je sais qu’à un moment, je vais trouver tout ce qui se fait hyper nul, trop loin de ma jeunesse, je n’y comprendrai rien… Là je ne suis pas encore dedans, donc je me sens contemporaine. Et forcément, mes influences sont à la fois dans ce que j’écoutais ado, ce qui a fait mon âme d’artiste, et tout ce qui me plait actuellement, et ce qui sort tous les jours. 

Avec ton album Demain, tu as fais un retour qui s’est fait attendre. Ce n’était pourtant pas gagné… J’étais présent au Grand Rex cet été, j’ai écouté ton discours, extrêmement touchant et sincère

Il y avait un truc en moi, une espèce de petite Amel Bent qui me disait ‘moi aussi j’aimerais bien montrer ma tête !‘. Alors oui, je n’étais pas en train de me faire chier, j’avais une toute autre activité, mais très loin de ce qui est une chanteuse. Et c’était bien aussi. Il y a certainement eu à un moment donné un manque des gens. Je me suis dit ‘Je ne veux plus remonter sur scène, ressentir cette foudre-là qui te prend au cœur‘.

Des proches ont essayé de te résonner pour revenir sur le devant de la scène ?

Il y a aussi eu les gens qui étaient proches de moi qui savent, qui ont su dire et exprimer des choses que je ne savais même plus dire. Je pense à mon mari notamment qui est celui qui est le plus proche de moi au quotidien, et qui n’a pas lâché l’affaire. Parce que moi je disais que je n’en étais plus capable. C’était un peu abstrait. J’avais l’impression que je ne pouvais plus devenir une chanteuse.

Il y a peut-être eu des amis artistes aussi ? 

Oui, mais dans un second temps, car mes amis artistes, je ne les voyais pas beaucoup au final. Je me suis un peu coupé du monde. Il y a seulement eu au moment du tournage des Enfoirés, mais j’essayais de couper court la discussion, lorsqu’on me demandait quand est-ce qu’un nouvel album arriverait. Le gros déclic a vraiment été ‘The Voice Kids’. Quand j’ai retrouvé Jen, Patrick et Sopra, c’était juste super de se retrouver avec ces enfants qui te donnent, sans le vouloir, parce qu’il ne sont pas là pour ça, mais juste en chantant ils te donnent beaucoup d’amour. Rien qu’à les regarder chanter avec cette ingéniosité et cette pureté, ça te bouleverse. Et c’est à ce moment-là que je me disais que j’étais comme ça à un moment donné et que j’ai perdu cette flamme des débuts. C’est un peu comme une histoire d’amour qui a un petit peu vieilli qu’il faut dépoussiérer. Il y a fallu aller rechercher la petite flamme…

Quand tu vois que Slimane et Vitaa sortent un album commun, est-ce que cela donne des idées à des artistes comme toi de revenir avec un projet similaire ?

Pour moi, il y a clairement eu un avant-après avec le duo Gims & Vianney. C’est comme si Gims avait (re)donné la permission aux gens de mélanger l’urbain à la pop. Un peu comme il y a quelques années avec le duo Passi et Calogero. Depuis, cela ne s’est jamais refait, ou c’est très rare. Et Slimane et Vitaa, même s’ils ne sont pas dans des univers extrêmement lointain, ils ont rappelé qu’on est pas obligé de rester dans des cases. Personnellement, je me dis souvent que je suis dans une case, que j’aimerais m’en défaire, mais je ne le fait pas ! Et eux, te rappellent que quand tu es un artiste, que tu es libre, tu fais ce que tu veux pourvu que tu aies confiance en toi et tes convictions. Évidemment que ce projet donne des ailes. En fait, il faut faire ce qu’on ressent et il ne faut pas avoir peur !

Tu aurais pu partager cette aventure avec quelqu’un en particulier ? J’ai tendance à penser à Soprano…

Mais grave ! Si seulement il y a huit ans lorsqu’on a enregistré “Quand la musique est bonne” pour l’album Génération Goldman 2, on s’était dit, ‘Allez, on s’entend trop bien, on a des valeurs communes etc…Viens on fait un album ensemble !‘. Ça aurait été possible, hyper excitant et très avant-gardiste pour le coup ! Parce qu’à l’époque, on avait adoré enregistrer ensemble. On est devenus très bons amis suite à ça ! Mais non… Et en plus d’être talentueux, Slimane et Vitaa ont été audacieux. Et ça paye !

Justement, tu as posé ta voix sur le titre “À la vie” sur l’album Versus de Vitaa et Slimane. Je vous imagine en studio, cela devait être une belle partie de plaisir entre amis non ? 

Qu’est-ce qu’on a ris, et en même temps on s’est fait frissonner les uns et les autres. Quand tu es seul à enregistrer un album, c’est un peu spécial car tu es seul, avec ton ingénieur et ton équipe. Un peu sans complexes car tu les connais. Mais là, d’être trois artistes en studio à passer les uns après les autres devant les uns et les autres… eux avaient l’habitude parce qu’ils étaient en studio tous les jours… Mais moi j’étais stressée ! Je leur disais ‘Si c’est pourri, vous me le dites !‘ et en fait, dès que j’ai chanté ils m’ont dit que ça tué… Et en plus on n’a pas enregistré en studio, mais en cabine, isolé. On se regardait en chantant, c’était très émouvant.

Découvrez le trio Slimane, Vitaa et Amel Bent sur « À la vie » :

Autre actualité, la promotion de ton album. Un nouveau single s’apprête à être lancé. Nous voyons bien “C’est la folie” comme prochain extrait, non ?

Pour l’instant, il n’y a pas de nouveau single de prévu. C’est vrai qu’en télé, j’ai tendance à chanter “C’est la folie” car naturellement, c’est un morceau qui prend bien. C’est une chanson assez fédératrice, qui pousse bien le disque. C’est une chanson qui fait du bien quand elle arrive. Il y a aussi “La fête” dans cet esprit-là. Ce n’est pas sûr qu’il y ait un prochain extrait. On n’a pris aucune décision. J’ai déjà des envies d’enregistrer des trucs. En fait, cet album est sorti il y a quatre mois, mais j’ai l’impression que ça fait six ans que je suis dessus, tout simplement parce que l’histoire de cet album a démarré il y a longtemps. “Si on te demande” est sorti l’année dernière. J’ai vraiment l’impression d’être déjà sur la fin de l’album. Il m’a coûté beaucoup, en énergie, en temps. J’ai envie de plus. J’ai envie d’ajouter à cet album des choses, peut-être lui donner… je sais pas.

Tu penses à une réédition pour Noël ?

Une nouvelle édition… Faudrait déjà avoir écoulé les albums disponibles en magasin en été, tu ne vas pas rajouter des rééditions à Noël ! (Rires) Je ne sais pas sur quel modèle cela va se faire, mais en tout cas je n’ai pas envie de suivre le cours habituels des choses en devant sortir un nouveau single. 

Ce serait une bonne façon de se démarquer aussi de ce qui se fait habituellement !

Oui, peut-être qu’ai-je envie de sortir un titre inédit parce que je suis dans une bonne vibes. Je suis dans un bon mood. Je l’ai souvent répété en interview, mais j’ai longtemps cherché ce mood très créatif. Tout a coulé de source, c’est devenu très facile. Sauf que je l’ai eu que vers la fin de l’enregistrement. C’est-à-dire que j’aurais pu commencer à enregistrer ce disque à la fin de l’enregistrement de ce disque-là. 

(Re)découvrez « C’est la folie » d’Amel Bent :

Parlons enfin de ‘The Voice’. Le tournage de la saison 9 s’apprête à démarrer. Comment cela s’annonce avec Marc Lavoine, Lara Fabian et Pascal Obispo ?

Pascal a déjà fait une édition avec les adultes donc ça reste le patron, Lara Fabian a déjà deux saisons à son actif au Canada. Disons que Marc et moi sommes les petits nouveaux ! Pour en avoir discuter un peu avec les autres, je pense surtout que les Kids et les adultes ça n’a strictement rien à voir. Ce sont deux exercices totalement différents. 

Toi qui a démarré comme eux, cela ne fait pas bizarre de les voir déjà extrêmement talentueux et murs aussi jeunes ?

Je suis hyper sensible et je vais devoir prendre sur moi.

Amel Bent

Ce n’est même pas pas mûrs, c’est un truc de fou ! C’est exceptionnel ! Pour certains, ils ont déjà quatre octaves et demi, ils font des trucs de ouf (Rires) ! Une vélocité, une dextérité vocale, vocalement c’est béton armé. Il y a des enfants, ils ne sont pas à coacher vocalement en tout cas. Ils sont à coacher sur l’interprétation, sur la recherche d’un univers, les aiguiller sur le timbre de leur voix. On est pas coach vocal à ce moment là, on est peut-être coach de vie, à la limite (rires). Vocalement, il y a eu une énorme évolution pour avoir fait les castings il y a quinze ans…

Comment expliques-tu cette nette évolution ?

Les enfants sont éduqués différemment. Ils développent leurs muscles, car oui, la voix est un muscle. Et comme ils s’exercent bien plus facilement grâce à l’accès d’Internet, ils sont plus que prêts. Je ne me suis toujours pas remise d’Ermonia, l’année dernière, qui n’avait que 12 ans. Elle a le même niveau qu’Adele pour moi. Et des fois c’est encore mieux qu’Adele.

Toi qui les côtoie, est-ce que ces jeunes croient très vite à faire carrière ?

Je parle énormément avec Ermonia, c’est comme une petite soeur pour moi. Elle me questionne beaucoup, souvent, elle est très curieuse. Elle n’a qu’une envie, c’est terminer ses études, faire du violoncelle. Elle est déjà sur le spectacle “Les petites canailles”, ça lui prend déjà du temps, mais elle ne se voit absolument pas remplir des Zénith dans le monde. Ce qui est bien avec ‘The Voice Kids’, c’est que rien n’est fait pour qu’ils pètent les plombs. À la fois le discours des coachs, que peuvent avoir Nikos ou Karine Ferri ou tous les gens qui les encadrent derrière, tout est fait pour qu’à aucun moment, ils se disent ‘Je sors de là, je suis à Vegas, c’est parti !‘. Ils savent que c’est un truc éphémère. C’est triste que ça s’arrête, c’était super, mais à un moment donné lundi c’est l’école, tu rentres, tu fais ta douche et demain c’est l’école. Alors oui, c‘est incroyable, féerique… mais je vais retourner à mes habitudes. En tant que coach dans ‘The Voice Kids’, c’était ma seule hantise au début, c’était de voir les enfants pleurer parce qu’ils étaient recalés. C’est la première chose que j’ai dit aux producteurs quand ils m’ont approché. Je ne venais pas pour essuyer des larmes. Quand ils échouent, ils trouvent le moyen de se dire ‘C’est trop bien, j’ai vu Amel, Jenifer, Patrick et Soprano, je suis content‘, alors que nous, on a des têtes de chiens battus, par empathie. Au final, ce n’est pas grave pour eux. C’est pour cela que ce n’est pas comme les adultes, c’est pour ça que j’ai un peu peur…

Tu redoutes cette édition adultes qui va démarrer ?

Je pense qu’il y a des adultes qui viennent pour le fun, mais beaucoup espèrent voir changer leur vie. Certains ont des parcours de ouf, avec des enjeux de ouf. Je sais que je vais être confronter à ça. Je suis hyper sensible et je vais devoir prendre sur moi. 

Amel Bent - Exclusive PlayList