Fakear en interview : « ‘All Glows’ marque la fin d’un cycle et le début d’un nouveau »

Actuellement en tournée, Fakear défend son nouvel album, All Glows, en France et à l’étranger. aficia a profité de son passage à Lyon pour partir à sa rencontre quelques minutes avant son entrée sur scène.

Sorti en avril, All Glows marque un tournant dans la carrière de Fakear. Après de nombreux EP et le très réussi Animal, le jeune DJ caennais a pris en assurance et ouvert le champ des possibles sur ce second cru représenté par des titres forts et frais comme « Something Wonderful » et « Lost In Time ». Très inspiré par son histoire d’amour, le garçon a poussé ses aventures musicales vers d’autres genres musicaux comme la pop.

La dernière fois que nous rencontrions le garçon c’était avant que ne sorte son rugissant premier album. Depuis, sa carrière a pris de l’ampleur et nous nous sommes retrouvés, quelques minutes avant qu’il ne monte sur la scène du Transbordeur, le temps d’une interview durant laquelle nous avons pris le temps de parler de ce dernier effort, de son parcours, de sa vision de la vie, de ses nouvelles collaborations et de ses projets…

L’interview de Fakear…

Comment ça va après cette journée remplie de péripéties ? (Fakear et sa chérie sont venus de Suisse en voiture car leur train a été annulé, grève SNCF oblige)

Ça va super ! Nous l’avons fait ! Nous ne savions pas comment venir depuis la Suisse et finalement nous sommes venus en voiture. Un petit road trip à l’ancienne ! (Rires)

Nous savons que tes parents sont tous les deux musiciens et nous retrouvons de nombreuses influences dans tes morceaux. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton apprentissage et tes sources d’inspiration ?

Mes parents m’ont mis à la musique très tôt, dès que j’ai pu commencé à parler. Je devais avoir quatre ou cinq ans quand j’ai commencé à apprendre les bases du solfège et de la rythmique. Mon père est professeur dans une école de musique et j’y ai suivi des cours durant sept ans. Ce qui était cool, c’est qu’il n’y avait pas de forme académique. C’était une ambiance bien éloignée de la pression que nous pouvons trouver au conservatoire. Par la suite, je suis resté proche de cet apprentissage en intégrant les classes musicales au collège, au lycée et en suivant des cours de musicologie à l’université à Paris.

Effectivement, dans ma musique nous retrouvons pas mal de couleurs, de world music ou de jazz qui viennent de ce que mes parents me faisaient écouter ou jouer quand j’étais petit. Par la suite, mes inspirations ont évoluée en même temps que moi. Maintenant elles sont très diverses et découlent autant de ma vie quotidienne que de mon imaginaire. C’est une sorte d’alliance de ces deux univers. Je vais autant m’inspirer des planètes que nous pouvons voir dans les films ‘Star Wars’, de l’univers d’Hayao Miyazaki, de voyages que j’ai pu faire, des rencontres avec mes potes que de ma copine ici présente qui habite un peu toutes mes compositions. Depuis Animal, c’est ma muse ! (Rires)

Nous pouvons entendre de nombreux samples dans ta musique. Comment les choisis-tu ?

Aujourd’hui je me base moins sur cette démarche qu’avant. J’avais pris l’habitude de fouiller YouTube durant des heures, d’aller de vidéo en vidéo, de creuser de plus en plus loin pour aller voir l’enregistrement d’une tribu dans les années 80. Je crois qu’à un moment Jo (sa copine) a compris le processus et a commencé à m’en proposer jusqu’à ce que je ne choisisse que les siens pour All Glows. Je les choisis en fonction de l’émotion qui va se dégager de l’original. Il peut y avoir un a cappella enregistré tout seul, mais cela va moins m’intéresser qu’un extrait d’une musique dans laquelle la personne laisse paraître une émotion, y laisse ses tripes. Je vais le choisir et le diviser en plein de petits morceaux même s’il y a de l’instru derrière. Je vais essayer de noyer cela avec des equalizers. Ce qui compte c’est plus l’émotion que ça procure et la manière dont ça va me toucher.

Nous savons que la scène electro française s’est beaucoup développée ces dernières années. Trouves-tu qu’il est plus difficile de se démarquer qu’avant ?

Non c’est l’inverse, je trouve qu’il y a de plus en plus de place pour tout le monde. Grâce à internet, chacun peut proposer son style sans avoir à renter en compétition avec les autres. La compétition, elle n’est valable que pour les labels ou les programmateurs. Quand tu fais ton art, que tu assumes totalement ton identité et que tu as trouvé ton style, je pense que tu as tous les ingrédients pour te faire ta place. Internet est très utile pour ça !

Tes pochettes d’albums et d’EP sont souvent très visuelles. Cette relation entre l’image et la musique est-elle importante pour toi ?

Carrément ! Concernant les pochettes, depuis celle de Morning in Japan, elles ne représentent que des paysages liés à la faune et à la flore. Elles représentent l’ouverture, l’infiniment grand ou sont enclin à l’imaginaire. Au début, je les réalisais moi-même comme par exemple celle de  Morning in Japan que j’ai travaillée avec un ami. Celles de Dark Lands et Sauvage, je les ai réalisées tout seul. Pour Animal et Vegetal, nous avons fait appel à l’équipe de Slowdance qui a également réalisé le clip de « Silver ». Je ne leur ai pas donné de consigne précise, ils ont eu seulement le titre et ils se sont tous orienté vers la même évocation. Pour All Glows, nous avons cette espèce de plante alien-algue étrange. C’est Leif Podhajsky qui a réalisé la pochette. Il a aussi travaillé pour Bonobo et Tame Impala. Je lui ai envoyé mon album et il m’a renvoyé cette proposition en me disant que ça pouvait correspondre à l’univers.

J’y attache énormément d’attention, mais en même temps je suis un peu flemmard sur les clips, car j’axe vraiment mon travail sur la composition de ma musique et les concerts en passant toute mon énergie là-dedans. Les clips sont un pan du travail que je ne maîtrise pas encore très bien. Je me repose beaucoup sur les réalisateurs et leurs idées. Ça donne des résultats très divers comme par exemple pour « Animal », « Silver » et « Ankara » qui sont sur le même album et qui ont des clips totalement opposés. Pour All Glows, j’aimerais reprendre les rênes de la réalisation. Avec le clip de « Lost in Time », nous sommes partis dans un univers totalement différent des clips précédents. J’attends vraiment le bon moment et d’avoir l’énergie nécessaire pour me lancer là-dedans. Normalement il y a un super clip qui arrive bientôt…

Découvrez le clip de « Silver » de Fakear :

Tu as annoncé ton nouvel album comme « plus imaginaire et graphique ». Commence cela se traduit-il dans ta musique ?

Il est moins terrestre. Sur les EP et même Animal, il y avait une dimension très organique, liée à la terre. Nous y trouvons des morceaux sur lesquels nous pouvons marcher ou avec lesquels nous pouvons voyager. All Glows est un album à écouter dans l’avion. C’est un disque plus spatial et imaginaire qui évoque beaucoup moins des destinations géographiques que ses prédécesseurs. Il est plus tourné vers le voyage intérieur que chacun fait durant sa vie. C’est celui-ci que j’ai entrepris cette année. C’est plus introspectif.

Sur All Glows, nous pouvons découvrir une collaboration avec Ibrahim Maalouf sur le titre « Sacred Feminine ». Peux-tu nous en parler un peu ?

C’est une collaboration qui s’est faite d’une manière unique. Contrairement aux autres qui ont été réalisées comme des appels d’offres. Le label a annoncé que j’étais en studio pour une dizaine de jours en demandant qui voulait venir travailler avec moi. Plein d’artistes ont afflué et j’ai dû gérer quatre groupes de travail qui bossaient chacun sur un son. Je passais de salle d’enregistrement en salle d’enregistrement. Avec Ibrahim Maalouf, nous ne nous sommes pas rencontrés, ça s’est fait uniquement par mail. Ça faisait un moment que nous étions en contact pour travailler ensemble. Mais ça ne s’était pas fait. Je lui ai annoncé que je sortais un nouvel album en lui envoyant quelques titres déjà travaillés. Il a choisi celui qui sonnait le plus pop et il a créé quelque chose qui lui ressemble totalement. Avec son jeu de trompette, sa douceur… La première fois que nous nous rencontrerons ce sera à Paris quand il viendra jouer avec moi.

Découvrez « Sacred Feminine », la collaboration entre Fakear et Ibrahim Maalouf :

En quelques mots, comment donner l’envie au public d’écouter ce nouvel album ?

 J’ai toujours été fasciné par les groupes de rock qui réinventaient leur style à chaque album comme Radiohead qui sort OK Computer, enchaîne avec  Kid A et bascule vers l’electro par la suite. Je n’ai pas la prétention d’avoir retourné mon style. Mais je peux affirmer que je suis allé vers quelque chose de totalement différent. Pour moi, c’est la fin d’un cycle de la création musicale et le début d’un nouveau. Je le dirai de revenir car ce qu’est la musique de Fakear maintenant, ce n’est plus du tout la même chose.

Tu débutes une nouvelle tournée qui va permettre à ton public de découvrir tes nouveaux titres. Comment as-tu conçu ta setlist ? Ce sera plus tôt 50/50 entre anciens et nouveaux morceaux ou bien vas-tu plutôt privilégier les nouveaux ?

C’est plutôt 60% de nouveaux et 40% d’anciens ! Je garde  évidement les anciens morceaux symboliques qui ont un très bon effet sur le public. Je continue à jouer « Darjeeling » et c’est toujours aussi bon. J’aime bien garder les petites perles que les personnes qui viennent à mes concerts attendent. Mais c’est vrai que j’ai réorganisé tout mon set autour des nouveaux morceaux. Ce sont eux qui donnent le tempo au concert. Nous commençons par un nouveau morceau et nous finissons par un nouveau morceau. Jusqu’au 13 avril, les gens vont venir voir un show constitué de chansons qu’ils ne connaissent pas et c’est assez excitant… C’est spontané !

Le portrait décalé de Fakear

  • Ta collaboration rêvée ?
    • Mort ou vivant ? Alors je vais dire Ravi Shankar !
  • La salle de concert de tes rêves ?
    • J’aimerais que ce soit le Bikini de Toulouse à 2.000 mètres d’altitude ! Et que nous puissions jouer sur le toit.
  • On t’abandonne sur une île déserte… Tu dois emporter 3 albums ?
    • Les miens ! (Rires) Plus sérieusement ça serait Dark Side of the Moon de Pink Floyd, In Return d’Odesza et That Sea, The Gambler de Gregory Alan Isakov
  • Ton plus beau d’amour ?
    • Lou !
  • Ton insulte préférée ?
    • Fils de pute !
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