Gringe - © Marie Guillot-Farnetti
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Gringe en interview : « Avoir un avis féminin sur ce que je fais m’intéresse beaucoup »

Gringe

Rencontre avec Gringe pour une interview, 5 questions à un Enfant Lune à découvrir sur aficia.

Présent au Printemps de Bourges, Gringe a bien voulu répondre à quelques questions sur son chemin en solo, sa collaboration avec Léa Castel ou encore le potentiel retour des Casseurs Flowters…

Et il aura fallu un peu de temps à Gringe pour poser ses mots/maux en solo. Alors que son ami OrelSan enchaînait les succès, l’autre moitié des Casseurs Flowters travaillait dans son coin sur son premier effort personnel et intimiste. La rencontre déterminante avec Léa Castel va fortement l’aider à matérialiser Enfant Lune. Le passage du rappeur au Printemps de Bourges a été l’occasion d’aborder ces différents sujets…

5 Question à Gringe…

1 Pour Enfant Lune, tu as travaillé avec Léa Castel. Était-ce important d’avoir un avis féminin sur tes titres quand on sait que le rap est plutôt un univers d’hommes ?

Oui c’est sûr ! Cette rencontre artistique est venue par la force des choses, je ne l’ai pas provoquée. Avec Léa, nous nous sommes d’abord rencontrés dans d’autres circonstances. Elle a commencé à prêter une oreille à ce que je faisais à un moment où j’avais un peu avancé sur l’album et elle m’a tout de suite donné de vrais bons conseils. J’ai rapidement compris que c’était dans mon intérêt de l’écouter car elle avait plus d’expérience que moi, elle pouvait me coacher vocalement et apporter une dimension plus musicale à certains morceaux. Le fait que ce soit une nana et Léa, je suis doublement gagnant ! C’est une artiste accomplie qui peut tout faire, autodidacte, musicienne, chanteuse… Avoir un avis féminin sur ce que je fais m’intéresse beaucoup. Je me suis toujours entouré de filles pour mes photos et pour tout en général. La majorité de mes amis sont des filles. J’ai été éduqué par des femmes comme ma tante, ma mère, ma grand-mère. Je suis plus à l’aise quand je suis entouré de femmes.

2 Dans le texte de « Scanner » tu évoques la maladie de ton frère et dans le même temps c’est une très belle déclaration d’amour que tu lui offres. C’est un titre qui a dû être difficile à écrire…

À écrire, à chanter… J’ai mis des années pour l’écriture ce titre. Ça a été un long assemblage. Il me fallait le temps nécessaire pour savoir comment je voulais dire les choses en étant suffisamment pudique pour ne pas l’exposer et le blesser. En même temps, il fallait que je raconte notre histoire de l’intérieur sans trop faire de détours. Il a fallu trouver le juste milieu. Pour l’enregistrement, j’ai dû faire au moins trois prises et la troisième a été celle où j’ai été le moins émoussé parce que j’avais pleuré sur les deux autres. J’étais vide, je ne pouvais pas faire mieux donc c’est celle que nous avons gardé. Ce n’était pas facile mais libérateur. Et comme tu l’as dit, j’avais envie de lui rendre hommage.

3 Ton album est très intimiste, avec certains passages assez durs et tristes. Est-ce le reflet d’un mal-être qui persiste ou bien est-ce que ça a été plutôt salvateur ?

Oui, c’est certain que ça a été salvateur dans une certaine mesure. Mais c’est seulement salvateur quand je suis sur scène et dans les moments de communion avec le public. Quand je les vois et les entends chanter, il y a comme un passage de relai qui me permet de me débarrasser d’un poids le temps d’un concert. Après, ça n’est pas forcément salvateur le reste du temps. Ça reste mon histoire personnelle, je continue de la trimballer et ce n’est pas parce que je la chante que je la guéris. Cet album n’aurait pas pu ressembler à autre chose et il fallait vraiment que je passe par là, que je raconte qui je suis. Je suis comme ça, c’est ma nature. Ce n’est pas une absence de pudeur. C’est juste que dans ma démarche artistique et personnelle, j’avais besoin de le dire.

4 En 2017, tu te disais plus proche du cinéma que de la musique, est-ce toujours le cas ?

Non, c’est sûr que c’est différent maintenant. L’album était tellement loin à cette époque-là, je voyais le chantier qui restait à accomplir. Je ne me voyais pas faire ce premier album. Le cinéma est un art que j’adore. Aujourd’hui j’essaie de jongler entre les deux. Je me sens aussi bien sur scène à défendre mon album que quand je prépare le prochain film dans lequel je vais jouer.

5 Cette question doit revenir très souvent… Les Casseurs Flowters vont-ils revenir ?

Je ne sais pas… Du moins pas dans la forme initiale. Je ne sais pas si nous continuerons à faire des morceaux l’un avec l’autre, des concerts croisés. Mais je ne crois pas. J’ai l’impression que la musique de ce groupe c’est le reflet d’une époque qui est révolue pour nous. Il faudrait que nous en parlions, que nous nous motivions et que nous arrivions encore à délirer. Mais c’est difficile de répondre à cette question. En même temps, il ne faut jamais dire jamais !

Découvrez Enfant Lune, l’album de Gringe :

#PDB 2019 - Gringe - © Marie Guillot-Farneti