Johnny Hallyday en interview : « On peut arriver à un moment de sa vie où on ne supporte plus l’insupportable »

Star que l’on ne présente plus, Johnny Hallyday sera à l’affiche du dernier long-métrage de Claude Lelouch : Salaud, on t’aime. Il incarne un père qui a quelques difficultés à rassembler sa famille.

C’est à l’occasion de la sortie du film dans vos cinémas qu’aficia vous propose une interview de l’acteur et chanteur Johnny Hallyday pour son rôle de reporter de guerre à la retraite dans « Salaud, on t’aime ».

Entretien avec Johnny Hallyday

En pensant à la façon dont vous êtes arrivé sur le tournage de « Salaud, on t’aime », on pourrait avoir le sentiment que c’est vous qui avez choisi ce rôle avant même que Claude Lelouch vous l’ai proposé. Pourquoi cette volonté si forte de tourner avec Lelouch ?

Peut-être parce que Claude raconte la vie… Tout simplement. Depuis « L’aventure c’est l’aventure », j’ai toujours eu envie de tourner avec lui. Claude est la seule personne qui est encore capable de raconter des histoires. C’est encore un des rares metteurs en scène à savoir raconter des histoires et nous faire rêver. Il y avait Claude Sautet, aussi, qui était un conteur, il savait parler des rapports humains.
Je trouve que Claude Lelouch est un des derniers metteurs en scène qui sait encore parler de la vie des gens.

Comment s’est passé le duo que vous formez avec Sandrine Bonnaire ?

Sandrine est merveilleuse… Elle ressemble à son sourire. C’est très bizarre parce que notre couple s’est construit avec Sandrine… non pas en jouant en tant que comédiens… Il est venu naturellement. La première fois où l’on s’est vus, c’était dans le bureau d’Eddy (Mitchell), il y a quelque chose qui s’est passé entre Sandrine et moi, au-delà d’une entente réciproque, qui fait que l’histoire du film a commencé là, avant le tournage. C’était pour moi naturel de vivre cette histoire d’amour avec Sandrine quand je l’ai retrouvée sur le plateau, parce que la rencontre avait déjà eu lieu. J’ai adoré jouer avec Sandrine… Je ne vois pas une autre actrice qui aurait pu interpréter ce rôle-là.

Et avec Eddy Mitchell ?

Avec Eddy, je n’ai pas eu l’impression de jouer la comédie. J’ai eu l’impression d’être dans la vie, de parler avec Eddy, comme on a l’habitude de le faire entre potes. Il y a des gens comme ça, avec lesquels on n’a pas l’impression de jouer.
Eddy a un humour décalé que je n’ai pas. Je suis plus dans l’instinct, lui est plus cérébral. Nos personnalités ont remarquablement servi nos personnages.

Claude Lelouch vous a-t-il fait lire le scénario ?

Je l’ai lu… En me disant que ça allait changer et effectivement, Claude le réécrivait chaque jour.

 

N’avez-vous pas été trop déstabilisé par ces changements de textes pendant le tournage ?

J’apprenais rigoureusement mes dialogues, pour ne pas m’entendre dire que je ne connaissais pas mon texte en arrivant sur le plateau. Ça, c’est toujours la trouille de l’acteur ! Quand je me suis aperçu que Claude nous faisait dire tout à fait autre chose, finalement, j’ai arrêté d’apprendre mon texte.
Claude travaille énormément sur l’improvisation et sur l’instinct.
Je me suis laissé guider. Il était plus proche de la vraie vie, de la vérité. Les situations étaient les mêmes, mais la façon de les dire, de les raconter, a changé… Il y a tellement de bienveillance dans sa direction d’acteurs que je me suis toujours senti à ma place… dans la sincérité.

Est-ce que la bonne ambiance du tournage, l’atmosphère qui régnait sur le plateau, a contribué à votre bien-être ?

C’est ça qui est formidable avec Claude, et je parle au nom de tous les gens qui travaillent avec lui, c’est lui qui crée cette ambiance-là… On n’a pas l’impression de travailler… C’est un plaisir, c’est une envie. L’envie de bien faire, de lui faire plaisir. Il est tellement heureux, enthousiaste, qu’on souhaite contribuer à son bonheur. C’est rare les metteurs en scène heureux comme cela !

Connaissez-vous personnellement des photographes de guerre ?

J’ai rencontré le photographe qui a fait les photos du Che à Cuba, Alberto Korda. En plus, c’est vraisemblablement un métier que j’aurais aimé faire. Pas photographe de mode ou paparazzi, mais si j’avais été photographe de guerre, ça m’aurait intéressé. C’est passionnant…
et tellement courageux. Ce sont des héros. Comme les soldats qui ont fait la guerre,ces types là sont des survivants… la guerre de trop peut les faire basculer dans la mort ou, pour ceux qui s’en sortent, dans la paix.
On peut arriver à un moment de sa vie où on ne supporte plus l’insupportable.

 

En dehors de son métier, votre personnage, Jacques Kaminsky, est un père de famille qui a le sentiment d’être passé à côté de ses enfants à cause de son métier. Cela vous a-t-il touché personnellement ?

Bien sûr, c’est quelque chose qui me touche. J’ai eu, à un moment donné, le même problème avec mes enfants. C’est un thème qui touche tout le monde.
Je n’ai pas eu quatre filles comme le personnage, mais quatre enfants qui ont été élevés par leur mère parce que je n’étais pas là… Un père absent. On n’est pas père à 30 ans comme on est père à 50 ans. Je ne suis pas le père que je suis avec mes petites Jade et Joy comme j’ai pu l’être avec David et Laura.

Après la projection, vous m’avez dit : J’ai fait deux beaux films, « L’homme du train » et « Salaud, on t’aime ».

Oui c’est vrai. Ce sont ceux dont je suis le plus fier. Aujourd’hui je suis très heureux d’avoir joué dans « Salaud, on t’aime » et je suis très pressé qu’il sorte.

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