Quelques heures avant son concert au POPUP! de Paris, nous avons rencontré Dressed Like Boys afin de faire sa connaissance !
C’était un de nos gros coups de coeur en 2025, et nous avons saisi l’occasion de son premier concert parisien de l’année pour faire la rencontre de Dressed Like Boys. Véritable mélange des icônes du rock anglo-saxon David Bowie, Lou Reed ou encore Elton John, le jeune belge a récemment dévoilé son premier album éponyme. Ensemble, on a pu retracer son parcours depuis ses premiers groupes, discuter de son premier projet solo, ou encore revenir sur les différences qui séparent les publics français et belges.
Dressed Like Boys, l’Interview Flash :
1) Salut ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs, qui te découvrent ?
Alors… Je m’appelle Jelle. C’est un prénom néerlandais, mais je viens de Belgique. La partie flamande. Et je fais de la musique depuis… Je pense que ça fait 15 ans. J’ai fait partie de plusieurs groupes, mon dernier groupe était un groupe de grunge rock (DURK, NDLR). Je jouais de la basse, et je chantais aussi. C’était sympa, on a donné des concerts incroyables en Belgique et aux Pays-Bas, surtout. Mais il y a quelques années, en 2022 je crois, j’ai eu le sentiment qu’il manquait quelque chose. J’ai donc décidé de faire une pause, de me regarder dans le miroir, de réfléchir et de me demander qui je suis et ce que je souhaite réellement faire. Et de là est né le projet Dressed Like Boys. Soniquement, c’est très différent. C’est surtout basé sur le piano, et inspiré des années 70, par des artistes comme Elton John, David Bowie et Joni Mitchell… Et j’ai vraiment l’impression, pour la toute première fois de ma vie, d’avoir créé une musique qui me correspond vraiment. Si vous écoutez ma musique, vous comprenez qui je suis. C’était mon objectif premier.
2) Et le pseudonyme Dressed Like Boys, d’où vient-il ?
En fait, ça vient des paroles d’une des chansons de mon album : “Stonewall Riots Forever”. Elle parle des émeutes de Stonewall, qui sont un événement important dans l’histoire queer, parce que c’est là que le mouvement Pride a commencé à la fin des années 60. J’ai commencé à lire des choses à ce sujet, à composer de la musique sur cet événement, et je lisais des témoignages de personnes qui étaient présentes lors des émeutes de Stonewall. L’une d’entre elles disait que le weekend, elle pouvait aller à Stonewall, car là-bas on pouvait être qui on voulait être. Au travail et dans d’autres situations, ils étaient obligés de se présenter de la façon que la société attendait d’eux, mais le weekend ils allaient à Stonewall et “être la femme qu’ils voulaient être”. Lorsque la semaine reprenait, ils devaient retourner dans la société et se comporter “normalement”, entre guillemets. “Dressed Like Boys”, ça signifie “habillés comme des garçons”, et je trouve que ça décrit parfaitement l’atmosphère de ce projet.

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3) Tu parles de faire partie d’un groupe, et du coup je me demandais en quoi le processus de composer un album en étant en groupe est différent de celui d’être un soliste ?
C’est complètement différent. Quand on était en groupe, on écrivait vraiment ensemble, il fallait qu’on soit tous présents dans la même pièce pour commencer à improviser… Et on écrivait super vite, genre chaque album était écrit en l’espace de deux semaines, puis on l’enregistrait en quelques jours. Et c’était plié. Et pour le projet Dressed Like Boys, c’est complètement différent. Je compose tout seul, enfin je ne compose pas vraiment. Je suis chez moi, assis, regardant par la fenêtre, et je commence à créer de la musique dans ma tête. Au début, c’est vraiment nul, mais plus ça passe et plus ça prend forme. Et une fois que c’est concret, je l’enregistre. Mais parfois, ça peut prendre des mois, juste pour écrire une chanson. C’est une façon de créer complètement différente.
4) Et justement, tu viens de sortir ton premier album – éponyme – en tant que Dressed Like Boys. Peux-tu nous dire quelle chanson a été la plus simple à concevoir ? Et, au contraire, quelle a été la plus difficile à faire ?
C’est une bonne question. Je pense que la chanson la plus difficile à écrire a également été la plus rapide à écrire. C’est une chanson qui s’appelle “Pride”. Et pourquoi était-ce difficile ? Parce qu’elle parle d’une expérience personnelle. Elle parle d’un événement survenu à Gand, en Flandre, là où je vis. Il y a, là-bas, une rue avec seulement des cafés, des bars, des discothèques… C’est rempli d’étudiants, et ils sont complètement bourrés la plupart du temps. Un soir, mon copain et moi, on a dû passer par cette rue. On marchait main dans la main, et les gens ont commencé à nous crier dessus, à nous bousculer et à nous harceler. Mon copain étant assez costaud, et moi pas du tout, donc nous avons eu des réactions totalement différentes. Lui, il voulait affronter ces gens et leur dire que ce qu’ils faisaient n’était pas acceptable. Ce qui est… une bonne réaction, je pense.
Mais j’avais tellement peur à ce moment-là, que je voulais juste m’enfuir. Je l’ai supplié de juste rentrer à la maison, mais par la suite je me suis senti coupable parce que j’avais laissé ma peur prendre le dessus. Et c’est seulement deux ans plus tard que j’ai écrit “Pride”. C’était ma façon d’essayer de transformer quelque chose d’aussi laid en quelque chose de beau. En quinze minutes environ, la chanson était terminée. Et bien sûr, chaque fois que je dois la jouer live, c’est… difficile. Parce que j’ai la sensation de revivre cette nuit-là. C’est donc, à la fois, la chose la plus difficile et la plus facile.
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5) Dans quelques heures, tu t’apprêtes à te produire au POPUP! de Paris. Et c’est loin d’être ta première date en France, car cet automne tu t’es également produit au Bise Festival ainsi qu’au MaMA Music & Convention. Quelle est la différence entre le public flamand et le public français ?
Et bien, le public français a moins peur de montrer son enthousiasme et ses émotions. Là où les Allemands sont un peu plus réservés. Ils sont très polis, et très silencieux entre deux chansons. Ah, et aussi, leurs applaudissements sont… beaucoup trop longs, comme s’ils voulaient montrer leur appréciation en applaudissant. Mais ils continuent d’applaudir à l’infini et il nous arrive de jouer dans des festivals lors desquels on a un temps de set limité. Alors ça m’est déjà arrivé de devoir interrompre les applaudissements trop longs, afin qu’on puisse poursuivre le concert comme prévu. En France, les gens sont plus détendus, mais à la fois je vois plus de gens danser, rire et crier. J’adore cette ambiance, et c’est pour ça que j’adore jouer en France.
Découvrez le premier album éponyme de Dressed Like Boys :
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