Dix ans après ses débuts dans la musique, Dermot Kennedy est la version la plus épanouie de lui-même ! Nous avons rencontré le chanteur irlandais, révélé par les tubes “Power Over Me” et “Kiss Me”, pour revenir sur son parcours dans la musique ainsi que sur le grand virage artistique qu’il effectue avec son nouveau disque : The Weight of the Woods.
Plus folk et indie que jamais, Dermot Kennedy se dévoile sur ce projet axé autour de la perte – qu’il s’agisse de l’amour ou de ses proches. On a énormément été touchés par les 14 chansons qui composent ce troisième album, ainsi que par son show à l’Olympia de Paris. Rencontre !

Hello Dermot ! Tu as récemment accompli dix ans dans l’industrie musicale. Comment évalues-tu ton évolution depuis la sortie de “An Evening I Will Not Forget” en 2015 ?
C’est vrai que ça fait dix ans. C’est drôle, j’ai l’impression d’être arrivé dans le monde de la musique avec beaucoup d’assurance, mais j’avais vraiment aucune base. Je n’avais pas vraiment l’expérience nécessaire pour justifier cette assurance, parce que j’ai pas du tout grandi entouré de musiciens ou de musique, et tout ce que j’avais, c’était ma propre éducation musicale. Une fois que j’ai mis les pieds dans l’industrie musicale, tu sais, il y a des choses qui te surprennent. Et j’ai l’impression que ça nous apprend très vite à rester humbles en toutes circonstances. J’ai l’impression que, après dix ans, j’en suis au stade où je me sens en confiance, mais parce que j’ai acquis de l’expérience. Et ça ne veut pas dire que je suis devenu arrogant, mais plutôt que je sais un peu mieux qui je suis, et ce que je veux créativement parlant. Et ça résulte, tout simplement, en de la meilleure musique. J’ai l’impression que le chemin a été long, mais j’en suis content.
Maintenant que tu es devenu la version la plus affirmée de toi-même, comment définirais-tu ton son ?
C’est parfois difficile à décrire, mais je dirais qu’on pourrait la définir comme dynamique. J’adore le fait de procurer ce sentiment un peu intimiste, et à la fois m’amuser avec des orchestres et enrichir mes morceaux. J’en suis très fier.
Et niveau écriture, est-ce que tu as la sensation d’avoir évolué depuis 2015 ?
Tout à fait ! Je crois que, à mes débuts, j’écrivais des paroles les unes après les autres sans trop me soucier de la structure de la chanson, dans son intégralité. Ce qu’il s’est passé sur le deuxième album, c’est que j’ai presque trop réfléchi à la structure. J’en faisais trop, et maintenant j’ai l’impression d’être à un stade où j’ai trouvé un certain équilibre, de sorte à avoir – je l’espère – des chansons qui me ressemblent vraiment, tout en étant structurées de manière à ce que beaucoup s’y identifient.
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Tu viens de sortir ton troisième album, The Weight of the Woods. Est-ce que, du coup, tu dirais que c’est ton meilleur projet jusqu’ici ?
Je pense, oui. C’est intéressant car, j’ai tendance à penser que les albums ne sont qu’un instantané dans le temps, comme une photo prise à un moment précis de ta vie. Ils te capturent à un moment donné, et une fois qu’ils sont sortis, tu passes à autre chose. Mais quand même, si je devais me montrer critique envers moi-même, je dirais probablement que c’est le meilleur à ce jour musicalement parlant, oui. Et en termes d’arrangements, je pense que c’est le mieux ficelé.
Effectivement, autant au niveau des arrangements qu’au niveau des textes, c’est un album très différent de ce à quoi tu nous avais habitués avant. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur le concept de ce nouveau projet ?
Pour moi, ce projet est le résumé de toute ma vie : toutes mes victoires, toutes les difficultés que j’ai rencontrées, tout ça me ramène systématiquement à mon chez-moi (il a grandi dans le petit village de Rathcoole, en Irlande, NDLR) et aux personnes qui me sont chères. J’y pense pas toujours de façon positive, parfois ma carrière peut devenir un poids, autant pour moi que pour mes proches. Ça peut sembler lourd, énorme, et me réfugier dans la forêt est un moyen de relâcher la pression et relativiser. Et puis, pour être honnête, quand je pense à l’amour que j’ai pour cette région associée à mon enfance et à mes origines, j’aime vraiment l’idée de faire partie de quelque chose de bien plus grand que moi. Parfois, j’aimerais juste faire partie du poids du monde, pour ne plus ressentir la pression de ma vie à tout moment.
Ce projet est également plus folk, comparé aux précédents. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’effectuer ce shift sonique ?
En fait, de nos jours, les gens recherchent de l’humanité, et de la sensibilité, dans tout ce qu’ils font. Et écouter de la musique en fait partie, on cherche une expérience humaine, on souhaite vivre un moment de partage et de connexion. On dirait vraiment qu’une grande partie de l’art, et de nos vies en général, ont été lissées et mises en scène au point qu’elles en ont perdu leurs âmes, et leur beauté. J’étais donc déterminé à délivrer une belle interprétation sur cet album, mais pas au point qu’on dirait que les chansons sont tellement retouchées qu’elles paraissent parfaites. On voulait vraiment garder de l’imperfection sur cet album pour, en quelque sorte, revenir à l’essentiel, avec des accompagnements minimalistes au possible, sans trop en faire.
Ce projet est le résumé de ma vie. Parfois, ma carrière peut devenir un poids, autant pour moi que pour mes proches. Ça peut sembler lourd, énorme, et me réfugier dans la forêt est un moyen de relâcher la pression et relativiser.
Est-ce pour cela que tu as collaboré avec Gabe Simon (Noah Kahan, Lana Del Rey…) ?
Exactement ! Et c’était magnifique. C’était vraiment la personne qu’il me fallait pour réussir ce projet de suivre mon instinct et mon intuition musicalement, car en le voyant faire on dirait que ça lui vient tout naturellement. On croirait qu’il est toujours dans cet état d’esprit, dans la création pure et dure. C’était important, pour moi, de le rencontrer, car on vit dans une époque lors de laquelle on peut percer dans la musique de plein de façons, pour tellement de raisons. Mais lui m’a rappelé que, au fond, ce qui importe le plus, c’est la musique que tu fais.
Selon toi, quelles sont les thématiques principales de ce projet ? Est-ce que tu décrirais The Weight of the Woods comme un album de rupture ?
C’est vrai que je chante souvent l’amour et la perte, et je pense que ça me convient parce que tout le monde s’y retrouve, on l’a tous vécu. Mais, ce qui est différent sur ce projet, c’est que j’ai vu au-delà de ma propre perspective. Je me suis inspiré du vécu des membres de ma famille et de mes proches, car eux n’ont pas l’opportunité de pouvoir écrire là-dessus, puis de chanter… Souvent, je m’inspire de leurs expériences pour les mettre en chanson, et c’est une belle façon de créer un lien avec les gens que j’aime. Je prends leurs histoires avec moi sur scène ou en studio, et ça me permet de chanter d’une manière plus habitée que si j’avais juste inventé une situation. L’inspiration n’est pas infinie alors je vais puiser dans leurs vécus, et je pense que c’est important, pour moi, de raconter ces histoires pour eux.
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J’en déduis que, lorsque tu puises dans les histoires de tes proches, tu leur fais écouter les chansons avant leur sortie ?
Non, jamais. Je ne joue les chansons à personne, vraiment. J’ai l’impression que, si je leur faisais écouter, leurs retours finiraient par m’influencer. Je suppose qu’on peut dire que je n’ai pas encore totalement confiance en moi, là-dessus.
On a donc un peu parlé de tes origines irlandaises un peu plus haut. Est-ce que tu penses que ces dernières influencent ta musique ?
Je crois que ça m’influence partout où je vais, dans tout. Même quand je suis ici, en Europe, ou aux États-Unis, loin de chez moi, je suis très fier d’être un artiste irlandais et de faire partie de la scène musicale irlandaise. Je le porte sur moi à tout moment. Être originaire d’Irlande, c’est venir d’un pays dans lequel la musique est très appréciée, et très prise au sérieux. Et j’essaie de ne pas prendre cela pour acquis, car je me sens très chanceux d’avoir commencé à me produire là-bas, car le soutien que j’ai reçu à l’époque m’a permis de devenir l’artiste que je suis aujourd’hui. C’est vraiment important pour moi de revenir cette appartenance.
Je chante souvent l’amour et la perte, parce que tout le monde s’y retrouve, on l’a tous vécu. Mais, ce qui est différent sur ce projet, c’est que je me suis inspiré du vécu de mes proches, qui n’ont pas l’opportunité de pouvoir écrire là-dessus, puis de chanter… C’est une belle façon de créer un lien avec les gens que j’aime.
The Weight of the Woods est un album particulièrement intense. Est-ce qu’il y a une chanson sur le projet qui vous a particulièrement causé du tort, en studio ? Quel titre avez-vous mis le plus de temps à finir ?
Il y a une chanson sur cet album qui s’appelle “Often, Lately”, et c’est celle qui m’a pris le plus de temps, parce que je l’ai enregistrée dans trois pays différents, et à trois endroits différents. C’était la chanson qui me tenait le plus à cœur, et du coup c’était celle que j’ai eu le plus de mal à interpréter à la perfection. Du coup, je l’ai refaite et refaite sans relâche, jusqu’à ce que j’en sois satisfait. Ça m’a pris beaucoup de temps. C’est un titre qui exprime quelque chose à quoi j’ai beaucoup pensé dernièrement. Je me suis beaucoup demandé si, au moment où mon heure sera venue, j’allais retrouver mes êtres aimés, ceux que j’ai perdus au fil des années.
Et, au contraire, quelle chanson a été finie le plus rapidement ?
C’est clairement “Wasted”. Un soir, on était en studio à Dublin, lorsque Carey (Willetts, un des producteurs de l’album, NDLR) est parti chercher à manger pour nous tous. Au moment de son retour, on avait déjà la chanson. Le truc c’est que, sur cet album, je me suis trouvé beaucoup plus décontracté. C’était tellement plus simple de juste lâcher du leste et réussir à vivre le moment, de façon plus décontractée. Et ça se ressent beaucoup dans “Wasted”, mais aussi dans “Funeral”, cette insouciance. Et je ne veux pas sonner niais en disant ça mais, couplée au manque et à la passion que je ressentais à ce moment-là pour une personne en particulier, ça donne ce genre de chansons qui te font prendre conscience de la chance que tu as d’avoir quelqu’un dans ta vie.
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Et la chanson-titre de cet album, alors, de quoi elle parle ?
“The Weight of the Woods” ? Pour moi, comme c’est la chanson-titre du projet, c’est elle qui résume tout ce que je voulais exprimer avec ce dernier. Je voulais chanter mon amour pour ma région natale (Rathcoole, petit village à Dublin, NDLR), et le fait que, même si j’ai de la chance de voir le monde grâce à mon métier… Si demain tout venait à s’arrêter, je n’aurais aucun problème à y retourner. Même si ça me pèse, parfois, d’avoir grandi dans un petit village éloigné de tout, ce dernier aura toujours un attrait certain pour moi. Et je suis certain que c’est là-bas que je finirai ma vie.
“The Weight of the Woods” clôture cet album, et c’est particulier car c’est une reprise de ce même morceau qui donne le coup d’envoi du projet. Sur ton compte Instagram, tu as récemment publié une vidéo dévoilant les coulisses de l’enregistrement de cette reprise aux côtés d’une chorale. Comment ça s’est passé ?
Effectivement, il s’agit de la chorale de l’université à laquelle j’ai étudié. J’ai même failli intégrer cette chorale, mais ça ne s’est jamais fait. Et maintenant, 15 ans plus tard, ils sont sur l’album avec moi, ce qui est vraiment génial. Mais en gros, c’était pendant les derniers jours d’enregistrement de cet album, on est tous allés dans cette grange, lorsqu’il s’est mis à neiger. Le moment était magique, fou. En fait, je pense que je me débrouille pas mal en chant, mais ce qui compte le plus pour moi, c’est de transmettre des émotions. Et je savais qu’en intégrant cette chorale d’une vingtaine de chanteurs, la chanson allait prendre une dimension supplémentaire. Depuis ce jour-là, ils m’accompagnent sur certains concerts, on a renoué la collaboration. Je suis très chanceux.
Une autre chanson qui a énormément retenu mon attention sur ce projet, c’est “The Only Time I Prayed”. Elle est très émouvante. Est-ce que tu peux nous raconter son histoire ?
Alors, premièrement, je tenais vraiment à ce que ce titre soit autant impactant sur le plan textuel que sur le plan sonique. C’est très facile, quand on est auteur-compositeur comme moi, de tomber dans le piège d’attacher beaucoup d’importance au texte, et de négliger l’accompagnement. J’essaie toujours de me dire que, lors de mes concerts, certaines personnes peuvent ne pas faire particulièrement attention aux paroles. J’ai envie que ces gens repartent quand même avec des émotions, je veux que ça leur provoque quelque chose, alors je soigne particulièrement les accompagnements ainsi que mon interprétation.
Quant à la thématique du titre… C’est très drôle car, souvent les gens pensent que je suis quelqu’un de religieux car j’ai quelques chansons dans lesquelles je mentionne un diable, ou des esprits. Mais la réalité c’est que je ne l’ai jamais véritablement été. C’est de moins en moins fréquent, avec les gens de ma génération en Irlande, de pratiquer une religion. Mais, en dépit de ça, j’aime bien cette idée de se tourner vers la religion lorsqu’on vit des épreuves. Ça m’est arrivé, une fois. Et il semblait que la prière était mon dernier recours. C’est notre besoin d’espoir, on espère que quelqu’un, quelque chose au-dessus nous écoute. Parfois, j’envie carrément les personnes qui ont la foi car c’est beau d’avoir ce rapport avec Dieu, presque comme un confident. Mais, chez moi, ça n’a jamais véritablement été le cas. Je n’ai pas grandi dans un foyer très croyant. On allait à l’église pour Noël ou pour Pâques, mais en dehors de ça, ce n’était pas très important.
Tu parles de l’importance du live dans ta carrière, et il y a quelques jours tu t’es produit dans la mythique salle de l’Olympia. Pour toi qui as déjà donné plusieurs concerts en France, quelles sont les différences entre le public français et celui anglais ?
C’est très différent. J’ai l’impression que, à Paris et dans la majorité de l’Europe continentale, les gens sont vraiment attentifs aux paroles. Les Européens savent apprécier de bonnes paroles, et un bon spectacle. Et ce qui est drôle aussi par rapport au Royaume-Uni ou aux États-Unis, c’est que vous attendez vraiment la fin d’une chanson pour commencer à applaudir. Parfois, il m’arrive de jouer la fin d’une chanson sous les applaudissements des gens, et c’est moins agréable car on dirait que les vingt dernières secondes deviennent moins importantes. Chaque note est importante, pour vous. Et ça me motive, en tant qu’artiste, à me donner à fond.
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Chez aficia, nous adorons faire des découvertes musicales. Avant de finir, est-ce que tu pourrais nous partager ta dernière obsession musicale ?
Je suis un grand fan de hip-hop, et dernièrement j’aime beaucoup Ray Vaughn. C’est un des artistes signés par Kendrick Lamar sur son label, TDE. Il est incroyable.
Est-ce qu’il y a une chanson en particulier que tu apprécies ?
Attends, je vérifie !
[il sort son téléphone]
J’aime beaucoup “Crashout Heritage”, son disstrack envers Joey Bada$$. Il est incroyablement talentueux.
Découvrez The Weight of the Woods, le troisième album de Dermot Kennedy :







