Petit Biscuit - © Jonathan Bertin
Petit Biscuit - © Jonathan Bertin

Petit Biscuit en interview : “Aujourd’hui, je fais ce que j’aime”

De retour avec “Drivin Thru the Night” en cette rentrée 2020, Petit Biscuit est enfin prêt à nous dévoiler son deuxième album Parachute le 30 octobre prochain. L’occasion pour aficia de s’entretenir avec le jeune artiste…

Inutile de vous le présenter… Petit Biscuit fait parti de ces DJ français connus aux quatre coins du monde et dont la carrière a décollé avec le hit “Sunset Lover” qui a été suivi de son premier album Presence.

Du haut de ses 20 ans, il garde son humilité et sa sensibilité pour servir son art et produire désormais une musique en phase avec lui-même. Avant de pouvoir découvrir son nouvel album, Parachute, le 30 octobre, aficia te propose un voyage au cœur de son histoire et de sa carrière…

Petit Biscuit : l’interview…

Tout d’abord, pour les lecteurs qui ne le savent pas encore, peux-tu nous expliquer pourquoi le nom de Petit Biscuit ?

Je l’ai choisi quand j’avais 14 ans. Il n’y a pas vraiment d’explication particulière. J’étais jeune et insouciant et j’ai cherché un nom qui sonnait bien.  

Ça fait maintenant un peu plus de 5 ans que tu es dans le milieu de l’industrie musicale. Tu as connu un énorme succès avec “Sunset lover” puis avec ton album Presence. En prenant le recul que tu as aujourd’hui, qu’est-ce que tu tires comme leçon de ces dernières années ? 

J’ai grandi très vite car j’ai été confronté à un milieu d’adulte. J’ai dû m’armer parce que forcément tout le monde n’est pas sain dans ce milieu. J’ai compris pleins de choses plus vite que les autres. 

Maintenant, si on regarde tes clips, les visuels sur scène… on voit déjà un certain intérêt pour la DA, c’est travaillé et cohérent avec tes différents projets. Est-ce que c’est quelque chose sur laquelle tu as toujours prêté un certain intérêt ? 

Pas vraiment. J’ai peaufiné mes goûts. Je me suis rendu compte qu’au début je n’étais pas très sensible à ce genre de chose, mais c’est venu au fil du temps. J’ai travaillé avec Quentin Deronzier qui lui aussi à fait son petit bout de chemin. On a peaufiné le travail ensemble et je me suis choisi une direction artistique.

Avant, je ne prêtais pas vraiment d’attention au visuel. Je mettais seulement des photos avec mon nom dessus. Ça a beaucoup changé. Comme, par exemple avec le clip de  “Drivin Thru the Night” qui est esthétiquement très important.

J’aime de plus en plus travailler sur le visuel et je pense que c’est même ce qui peut faire la différence. C’est important d’avoir un univers visuel, cela construit l’image de l’artiste.  

Je me suis découvert une passion pour l’écriture que j’améliore de jour en jour. Je suis parti de rien donc il y a une marge de progression énorme. C’est motivant.

Petit Biscuit

D’ailleurs, on peut compter dans ton entourage Jonathan Bertin. Comment tu es venu à travailler avec lui ?

Avec Jonathan, on se connaît depuis très longtemps. Quand j’ai tout juste démarré Petit Biscuit il y a 5 ans, je l’ai rencontré via une amie qui faisait aussi des photos. C’était une rencontre amicale et après je l’ai emmené sur ma tournée, il a fait des photos, le rendu a eu de bons retours et il a continué.

Il a fait un véritable ‘glow-up’ dans la photographie. Pour moi, c’est l’une des personnes les plus talentueuses de France dans le domaine de la photo. Je ne sais pas si c’est un hasard mais je me sens assez reconnaissant. Je suis content d’avoir de bonnes personnes à mes côtés et surtout au bon moment. On avance ensemble, en même temps mais chacun dans son domaine.

Pour parler de ta musique, tu fais partie de ces DJ-artistes qui osent depuis quelque temps chanter dans leur titre. C’était ta propre volonté ? 

Pour moi, je n’ai pas vraiment le potentiel de chanteur. J’ai plutôt des histoires à raconter. Personnellement, dans la musique que j’aime aujourd’hui je n’écoute quasiment que des chansons. Je suis sensible à l’indie-pop, le hip-hop… mais pas du tout à l’électro en ce moment.

Dans mes goûts personnels, je me suis juste dévié et je suis parti en dehors de la musique électronique. Aujourd’hui, je fais ce que j’aime. J’aime poser ma voix, raconter des choses en musique. Je me suis découvert une passion pour l’écriture que j’améliore de jour en jour. Je suis parti de rien donc il y a une marge de progression énorme. C’est motivant.

Dans la production, sans me vanter, je suis déjà à un bon niveau. Quand je produis, je me pose moins de questions alors que quand j’écris, je m’en pose beaucoup. C’est un autre métier selon moi et j’aime faire cela. 

La solitude, qui est un grand plaisir pour moi, peut être un cauchemar pour d’autres…

Petit Biscuit

En parlant de composition et de production, il y a-t-il un endroit, une atmosphère propice à une bonne session ? 

Ça reste toujours dans ma chambre d’adolescent à la campagne. Je n’ai pas vraiment de lieu de prédilection. Pour écrire la majorité du second album qui va sortir très bientôt, je l’ai écrit en Islande et au États-Unis. C’était deux gros voyages de 2019. J’aime aussi sortir de ma zone de confort pour stimuler le processus créatif même si, quand je compose, je fais abstraction de ce qu’il y a autour de moi. 

On va parler de ton dernier titre “Drivin Thru The Night” : peux-tu nous parler de sa conception ? 

J’étais en Islande. J’ai composé l’instrumental d’abord, ce que je ne fais plus. C’était l’une des première production que j’ai écrite de cet album. N’étant pas confiant, je composais et j’écrivais après. Ce que je fais moins maintenant.

Ici, je raconte l’isolement. J’étais loin de tout et je me sentais libre. Les personnes qui étaient loin de moi me manquaient mais malgré tout je n’avais aucune pression. Les personnes ne se rendent pas compte, mais une petite pression pour certaines personnes peut être une grande pression pour moi. Ce titre m’a fait du bien et je le sens dans les paroles qui sont très axées sur la liberté.

Dans “Drivin Thru The Night”, contrairement à d’autres morceaux de l’album, on n’est pas dans une histoire personnelle. Ce n’est pas quelque chose que je vis personnellement. Je l’apparenterais plus à un ‘mood’. J’ai toujours prêté une attention particulière à l’univers de la nuit avec des lumières néons qui sont visuellement très intéressantes et que j’avais envie de retranscrire en musique. 

Sous la vidéo YouTube de “Drivin Thru The Night” tu dis : ‘Il est possible de vivre et d’exister par soi-même. Vous n’avez besoin de personne d’autre‘. Est ce que toi, aujourd’hui tu appliques cet état d’esprit ?

Oui ! J’ai l’impression que les personnes sont souvent dépendantes affectivement. Autour de moi, je connais des personnes qui ont du mal avec leur solitude. On a tous un mode de fonctionnement très différent et forcément, la solitude qui est un grand plaisir pour moi peut être un cauchemar pour d’autres… Je considère que lorsque tu es un minimum épanoui avec toi-même, et que tu vis bien, cela signifie que quelque part tu es bien avec ta solitude.

Je fais de la musique parce qu’il faut que je sois en accord avec moi-même, avec ce que j’ai fait avant et que je sois en paix avec “Sunset Lover” tout en avançant vers du nouveau.

Petit Biscuit

Donc, le fait d’être de vivre presque seul pendant un mois sans rien autour alors que tu passes ta vie entouré de monde lors des concerts et festivals ne t’a pas dérangé… ?

Au contraire, c’est tout ce que je recherchais. J’ai fait tellement de voyages, j’ai vu tellement de personnes. Je n’ai rien compris à ce que j’étais socialement. Quand je suis arrivé chez moi, j’étais complètement perdu. Je me suis posé la question de savoir ‘qu’est ce que je fais après ?‘ et je savais que je voulais faire : un album.

Il y avait 1, 2 mois où je n’avais plus de motivation. J’étais vraiment frustré, je ne comprenais pas pourquoi. C’est vrai que j’ai voyagé dans beaucoup de pays, vu beaucoup d’aéroports, d’hôtels… mais je n’ai pas forcément eu le temps de visiter. Je voulais donc choisir deux pays pour prendre le temps et où la musique n’était pas forcément au premier plan. J’y suis allé pour m’installer et comprendre comment les personnes vivaient autour. 

Tu as voyagé dans de nombreux pays. Lorsque tu rencontres de nouvelles cultures à travers tes voyages personnels, tes tournées, notamment en Islande, est-ce un ‘accélérateur’, une aide dans ta créativité ?

Oui carrément ! À la base, je n’y allais pas trop pour faire de la musique et il est vrai que parfois pendant 2-3 jours je ne sortais pas de la location parce que je voulais composer. J’avais pleins d’idées. J’ai d’ailleurs eu une période où “Sunset Lover” ne me satisfaisait plus et je pense que c’est pareil pour les autres artistes. À un moment tu satures de ton plus grand titre. Tu as l’impression d’être utilisé alors qu’à la base c’est un titre que j’ai fais moi-même donc qui devrait me parler. J’étais mal à l’aise avec ce titre.

Quand j’ai composé Presence, il y a des morceaux qui sont dans le même état d’esprit. C’est indépendant de moi-même vu que c’est ma pâte artistique, c’est qui je suis. Je me suis tourné vers des titres plus électronique comme “Suffer” car j’imaginais que c’était le contre pied de “Sunset Lover”. Finalement, je me suis rendu compte, en partant au États-Unis et en Islande, que j’avais encore pris une autre direction. 

Je fais de la musique parce qu’il faut que je sois en accord avec moi-même, avec ce que j’ai fait avant et que je sois en paix avec “Sunset Lover” tout en avançant vers du nouveau. Cela m’a bien aidé et j’essaye désormais de faire ce que j’aime le plus, de me recentrer sur mes émotions quand je compose… 

Dans la série de vidéos que tu as partagé au sujet de ton voyage en Islande, un épisode est consacré à l’écologie qui semble être une cause qui te tient à coeur. Est-ce un sujet que tu aimerais développer en musique ? Autrement, quels sont les thèmes que tu aimerais aborder ?

Je n’ai pas envie d’être moralisateur de quoique ce soit parce que moi aussi je prends des avions pour ma tournée… Ce n’est pas un sujet dont je parlerais dans mon art. En revanche, j’en parle en tant que personne sur mes réseaux sociaux par exemple. Très souvent, les personnes ne sont juste pas au courant. Il faut utiliser son influence à bon escient.

En novembre dernier, tu postais sur tes réseaux sociaux un message annonçant que ton album est prêt à 70%. L’est-il à 100% aujourd’hui ? 

Oui bien-sûr, il est terminé et il arrive très bientôt, le 30 octobre… 

Comme tu le sais, aficia est précurseur de talent. Tu aurais un artiste à nous conseiller ? 

Il y a Khamsin qui est un artiste entre mi-électro et mi-indie pop. Je trouve ça super la manière dont il raconte sans les mots. 

Petit Biscuit - Parachute

aficia.

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