Ekloz en Interview Sans Filtre : Nouvelle École, premier album, rap de niche, misogynie…

Rencontre avec Ekloz, la rappeuse hybride de “Nouvelle École” qui dévoile aujourd’hui son premier album.

C’était un de nos coups de cœur dans la dernière saison de “Nouvelle École”, le télé crochet Netflix qui révèle les nouvelles pépites du hip-hop. Elle avait déjà plusieurs projets à son actif et un nom sur la scène rap du sud de la France, et aujourd’hui Ekloz se présente au reste de la France avec Dix Milles Heures – un projet qui nous invite à voir au-delà de la femme difficile qui nous avait été présentée à l’écran. 

“Plus d’argent pour le psy, faites-moi faire des interviews”, c’est ce qu’Ekloz rappe sur son premier album – et je me suis exécuté, curieux d’en apprendre plus sur cette artiste qui fusionne rap, pop urbaine et musique électronique pour un cocktail plus qu’alternatif (mais souvent décrédibilisé par les puristes du rap). C’est dans les locaux de La Place – lieu culturel dédié au hip-hop situé dans les Halles de Châtelet – que je fais la connaissance d’Héloïse, la femme derrière Ekloz. Et aujourd’hui, je vous invite à le faire aussi !

Ekloz, l’Interview Sans Filtre :

Hello ! Premièrement, comment ça va ? Au moment de cette interview, tu t’apprêtes à publier ton premier album, intitulé Dix Mille Heures. Dans quel état d’esprit es-tu ? 

Je crois que je réalise pas trop. Parce que qu’avant, j’avais de grosses périodes de vide avant la sortie d’un projet. Et là, soudainement, j’ai un agenda super chargé.

C’est un peu abstrait ?

Ouais, ouais, c’est ça. C’est grave abstrait, mais du coup je me sens bien. Et je me dis que, peut-être le fait que je réalise pas fait que je vais être surprise. Je sais pas, j’ai un petit feeling comme ça. 

Avant ça, tu as sorti plusieurs mixtapes et EP. En quoi cette sortie-là est particulière, du coup ? 

Ben… Déjà, il y a beaucoup de singles qui ont été dévoilés avant l’annonce d’album. Ce qui fait que j’ai moins l’impression de livrer un gros projet dans lequel je pose mes tripes sur la table. Il y a des morceaux inédits, évidemment, mais il y a aussi des morceaux que les gens connaissent déjà.

Et ça change la donne. Et surtout, aujourd’hui j’ai une vraie équipe. C’est plus moi toute seule qui fait sa petite tambouille, qui crée son bébé et qui d’un coup l’accouche, tu vois. Là, on est plusieurs à avoir bossé dessus. D’ailleurs, j’ai l’impression que je réalise moins tout le travail que ce projet a demandé, du fait d’avoir délégué certains trucs. 

Tu parles de tous les singles qui étaient sortis au préalable, et justement je pense que les réactions que tu as récoltées au fur et à mesure font également que tu es plus sereine ? 

Peut-être que ouais, justement, je suis plus secure et sereine qu’avant. Là, je suis bien, je sais ce que j’envoie. Maintenant, j’ai juste envie que les gens apprennent les paroles, et qu’on puisse les chanter ensemble. Ça y est, prenez-les ! Écoutez-les, en fait ! Venez, je ne suis plus toute seule à les partager.

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Et évidemment, je suis obligé d’en parler… Comment te sens-tu, quatre mois après la diffusion de “Nouvelle École” ? Les internautes n’ont pas forcément été tendres avec toi…

Euh… Ça va. En vrai, ça va de ouf. Ma vie n’a pas littéralement changé, tu vois. Ni personnellement, ni artistiquement. Il y a du bon comme du moins bon. Mais j’ai la sensation d’en avoir tiré une grosse leçon, tu vois. Au lieu de m’apitoyer sur mon sort suite à tout ce qu’il s’est passé. C’est pas comme ça que je vois la vie. 

Et je crois que ça a surtout donné un coup de boost à ta musique, non ? 

De ouf. Mais l’humain voit quand même beaucoup plus le négatif que le positif. Et vu que là, le négatif était quand même intense… Et surtout, les semaines qui ont suivi la diffusion de “Nouvelle École”, je n’avais pas de concerts ou de scènes de prévues. Toute ma communication, c’était des posts sur internet. C’est pas vraiment quantifiable, donc difficile de dire combien de gens ont rejoint le projet…

Difficile de dire à quel point “Nouvelle École” m’a été bénéfique du coup. Parce que bon, les gens ont beau s’abonner à toi sur les réseaux, rien ne te garantit qu’ils vont acheter ton album ou venir te voir en concert. Actuellement, ma vie artistique reprend de l’actualité et ça fait du bien de repartir en tournée et ressentir toute l’affection du public. Voir des gens chanter les paroles, filmer tout le long du concert, je commence enfin à prendre conscience de mon après-émission.

Tu parles de leçons… De quoi est-ce qu’il s’agit ? Quelles sont ces leçons que tu as tirées suite au tournage de “Nouvelle École” ?

En fait, j’ai eu l’impression que “Nouvelle École” est venu clôturer un chapitre de dix ans de musique. Pour en ouvrir un autre. Globalement, pendant tout ce temps, j’ai fonctionné toute seule, avec les moyens du bord… Et il y a plein de choses que j’ai commencé à trouver lourdes à porter. Il y a une certaine colère qui commençait à devenir lourde à porter, je me sentais comme une adolescente qui devient adulte et se révolte contre le monde.

Et “Nouvelle École”, ça a été le point culminant de ça. Ça m’a poussé dans mes retranchements, parce que j’étais pas d’accord sur plein de choses. Et c’est ce qui m’a poussé à devenir la personne qu’on a tous vu à l’écran. J’étais très réfractaire à plein de choses, parce que j’étais pas d’accord avec leurs valeurs, et ce qu’ils essayaient de nous faire faire. Et ce truc-là s’est retranscrit à l’image. Ils ont réussi à en extirper quelque chose. 

 Il n’y a pas un bon et un mauvais rap. Le vrai rap et le reste, ça n’existe pas.

Après le tournage, je savais qu’ils allaient pas me louper, mais je m’attendais pas à ce que le montage final soit aussi violent. Clairement, la production, c’était des enfoirés. Mais il y a des choses pour lesquelles, même si je n’étais pas d’accord, j’aurais dû réagir différemment. Je me suis rendue compte que cette énergie-là qu’on voyait à l’écran, c’est pas ce que j’ai envie de dégager. Et je suis contente de cette expérience, parce que je l’ai comprise toute seule, avant de me prendre la grosse vague de haine que je me suis prise. 

Me voir dans l’émission m’a remise sur le bon chemin, et m’a fait me rendre compte que si je veux perdurer dans ce milieu je ne peux plus être en colère contre la terre entière. Actuellement, j’ai l’impression de démarrer une nouvelle ère, tu vois. Et cet album-là, c’est un peu la transition entre les deux.

Est-ce que du coup, avec le recul, tu as l’impression qu’il y a des choses que t’aurais aimé faire différemment ?

J’aime pas avoir de regrets. En fait, je n’ai jamais fait de concession sur ce que je vis, sur ce que je suis… Évidemment que, si je regarde mes projets précédents, il y a des trucs que je trouve cringe… mais si je ne passe pas par là, je ne deviens pas celle que je suis actuellement. 

Ils ont fait de toi celle que tu es aujourd’hui.

Voilà ! Tout ce que j’ai fait avant a fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Ce n’est pas l’aboutissement de ma carrière, c’est une étape dans un procédé. Et à l’époque du tournage, quand je le vivais, je considérais que j’étais sur le bon chemin aussi. 

Et du coup, comment tu as vécu le fait de te faire éliminer parce que ta musique est considérée « trop niche » ?

[rires] Celle-là, je l’attendais. Je te mens pas, je l’attendais à un moment. En fait, c’était un peu un parti pris. En arrivant dans l’émission, je me suis demandé si j’y allais à fond en mode expérimental ou pas…

D’ailleurs, c’est les casteurs de l’émission qui sont venus te chercher, n’est-ce pas ? Cela impliquerait qu’ils aiment ce que tu fais, et que cela ne poserait pas de problème aux jurés… 

Ouais, ils sont venus me chercher sur les quatre saisons. Mais en soi, lors des phases de casting ils nous demandaient aussi de faire des freestyles. Au moment du tournage, cette remarque de SCH m’avait beaucoup trigger effectivement. Et ça m’a dérangé que la production veuille mettre l’accent sur mes particularités pour en faire un personnage exacerbé comme ils l’ont fait. C’est eux qui m’ont demandé de faire un truc techno à la première épreuve, et c’est moi qui ai refusé parce que l’épreuve, c’était de faire un freestyle. Je m’attendais à ce que ma différence finisse par diviser, mais en réalité c’est très peu niche ce que j’ai envoyé dans l’émission. J’aurais pu y aller encore plus fort.  Aujourd’hui, je ne suis plus dans le même état d’esprit – comme je te l’ai dit juste avant.

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Je sais pas ce que toi tu en penses, mais j’ai l’impression qu’on fait quand même moins ce reproche à un artiste masculin…

Jyeuhair en est la preuve. En vrai, ça se voit pas beaucoup à l’écran, mais la production m’a beaucoup comparée à lui. Mais parce qu’ils savaient qu’on se connaissait. Juste avant de partir en tournage, j’avais assuré la première partie de sa Cigale. Ils avaient vu sur les réseaux qu’on est proches, et même lors du tournage des portraits ils voulaient que je dise à l’écran qu’on est amis. Et j’ai refusé. Parce qu’il était hors de question qu’on m’associe à quelqu’un. Ça fait 10 ans que je bosse, c’est pas pour qu’on me réduise à une copie de quelqu’un d’autre. Et Dieu sait que je respecte et que j’aime ce qu’il fait.

Encore une fois, ça ne se voit pas, mais quand je me fais éliminer, on me parle encore de Jyeuhair. Et là, c’était la goutte de trop. Et en plus, ils me le disent comme si c’était dénigrant. Ça a été coupé, mais sur le coup j’ai répondu à SCH que si c’est pour avoir le parcours que Jyeuhair a eu, et faire la musique qu’il fait aujourd’hui, ça me va totalement d’être niche. Ils ont leur propre norme, et c’est très flou et très cadré en même temps. C’est un peu naze artistiquement de cantonner les choses comme ça.

J’ai la sensation que c’est un grand sujet dans le rap, ça. À partir du moment où tu fais un rap un peu plus mélodique, tu as tous les puristes qui te décrédibilisent.  

Parce que les gens ont l’impression que le rap leur appartient. Comme si c’était le rap de leur daron, ils deviennent super protecteurs. Les trois quarts des gens qui viennent m’expliquer la vie et comment faire du pe-ra sur internet, ils ont jamais écrit une ligne de leur vie. Genre, tu vas pas expliquer à un boulanger comment faire son pain. Et quand bien même il ne met pas la bonne dose de farine et son pain est dégueulasse, on s’en bat les couilles – c’est pas ton problème. Tu l’achètes pas, point. Si t’as pas envie de le consommer, tu le consommes pas. Il n’y a pas un bon et un mauvais rap. Le vrai rap et le reste, ça n’existe pas.

Et justement, comment tu décrirais ton son, aujourd’hui ?  

Je dirais que la base est rap. Parfois je m’en éloigne soniquement, mais ça restera toujours dans les codes du rap. Niveau écriture, c’est très brut.. 

J’aime pas dire que je chante car je ne me considère pas comme une chanteuse, mais quand j’écris mes textes, c’est bien comme du rap. Tout ce que je chante, je peux le rapper, à la base. 

Mais d’ailleurs, il me semble qu’à tes tous débuts tu faisais du rap pur et dur, n’est-ce pas ? 

Exactement. J’ai freestylé pendant des années. Soit dans des open mics, soit dans la rue avec mon enceinte. C’est un exercice que je pratique beaucoup moins, mais que j’aime toujours autant. 

Qu’est-ce que ça t’a appris, du coup, les années freestyle ? 

Le vrai rap ! Non mais, en vrai de vrai. C’est pour ça que ça me fait rire quand on vient m’expliquer le “vrai rap”. Vous savez pas par quel parcours passent les gens. J’ai l’impression de connaître les bases. Et, et en fait, tu as le droit de t’éloigner de quelque chose si tu le maîtrises à la base

Les gens qui regardent “Nouvelle École” pensent qu’on s’est réveillés, qu’on a découvert l’autotune et les effets, et qu’on a jamais étudié le rap. Pour eux, le rap est accessible à tout le monde. Ils croient que j’ai commencé hier, et c’est dommage qu’il y ait trop peu de connaissance sur le derrière de la musique. SDM et tout, ils ont pas pété en trois mois, frère ! Ils ont fait des freestyles pourris pendant des années, et après ils ont construit leur univers. Ou alors ils ont fait les bonnes rencontres, les bons producteurs et labels, et ça les a boostés. La vie, c’est pas un film.

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Et du coup, en sortant d’une émission aussi médiatisée, est-ce que tu as ressenti la pression de devoir absolument enchaîner avec de nouvelles chansons pour battre le fer tant qu’il est encore chaud ?  

Alors, ce qu’il faut savoir, c’est que je voulais absolument avoir terminé l’album avant la diffusion. J’avais peur que les réactions du public me fasse modifier les chansons, changer des vers tout ça… Je savais que j’allais me prendre une petite rafale dans la gueule. Donc on a commencé à sortir des morceaux, parce que oui il fallait battre le fer tant qu’il était encore chaud, mais aussi parce que mes détracteurs voulaient absolument que j’arrete. Ils voulaient que je m’éteigne, que je meure. Pour eux, c’est un film. Et ils ont décidé que j’étais morte dans le film. 

Du coup, c’était soit faire une grosse pause et leur donner raison, soit y aller à fond. C’était un peu en mode “Vas-y, tu me détestes ! Bah, je suis encore là ! Et en fait, je vais pas bouger, les gars”. Et en plus ils adorent, quand tu ripostes.

Il y a clairement de ça, mais aussi parce que tu es une femme…

En fait, j’ai l’impression qu’il y a vraiment une certaine misogynie intériorisée. Ils disent tous qu’ils se seraient comportés pareil si c’était un mec à ma place, mais ils savent bien que c’est faux. Ils sont sur mes réseaux sociaux, à pointer le moindre petit détail pour m’atteindre. Il y a quelques jours, j’ai posté un Reel sur Instagram dans lequel je porte pas de soutien-gorge, et dans lequel on distingue ma poitrine, avec des piercings. Et dans les commentaires, ils sont en boucle sur mes seins. Tous. 

Et le pire dans tout ça, c’est que le premier commentaire que j’ai vu était écrit par une fille. Là, c’est trop. Je lui ai répondu “Baisse les yeux, et tu te rendras compte que t’as les mêmes”. On en est encore là, quoi. Tu m’étonnes que vous comprenez pas ce que je raconte.

D’ailleurs, sur ton album tu dis “Ils veulent pas savoir comment j’rappe / Mais veulent voir la couleur de mon string”… Et ça m’a fait penser à une vieille interview de toi, lors de laquelle tu affirmais que tu ne te considérais pas comme une artiste engagée. Est-ce que tu maintiens ce discours ?

Ben, je commence à l’être. Non, en fait…

En fait, je pense que ton existence-même sur la scène musicale est politique.

En fait, c’est ça. C’est ce que j’allais dire. Ce que je suis, me soutenir, c’est devenu politique. Et clivant. Des gens qui m’ont soutenu dans leurs stories se sont pris des rafales pas possibles. Les gens sont malades. J’ai fait débat, les gens parlaient de moi entre eux. C’est alors que je me suis rendu compte que ça soulignait vraiment quelque chose. C’est le tout qu’ils détestent, qui les dérange. Si j’avais été une petite nana toute mignonne, mais qui disait les mêmes choses que moi… Ça aurait été différent. Forcément, t’as plus envie de détester la meuf qui parle à voix haute, qui porte pas de soutif…

Et qui assume sa féminité à fond, aussi….

Qui a autant de féminité que de masculinité en elle, en plus. Et alors ça… Pour les gens, c’est inconcevable. Comment ça, les deux en un ? Je me rends bien compte que sur certains points, on avance… mais sur d’autres, on régresse. Donc ouais, j’ai dû accepter que, que je le veuille ou non, je suis engagée. 

Mais, aussi, j’ai l’impression qu’il y a une évolution de la notion de “rap engagé”. Quand j’ai commencé le rap, il y a dix ans, le rap que je faisais là, ou le rap de 2L, il était pas cool. On nous aimait pas, c’était considéré naze, on avait trois auditeurs mensuels et puis voilà. Et depuis deux, trois ans, il y a un mouvement dans lequel on dirait que soudainement c’est bien d’être de gauche, de refaire du rap engagé, d’être féministe… Là où, avant, dès qu’on l’ouvrait un peu, ils étaient en mode « Ah vas-y frère, saoule pas trop quand même ». Aujourd’hui, on a plus la place de pouvoir être engagées, ce qui n’était pas le cas avant. 

[elle sort son téléphone]

Et en vrai, je dis ça… Mais il y a deux jours, j’ai screen un commentaire… Celui-ci, je me suis dit que c’était très chaud…

[elle montre l’écran de son téléphone et lit le commentaire]

“Rapper avec un vagin devrait être banni par la loi”. 

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Parlons un peu de l’album, du coup. Il s’intitule “Dix Mille Heures”, en référence à la théorie de Malcolm Gladwell qui dit que c’est le nombre d’heures qu’il faut consacrer à une pratique pour devenir bon. Et il y a quelques heures, tu as déclaré qu’avec chaque projet, tu mets la barre plus haut. Premièrement, combien de temps as-tu passé sur ce projet ? Quand est-ce que vous avez commencé les sessions studio ?   

En fait, il y a une première version de l’album qui n’était pas censée être un album. C’était censé être un EP, que j’ai commencé fin 2024. Il y a un huit titres qui est sorti fin 2024, qui s’appelait déjà comme ça… Et ce huit titres aurait été un excellent projet à mes yeux, il y a deux ans. Il y a eu “Nouvelle École” entre temps. Et je me suis rendue compte que le projet n’était pas complet. Il fallait que je raconte la suite de l’histoire, tout ce qu’il s’était passé depuis la fin du tournage de “Nouvelle École”. J’ai fait tout un travail sur moi pour trouver ma paix intérieure, mettre la moi du passé derrière moi, et écrire la seconde partie de mon histoire.

Quelle chanson a été du coup la plus rapide à boucler ?

J’fais pas souvent du son, mais quand je fais du son c’est très condensé. Du coup, il y a eu une première grosse session qui a donné les huit premiers titres fin 2024. J’ai écrit de nouveaux morceaux après le tournage de “Nouvelle École”. Et puis, j’ai fait un séminaire en septembre 2025. C’est là que le 12 titres est né. On a fait 17 morceaux, on en a remodelé certains, on en a jeté certains… On a tout rebossé

Les morceaux vont vite en termes de créa’, mais je crois que “Quelques milliers”, qui est l’interlude, c’est le premier morceau que j’ai écrit de l’album. Et je me souviens que je l’ai vomi, genre. Ça a été tout droit, j’ai dû l’écrire en une heure ou deux, sans vraiment savoir ce que ça donnerait.

C’est fou que ça soit le premier titre qui a été écrit pour l’album, parce qu’en l’écoutant on pourrait carrément penser qu’il a été écrit après le tournage de “Nouvelle École”…

De fou. Mais les trois quarts, je les ai écrits avant Nouvelle École. Et c’est marrant, parce qu’il y a d’autres sons sur l’album qui font vraiment écho à la diffusion. Tout a été fait avant, mais des fois on dirait que j’ai prédit ce qui allait se passer. 

Je voulais absolument avoir fini l’album avant la diffusion de « Nouvelle École » pour ne pas effectuer de modifications sous le coup de la peur.

Et du coup, au contraire, quel titre a été la plus difficile à finaliser ?

En vrai, je te jure qu’ils se sont tous écrits rapidement… Mais s’il fallait en dire un, ce serait “7 milliards”. Parce qu’il devait pas être dans l’album. J’avais écrit que le premier couplet et le refrain, on avait la production en mode drum and bass, mais je devais garder tout ça pour un featuring. Finalement, ça s’est pas fait, et j’ai pu faire le deuxième couplet. D’ailleurs, c’est vraiment le seul couplet écrit après la diffusion de “Nouvelle École”, et non après le tournage. Le contexte tout autour a fait qu’il m’a pris du temps que d’autres, mais en vrai il était aussi simple à faire que les autres.

Sur l’album, tu partages également un featuring avec une autre figure féminine forte de cette dernière saison de “Nouvelle École” : Eve La Marka. Comment s’est passée cette connexion sur le morceau “BB j’sais” ?

En vrai, je l’ai juste appelée en disant “Meuf, t’es chaude ? Tu viens sur l’album ?” Je m’étais dit que ça donnerait quelque chose de super sympa si on tentait de mixer nos univers et nos styles. Mais j’avais pas non plus envie qu’elle me dise oui parce qu’elle a pitié de moi. J’avais bien vu, après la diffusion de “Nouvelle École”, que c’était surtout elle qui était en train de péter. Et j’avais envie que, si elle acceptait, c’était car elle aimait ce que je faisais. Elle a directement accepté, elle est venue un soir lors du séminaire, on a pris une cuite monumentale, et le son est juste né d’un délire. C’est un moment qu’on a trop kiffé, et ça s’entend quand on écoute le morceau car il y a un passage que je suis plus si sûre d’assumer finalement… [rires] 

À un moment vers la fin, je me transforme en Stavo. [rires] Ils me chauffaient tous en studio, et en vrai je trouve qu’il représente plutot bien l’atmosphère en studio à ce moment-là. Et je trouve, même, qu’il y a un petit aspect empowerment. Genre, on est des filles. Tu veux qu’on kicke ? OK, tu vas être servi ! C’est un peu second degré. 

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Tu es actuellement en tournée. Dans quelques jours, tu seras sur la scène de La Boule Noire, puis tu prendras la route des festivals au printemps. À quoi faut-il s’attendre, d’un concert d’Ekloz ? 

Ça a toujours promis en termes d’énergie, tu vois, mais là c’est la première fois que j’ai la sensation de créer un vrai spectacle. Pour moi, le live vient compléter l’album. J’ai vraiment travaillé sur la narration, sur comment me mettre à nu sur scène. Je le vois ces derniers temps, j’ai vraiment retrouvé le kiff de performer. Quand je regarde les photos des concerts, je me rends compte que je n’ai jamais autant souri sur scène qu’aujourd’hui. Ça fait longtemps que je fais du son, c’est pas toujours cool, et on se retrouve un peu aspirés par l’aspect financier et la pression des labels et des télés… Et le live, ça me permet de m’apaiser et retrouver le plaisir de faire de la musique. 

Découvrez le premier album d’Ekloz – Dix Mille Heures :

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