Il y a une vie après les télé-crochets, et ADELA en est la preuve vivante. À seulement 21 ans, la chanteuse d’origine slovaque vit un véritable american dream depuis sa participation à “Dream Academy” – mais cela n’a pas toujours été le cas ! Rencontre avec une popstar d’un nouveau temps.

La première chose à laquelle on pense en voyant Adela Jergova, c’est qu’on est face à quelqu’un qui a étudié au millimètre près les popstars américaines. Cheveux colorés, taille de mannequin et look digne de la fashion week, on en oublierait presque qu’elle est européenne. Et pour couronner le tout, c’est une performeuse née. La jeune femme qui vient de sortir son premier EP annonce la couleur : elle est là pour le long terme, et personne pourra se mettre en travers de son chemin ! À un âge où la majorité des artistes sont encore en recherche de leur identité sonore et visuelle, ADELA a une vision si précise de son projet qu’on penserait qu’elle a vécu dix vies.
C’est dans les locaux d’Universal Music France que j’ai pu m’entretenir avec ADELA (stylisé en majuscules) qui, après plusieurs sorties en tant qu’artiste indépendante, a signé chez Capitol Records aux États-Unis (pays où elle vit depuis plusieurs années). Celle qui était présente dans la capitale française pour la semaine de la mode en a profité pour organiser un fan event lors duquel elle a pu rencontrer ses (déjà nombreux) fans. Mais quelques heures avant le grand soir, c’était également l’occasion d’organiser de la promotion autour de son EP : The Provocateur. Cette première proposition de sept chansons raconte le parcours d’ADELA, jeune femme d’Europe de l’Est à la découverte de l’industrie musicale et du showbiz. Une seule consigne transmise au préalable par le management : interdiction de mentionner les KATSEYE, le girlgroup qui revient malheureusement dans chaque interview qu’elle donne depuis quelques mois. Et pour cause : ADELA a bien failli l’intégrer.
Pour ceux à qui le nom d’Adela Jergova ne parle pas, vous ne devez pas être familiers avec l’univers de la K-Pop. C’est en 2023 que le public découvre la jeune femme dans l’émission “Dream Academy” – une collaboration entre le géant du divertissement sud-coréen HYBE et Geffen Records (label sous Universal Music Group). “La pire année de ma vie”, comme elle le confiera dans la presse. Un ressenti qu’elle maintient aujourd’hui : “Lorsque je regarde en arrière, je me revois malheureuse. Mais il a fallu que je passe par ça pour être l’artiste que je suis aujourd’hui et savoir ce que je veux faire”.
Ce à quoi elle fait référence, c’est son auto-proclamée “incapacité à faire partie d’un groupe”. Le survival show (télé-crochet sudcoréen à l’origine des groupes de K-Pop) ainsi que la télé réalité Netflix qui les a suivies dans toutes les étapes de la compétition a exposé ADELA à énormément de critiques, ainsi qu’à un système ultra exigeant auquel même cette artiste formée à la rigueur du ballet dès son plus jeune âge n’a pas accroché. Mais aujourd’hui, cette défaite s’avère être un “blessing in disguise” car non seulement elle vient de signer en maison de disques, mais sa musique la mène aux quatre coins du monde. Sa dernière accolade : devenir l’artiste MTV Push du mois, le programme de soutien d’artistes émergents de la chaîne américaine de légende. Pour celle dont l’esthétique est principalement basée sur les années d’or de MTV, c’est une aubaine. Le titre qu’elle interprète pour l’occasion ? Son dernier single, “SexOnTheBeat”.
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S’il y a bien un titre sur ce premier EP qui reflète le plus son interprète, c’est bien celui-ci. Au-delà de sa composition dance-pop irrésistible, “SexOnTheBeat” voit ADELA dénoncer avec sarcasme l’hypersexualisation des femmes par l’industrie musicale. Le tout illustré par un clip sexy et slutty à souhait, qui rappelle la rébellion de Christina Aguilera à l’époque de “Dirrty”. Et c’est d’ailleurs la diva américaine qui apparaît dans le clip, lors d’un tutoriel ironique sur comment devenir “pop royalty” en huit semaines seulement. “On savait qu’on voulait un caméo pour ce clip, confie ADELA, et j’étais si honorée qu’elle accepte. Elle représente tellement l’essence d’une pop girl, elle fait partie de la génération qui a défini les codes. Elle m’a clairement inspirée, involontairement. Je suis un patchwork de toutes les chanteuses que j’ai consommées étant plus jeune”.
Cette nouvelle image sexy, à des années lumière de celle que les internautes ont pu découvrir en 2022, a été largement critiquée en ligne. Mais lorsque je demande à ADELA une réponse pour tous ceux qui jugent qu’elle n’est qu’une énième marionnette hypersexualisée de la musique, elle répond simplement qu’elle “ne ressent pas le besoin de prouver quoi que ce soit”. Cette dichotomie entre l’hypersexualisation qu’elle critique et son personnage à la scène a fait couler de l’encre digitale sur les réseaux, mais ADELA s’en amuse. Et lorsque je mentionne le “ADELA Truck” devenu viral sur TikTok pour diffuser dans la rue sa publicité accompagnée de gémissements, elle répond “Cela m’amuse, c’est si débile. Je comprends les gens choqués parce qu’il y a des enfants qui se promènent dans la rue, mais au fond c’est vous qui contrôlez ces enfants. Allez autre part, c’est pas si dur. Il y a toujours eu des publicités controversées dans la rue, ne serait-ce que pour Victoria’s Secret avec leurs femmes en lingerie. Et puis, à un moment donné, il faudra bien leur expliquer comment sont faits les enfants”. Désexualiser le corps de la femme et être seule décisionnaire de son corps, c’est la mission que semble s’être donnée ADELA – et c’est ce qui la différencie des popstars d’une autre époque auxquelles elle aime tant rendre hommage.
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Dénoncer le traitement des femmes dans l’industrie en dépit de sa jeune carrière, c’est un exercice auquel ADELA adore se prêter sur son EP, et notamment sur “Superscar” – sorti fin 2024. “Dans l’industrie du divertissement, il y a ce schéma complètement normalisé où l’artiste est maltraité – alors qu’il est littéralement la raison pour laquelle tous ces gens sont là. Moi, je suis juste une fille qui veut chanter et danser, alors est-ce que tout le monde peut la fermer et me laisser faire ?” C’est ce titre qui a véritablement fait repérer ADELA, et ce n’est pas seulement dû au clip vidéo dans lequel elle s’adonne à une dance routine impressionnante. Il faut surtout s’attarder sur le texte. “J’adore créer du débat, provoquer. Cette chanson dépeint mon vécu, et à aucun moment je n’ai eu peur de la sortir. Je préfère polariser plutôt que satisfaire tout le monde et être ennuyeuse”. Celle qui a grandi dans un pays qu’elle décrit comme “super conservateur” a appris l’anglais grâce aux médias américains qu’elle consommait à la maison. Ce sont eux qui lui ont “appris l’ouverture d’esprit”. “J’étais assez précoce sur plein de sujets, et j’adorais créer des débats avec mes amis ou ma famille. J’allais explorer leurs pensées, étudier pourquoi autour de moi ça pensait ainsi alors que sur internet les mœurs étaient toutes autres”. Le monde est l’expérience sociale de la jeune ADELA, qui ne s’est pas du tout retrouvée dans ce qui était demandé d’une idol de K-Pop. Elle en est même tout l’opposé, pour notre plus grand plaisir.
À ce stade-là de sa carrière, le public était convaincu d’une chose : ADELA ne signera jamais dans une maison de disques. Début 2025 cependant, nous apprenons que c’est chez Capitol Records qu’ADELA publiera désormais ses morceaux. Une question se pose alors : comment peut-on critiquer une industrie tout en acceptant d’en faire partie ? Et lorsque je soulève l’ironie de cette signature, l’artiste répond avec sincérité : “Effectivement, ça l’est [ironique]. Si une artiste souhaite être indépendante toute sa carrière et être la seule en charge de son argent, grand bien lui fasse. Mais je ne suis pas faite pour cette vie, je veux être une pop girl. En revanche, ce que je peux faire c’est dénoncer de l’intérieur ce avec quoi je ne suis pas d’accord”. La satire, c’est l’outil d’ADELA pour avertir toute jeune femme qui, comme elle, a grandi devant Disney Channel en idéalisant le rêve américain. “Pour moi, l’humour est la meilleure façon de faire passer un message. C’est tellement plus digeste pour le consommateur d’écouter des paroles humoristiques plutôt que des paroles tristes ou “bitchy.” Le tout répondu avec une candeur désarmante, le sourire aux lèvres. “Ce n’est vraiment pas si deep que ça, en réalité. Des chirurgiens sauvent des vies tous les jours, je ne joue pas ma vie.”
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Un autre highlight parmi les sept pistes de The Provocateur, c’est évidemment “FinallyApologizing”, dans lequel – vous l’avez deviné ! – ADELA fait tout sauf s’excuser. Écrit comme une réponse à tous ses détracteurs depuis la sortie de “Popstar Academy” il y a un an, ce titre plante le décor pour la suite de sa carrière. “J’aime beaucoup être franche et authentique dans mon écriture, afin que le message passe de la meilleure des manières. Peut-être que je deviendrai plus nuancée au fil des projets, qui sait” affirme celle qui à travers ce titre dément être la “mauvaise fille” pour laquelle on veut la faire passer. Un vers en particulier a attiré mon attention, et c’est “Sorry that my friends are all still friends with me”. Les internautes supposent que ces amis dont il est question sont les filles de KATSEYE (ADELA ayant eu un différend avec une des membres durant l’émission), avec qui elle s’affiche aujourd’hui très proche. Mais lorsque je lui pose la question, j’ai droit à une réponse plus qu’énigmatique : “C’est une chanson sur des amis à moi. Certaines personnes sur Twitter pensent qu’on ne devrait pas être amis, ils recadrent nos photos ensemble pour pas qu’on me voie et c’est très drôle car… Que ça vous plaise ou non, votre fave est mon amie [elle sourit]”.
2025 a apporté son lot de nostalgie, et il semblerait bien que l’archétype de la chanteuse self made et emo révélée sur SoundCloud soit en train de périr. À leur place, une vague de starlettes de la pop ayant grandi au son de Madonna, de Lady Gaga ou encore de Beyoncé s’installe. De Zara Larsson à Tate McRae, en passant par Alessi Rose ou encore Kylie Cantrall, elles ont toutes pour point commun l’amour de la bonne pop – il y a quelque temps considérée générique – et de la performance. La popstar des y2k parfaite, à la seule différence qu’elles ne laisseront rien ni personne leur dicter que dire ou faire. Et surtout, elles ont faim de réussite ! Féministes, queer et engagées, les nouvelles chanteuses pop ont pour but de passer des messages, et c’est exactement ce qu’ADELA fait avec The Provocateur. Ne vous laissez pas leurrer par l’aspect dansant des chansons, car elles ne manquent pas de substance pour autant. Du vide laissé par le divorce de ses parents sur “Homewrecked” au bodyshaming dont elle a été victime dans “MachineGirl”, chaque titre vient apporter une pierre à l’édifice de celle qu’on voit déjà comme “The Next Big Thing”.
ADELA s’apprête à partir en tournée pour défendre cet EP, mais que ceux qui ne vivent pas en Angleterre et aux États-Unis se rassurent : elle compte bien revenir en France pour un concert digne de ce nom ! Et pour couronner le tout, elle nous confirme la sortie prochaine de son premier album, sur lequel elle espère aborder d’autant plus de thématiques. Et qui sait, peut-être même sortir sa première chanson d’amour…?
Découvrez le premier EP d’ADELA, The Provocateur :
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