AaRON en interview : “On privilégie avant tout la cohérence entre le texte et la musique, plus qu’un format”

Exclusivité aficia

En prélude à la parution de son quatrième opus prévu plus tard cette année, nous avons échangé avec AaRON au sujet de son EP Odyssée, de la scène et de la création artistique. Une interview à découvrir sur aficia !

AaRON fait incontestablement partie de ces duos créatifs et inspirants qui continuent de marquer le paysage musical français par sa plume ciselée et des compositions intemporels. Avec au compteur près de 15 années d’une carrière parsemée de titres aux sonorités electro, le tandem interprète du tube “U-Turn (Lili)” prépare activement la parution d’un quatrième disque studio précédé pour l’heure par l’EP Odyssée qui renferme quatre pistes plaisantes.

Avant d’en dévoiler davantage, Simon Buret et Olivier Coursier reviennent pour aficia sur la genèse de l’album et les chansons qui composent l’EP !

AaRON : l’interview…

Vous êtes de retour cette année avec Odyssée, un EP de quatre titres, pourquoi avoir décidé de revenir sur ce format ? Est-ce que c’est la prélude d’un album en préparation ?

Simon : Oui tout à fait, nous avons un nouvel album qui est prêt mais nous réfléchissions à chaque fois comment revenir en prenant des risques et en proposant de nouvelles choses. Odyssée est la préface de ce disque, il renferme quatre chansons cohérentes, une palette de sensations que nous aimerions véhiculer avec ce nouvel album qui arrivera bientôt.

Dans l’EP, il y a deux titres chantés en français, “Odyssée” et “Sauvages”, pourquoi cette envie ?

Simon : Chaque album est envisagé comme une première fois et la langue française, malgré qu’elle aie pu apparaître sur le premier album, était un terrain de jeu sur lequel on voulait se promener plus longuement.

Olivier : Simon étant à moitié français, il y avait une cohérence inexplorée qui nous intéressait de travailler.

Comme à l’accoutumée, on retrouve des mélodies électro assez sombres mais avec le premier single The Flame, vous misez davantage sur une production dansante. Est-ce que cela traduit le désir d’explorer une voie plus lumineuse ?

Simon : Je pense que depuis les débuts d’AaRON, il y a maintenant plus de 10 ans, nous avons toujours mélangé les émotions dans un même titre. C’est plus une envie d’être déclencheur d’une sensation qui nous intéresse, plutôt que d’écraser un sentiment, lumineux ou sombre. Chaque auditeur l’interprète comme il veut, selon sa vie, son quotidien, son cœur…  

Cette notion de lumière, qu’elle soit brûlante ou caressante, ne nous appartient pas. Quand Olivier m’a envoyé la mélodie de “The Flame”, je la trouvais tellement réussie que je ne savais pas comment poser des mots dessus. Je souhaitais d’abord la laisser instrumentale tellement la mélodie était excitante. Nous avons ensuite travaillé le morceau ensemble pour poser cette idée de texte. La version acoustique du morceau dénude le propos et ramène au cœur même de l’émotion première, où les mots sont mis en avant, puis la version single se révèle plus dansante. C’était donc important, comme pour une boucle, que les deux apparaissent sur le même EP. Ce sont deux sensations différentes, les deux points de vue d’un même mouvement.

Sauvages” dispose d’une structure plutôt singulière, assez à contre-courant de ce qui se fait, il n’y a qu’un seul couplet. Est-ce que c’est important pour vous de de proposer des chansons aux formats singuliers qui peuvent malgré tout dérouter un petit peu les radios ?

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Oliver : Je pense que c’est dangereux de rentrer dans des formats, il faut rester libre dans la création artistique, c’est une chose très essentielle pour nous. On privilégie avant tout la cohérence entre le texte et la musique, plus qu’un format.

Simon : C’est bien de proposer des chansons avec un schéma moins classique qu’est celui de l’enchaînement entre des couplets et un refrain. “Sauvages” est à mon sens un titre très lisible qui est construit avec cohérence.

Justement, à l’écoute de ce titre, j’ai l’impression que vous contez un poème, vous avez une écriture ciselée et poétique, où puisez-vous cette inspiration ?

Simon : Ce n’est jamais évident de savoir où cette inspiration est puisée. Les chansons sont forcément nourries d’expériences personnelles mais il y a quelque chose qui est intéressant, les chansons ont une signification bien précise pour nous et c’est fort de voir que d’autres personnes vont pouvoir s’approprier le texte et en comprendre autre chose en fonction de ce qu’ils vivent.

Lorsque nous travaillons et que nous parvenons à avoir un fil conducteur, une chanson en appelle une autre.

AaRON

Est-ce que vous pensez que c’est plus évident de vous exprimer en chanson que par des mots ?

Simon : Je n’ai pas spécialement de mal à m’exprimer dans la vie de tous les jours mais avec la musique, on peut déclencher des émotions.

Comment s’est déroulé le processus de création de l’EP ? Est-ce que vous composez d’abord la musique pour poser des mots ensuite ?

Olivier : Les titres de l’EP sont tirés de l’album à venir. Nous avons beaucoup travaillé à distance, dans des lieux différents qui nous inspiraient l’un et l’autre, cela nous permettait aussi d’avoir un certain recul dans la création.

Simon : Pour la réalisation de cet album, nous avons eu l’occasion de voyager, cela apporte beaucoup dans la création. Lorsque nous travaillons et que nous parvenons à avoir un fil conducteur, une chanson en appelle une autre. Le processus peut être varié, comme à chaque fois , parfois je peux réfléchir sur un texte et l’enregistrer avec la fonction mémo pour le poser sur une mélodie ou le poser en maquette sur une instrumentale qu’Olivier m’aurait envoyé, ça permet de créer parfois des ‘accidents’ heureux. Ensuite, on reprend tout ensemble en studio.

Est-ce que cette période de confinement est favorable à la création artistique ? Est-ce que cela vous inspire ?

Simon : Oui complètement, je suis confiné seul donc cela permet d’occuper l’esprit, je dors très peu aussi. Malgré le fait que nous ne puissions pas sortir, j’ai l’impression que l’esprit a déjà fait 8 fois le tour de la planète ! Ça peut paraître bizarre mais même si c’est une période très difficile, elle peut être agréable pour la création artistique et il faut s’attendre à ce que de nombreux artistes arrivent d’ici un an avec de nouveaux concepts. Cette période de confinement est aussi le moment de mettre une pause à des quotidiens où tout va très vite.

Olivier : Je ne suis pas confiné seul mais effectivement, cette période est inspirante, elle permet de se poser et de réfléchir à de nouvelles choses. J’ai un piano chez moi, composer me permet de m’évader un peu.

C’est toujours intéressant d’observer comme on peut s’approprier une situation,
aussi étrange et pesante qu’elle soit, pour y trouver de la liberté et de la poésie

AaRON

Est-ce que vous avez été sensible, touché par l’initiative d’un artiste pendant le confinement ? Je pense par exemple à Calogero qui a sorti une chanson dont les recettes sont reversées aux personnels soignants.

Simon : Je suis beaucoup les rendez-vous hebdomadaires de Karen Ann qui retrouve le public sur les réseaux sociaux pour jouer de la musique mais aussi lire des lettres des internautes. Elle a notamment mis à disposition une adresse mail à laquelle on peut envoyer des messages à adresser à un être cher. Il y a également les démarches créatives de Lou Doillon qui joue également de la musique, qui lit des poèmes ou encore dessine.

Olivier : De nombreux artistes déjouent l’idée du confinement en organisant des lives sur les réseaux sociaux, des lectures, des conversations. C’est toujours intéressant d’observer comme on peut s’approprier une situation, aussi étrange et pesante qu’elle soit, pour y trouver de la liberté et de la poésie. Je pense particulièrement à Christine and the Queens, sa force et sa liberté font du bien.

Vous allez également remonter sur scène, notamment au Zénith de Paris le 21 novembre prochain, êtes-vous en train de réfléchir à la forme que va prendre cette tournée ? Et comment peuvent s’organiser les préparatifs à distance ?

Simon : Concernant les préparatifs, c’était effectivement à l’ordre du jour avant le confinement mais nous sommes prêts ! Nous attendons les nouvelles directives du gouvernement afin d’être fixés sur les premières dates qui ont lieu en mai.

Olivier : Nous ne savons pas encore quand nous pourrons faire à nouveau des concerts mais nous affinons le choix des titres et des lumières à distance pour le moment.

Que ressent-on au moment de dévoiler des titres au public sur scène après des mois d’un travail plus introspectif en studio ?

Simon : Nous ne sommes pas habitués à entretenir une relation sur les réseaux sociaux, à poster des morceaux de nos vies donc c’est toujours un plaisir après plusieurs années de carrière de remonter sur scène et d’y retrouver le public. C’est réjouissant de se dire que l’on va pouvoir jouer de nouveaux titres et d’imaginer aussi la réaction du public lorsqu’il va les entendre sur scène ! Nous avons rodé la chorégraphie de « The Flame », il n’y a plus qu’à !

Olivier : C’est à chaque fois un moment unique, des sensations qu’on ne retrouve nul part ailleurs. Le contact avec les gens va prendre encore plus de sens sur scène suite au confinement…

C’est une tradition des interviews d’aficia, pourriez-vous nous recommander un talent émergent ou un futur talent à découvrir ?

Olivier : Pour ma part, c’est Hervé. J’apprécie beaucoup ce qu’il fait et ce qu’il dégage, il y a quelque chose de très direct.

Simon : Je suis désolé, je ne crois pas qu’il est nouveau mais j’apprécie beaucoup Malik Djoudi.