Virginie B en Interview Flash : « J’adorerais collaborer avec Yelle ! »

Quiconque tente de catégoriser la musique de Virginie B risque d’échouer ! La jeune chanteuse québécoise nous a donné rendez-vous juste avant son set au printemps de Bourges afin de parler de son rapport au hyperpop, de son nouvel album Astral 2000 ou encore de son (très riche) univers visuel. On a hâte de vous faire découvrir sa pop catchy et novatrice à travers cet entretien.

Virginie B, l’Interview Flash :

1)Hello Virginie ! C’est la troisième fois que tu te produis en France, après la Machine du Moulin Rouge ainsi que les Trois Baudets l’année dernière. Qu’est-ce qui, selon toi, différencie le public français de celui canadien ? 

C’est une très bonne question. C’est drôle car la première chose qui m’a frappée, et aussi qui a frappé tous mes amis qui se sont produits ici… C’est que les français ne parlent pas vraiment pendant le spectacle, alors qu’au Québec ça parle de la première note à la dernière. Mais ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas, c’est juste social. Mais par contre, la réception est vraiment chaleureuse depuis que j’ai commencé en France. La petite tournée que j’avais faite aussi de 4-5 dates dans le nord de la France, c’était vraiment plaisant. Tout le monde est super ouvert, puis il y a beaucoup de mélomanes dans les salles. 

2) On va parler un petit peu de ton album, Astral 2000, que l’on a beaucoup écouté à la rédaction. Comment il est né, déjà ? Et pourquoi ce titre ? 

En fait, “Madone” est la première pièce que j’ai composée pour Astral 2000. C’est elle qui a guidé le restant de la création. C’est elle qui a influencé, finalement, les autres chansons. Avec mon co-producteur et bassiste, on a tout produit ensemble. On a également joué tous les instruments que vous entendez sur l’album. Et au moment de produire “Madone”, on a fait quelque chose d’encore inédit pour nous : on enregistrait des voix pour en faire des synthétiseurs, on samplait nos propres voix. Et globalement il y a pas mal de changement par rapport à mon premier projet, plus de changements drastiques aussi dans la musique, de grosses coupures, parfois même un peu quirky (“décalé” en anglais, NDLR). On a décidé d’être moins planants, je suis même allée puiser un peu dans le R&B à certains moments.  

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C’est très drôle que tu évoques cette quirkyness, car je trouve qu’elle se ressent totalement à l’écoute de cet album. Et finalement, c’est une des caractéristiques de l’hyperpop, qui se démarque par ses airs et productions loufoques, parfois poussées à l’extrême. Est-ce que, toi, tu te retrouves dans l’étiquette de hyper pop qu’on te colle dans les médias ?  

Moi oui, moi je pense que je me retrouve dans l’hyperpop. Beaucoup plus qu’à mes débuts. Tout est parti de ma découverte de SOPHIE, en fait.  J’étais jamais partie avec, pour intention, de faire de l’hyperpop ou de l’artpop – cela s’est clairement fait tout seul. 

Tu parles de artpop. Qu’est-ce qu’il y a de artpop dans la musique de Virginie B ? 

Je pense que je ne suis pas à 100% hyperpop et que je rentre dans la catégorie artpop car je ne fais pas de la musique pour les clubs non plus, on est pas tout à fait dans des productions qu’on pourrait entendre un DJ mixer en boîte de nuit… C’est plus expérimental et plus ambiental. Ce que je fais, ce n’est pas comme BRAT de Charli xcx, puisque tout le monde aime systématiquement sortir cet exemple pour parler de l’hyperpop. Même si, pour moi, cet album ne l’est pas du tout. C’est de la pop-pop-pop-pop.

3) Qu’est-ce que Virginie B apporte de plus à la scène pop actuelle ? 

C’est difficile de dire qu’est-ce que nous on amène de plus à la scène. Je connais bien la scène québécoise, en tout cas. Je pense que mes chansons sont l’équilibre parfait entre l’expérimental et la pop. On veut tout le temps créer quelque chose de novateur et expérimental – presque désagréable à écouter, déroutant – mais une des caractéristiques de l’hyperpop c’est aussi l’aspect catchy. Le refrain, il nous accroche. Il reste en tête et nous donne envie de le fredonner. Ce mélange entre le traditionnel et l’expérimental, on n’a pas ça sur la scène québécoise. La France maîtrise l’électronique depuis très longtemps, mais chez nous on est très rock en fait. L’électronique se cherche encore, il est encore en développement. 

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4) Qui sont les artistes qui ont le plus inspiré le son de Virginie B ? 

Je la ramène tout le temps, mais Björk, ça c’est ma source d’inspiration.  Chaque fois que je suis bloquée sur un morceau, je joue un de ses albums et je commence à regarder l’environnement qui m’entoure pour chercher l’inspiration. C’est ce qui m’a donné l’idée d’aller sampler ma voix, puis de la transformer en synthétiseur, et de jouer avec comme elle le fait. Puis après ça, il y a tout son univers visuel qui est très très très connecté à sa musique, je pense que cette connexion-là, moi aussi, j’ai voulu la matérialiser. Et puis sinon, j’écoute beaucoup beaucoup de genres de musique. Des voix haut perchées comme Minnie Riperton, qui est une grosse inspiration aussi. Et pour faire le pont avec la France, je dirais Yelle – que j’adore !

Tu parles de Björk, qui était une pionnière parmi les artistes féminines car elle était impliquée dans tous les aspects de la création de sa musique. Pourquoi c’est si important pour toi d’avoir la mainmise sur tout ? Est-ce par difficulté de déléguer ? Ou peut-être car tu avais la sensation que tes précédents collaborateurs ne comprenaient pas ta vision des choses ? 

Ah non, j’adore déléguer. J’adore déléguer, puis je me suis entourée de quatre femmes. On a fondé une espèce de noyau créatif, je leur pitche toutes mes idées puis on les développe ensemble. Au niveau des visuels, j’ai travaillé avec Rosalie Bordeleau, Andy Jon et Louane Williams aussi. Les rôles s’inter changent constamment, ce n’est jamais fixe, et ensemble on a bâti l’univers visuel d’Astral 2000. J’ai toujours été fan de visuels, mais je pouvais pas le faire seule, c’est un truc qui se partage. 

5) C’est quoi le futur pour toi ? 

On va passer l’été en festivals, au Québec. Et sinon, ça fait un moment que je travaille sur de nouvelles chansons. Elles ne vont pas sortir de suite, mais je commence à les teaser lors de mes concerts pour tester si le public les aime bien. C’est comme ça que sont nées toutes les chansons sur Astral 2000, d’abord je joue les maquettes sur scène, et en fonction de la réaction du public je vois ce que je rajoute. Ce nouvel album ne sera pas dans la même vibe qu’Astral 2000, mais pas très éloigné non plus. J’aimerais bien explorer le côté électronique, j’aimerais aussi incorporer un peu de country à ma musique. Il y aura plusieurs collaborations qui vont sortir, aussi. Et j’aime beaucoup collaborer sur les projets des autres aussi, dernièrement. J’adorerais collaborer avec Yelle, avec Bonnie Banane aussi. Elle a d’ailleurs travaillé avec un ami à moi, qui s’appelle Félix Petit.

Découvrez le nouvel album de Virginie B – Astral 2000 :

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