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Victor Ray en Interview Sans Filtre : représentation noire, R&B, public français…

Comment passer à côté de Victor Ray ? Après vous avoir fait découvrir son univers à travers son concert à l’Élysée Montmartre, aficia a rencontré le chanteur anglais juste avant son concert au Printemps de Bourges. L’occasion de retracer ses débuts dans la musique mais aussi discuter de son tout dernier EP, I WILL. !

Victor Ray, l’Interview Sans Filtre :

Salut Victor ! Peux-tu commencer par te présenter à nos lecteurs ? 

Alors, je m’appelle Victor Ray. Je suis un artiste, chanteur, auteur-compositeur, producteur, interprète. Je pense que je suis vraiment un artiste pop, mais je touche un peu à la musique soul, un peu au R&B, un peu au hip-hop. 

Justement, je me demandais quelles sont tes plus grandes inspirations musicales ? 

Ed Sheeran est une grande source d’inspiration pour moi. Au début de mon adolescence, j’écoutais Ed Sheeran sans arrêt. J’adorais sa façon d’écrire, c’était tellement différent à l’époque alors qu’aujourd’hui c’est devenu la norme. Beaucoup de Usher ainsi que du R&B des années 2000. J’étais tellement obsédé par Usher, je le trouvais tellement cool et il avait une voix folle. Il y a aussi J Cole, qui est une grande source d’inspiration pour moi parce que j’adore toute sa musique. J’avais 15 ans quand ma sœur m’a passé son ancien portable, et les deux seuls albums dans sa bibliothèque étaient Born Sinner de J Cole et I am… Sasha Fierce de Beyoncé. Je les saignais sur le chemin de l’école ! 

Comment as-tu commencé la musique ? Est-ce que tu as grandi dans une famille de musiciens ? Comment ça s’est fait ? 

Personne dans ma famille n’est vraiment musicien, donc je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais j’ai toujours chanté, depuis petit. J’adorais la musique. Je pense que mes parents me faisaient écouter des chansons tout le temps quand j’étais petit. Et puis j’ai appris à jouer de la guitare quand j’avais 12 ans, quelque chose comme ça. Je crois que j’avais 6 ans au moment de mon premier concert, c’était un spectacle de Noël à l’école et j’ai adoré ça. J’étais assez timide, mais quand je montais sur scène je me sentais tellement sûr de moi. Suite à ça, j’ai commencé à écrire des chansons vers 14 ans. 

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Qu’est-ce qui te fait te sentir si confiant lorsque tu es sur scène ? 

C’est très intéressant car je n’ai pas la sensation d’être le genre d’artiste qui joue un personnage à la scène. Et pourtant, ma famille m’a toujours dit qu’on dirait une personne différente lorsque je suis sur scène. Je pense qu’il s’agit d’une facette de moi qui s’adapte à tout ce que la vie lui réserve. J’ai l’impression que lorsque je suis sur scène, j’ai comme un super pouvoir qui fait que je peux parler de tout et être moi-même. C’est dans ces moments-là que je sens la foule se connecter à moi, et que l’énergie dans la salle est incroyable. C’est bizarre, mais je me sens comme la version la meilleure version de moi-même sur scène. 

Et par conséquent, j’en déduis que tout ce que tu écris est inspiré par des faits qui te sont arrivés ? 

Malheureusement, oui. [rires] La plupart du temps.

Quand j’écoutais de la musique pop, je ne me sentais pas vraiment représenté en tant que chanteur noir.

En parlant de ça, tu viens de sortir un tout nouvel EP incroyable, qui s’appelle I WILL.. Comment est né ce projet si puissant ? 

I WILL., c’est un peu comme le dernier chapitre de cette période de ma  carrière. C’est la fin d’une ère. J’ai l’impression que chacun de mes EP revenait sur mes débuts dans la musique, et racontait un peu toutes les galères que j’ai dû surmonter pour en arriver où je suis aujourd’hui. Mon premier EP – i was – était un peu plus axé sur le songwriting, avec des chansons en guitare-voix. Le deuxième effectuait un peu la transition au R&B avec des chansons comme “Stay For A While”, et le troisième était un peu plus soul vocalement parlant. Avec quelques éléments de hip-hop, également. Avant que le meilleur n’arrive pour moi, je souhaitais graver dans la pierre mes premières épreuves afin d’en avoir un souvenir permanent. Que les gens se disent “Oh, il a commencé en chantant dans la rue et tout, et maintenant il est là !”.

Tu as mentionné le fait que ce nouvel EP – I WILL. – est différent au niveau des sonorités. Avec qui as-tu travaillé pour obtenir le résultat le plus satisfaisant possible ?

J’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec des gens extraordinaires. Le producteur de “Sticks and Stones” par exemple, c’est un ami à moi qui s’appelle Owen Cutts. Il est génial ! Il produit pour beaucoup de scènes différentes, mais je l’ai découvert pour son travail avec Stormzy. Il a sorti deux albums, que j’adore. J’ai également travaillé avec un producteur appelé Stint, qui vient de Los Angeles, sur “World At My Feet”. Sinon, sur “Still the Same”, j’ai bénéficié de l’aide de RELYT, qui cartonne au Royaume-Uni grâce à son travail pour d’autres artistes R&B britanniques comme FLO. Donc oui, j’ai l’impression d’avoir pu travailler avec des gens vraiment sympas, et qui m’ont poussé à sortir de ma zone de confort. 

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Tu parles de “World At My Feet”, et j’aimerais revenir sur une déclaration que tu as faite au sujet de cette chanson. Tu as récemment dit que ce titre représente “tout ce qu’il t’a fallu encaisser pour avoir une place à table”. Qu’est-ce qu’il t’a fallu faire, Victor Ray, pour être considéré dans cette industrie musicale ? 

Oh la la, cette chanson en particulier… On sent qu’elle raconte une histoire ! C’est le récit d’une victoire, pour moi ! Avant de percer, j’ai chanté dans la rue pendant quatre ans. Avant la viralité, avant d’être rémunéré pour chanter, je jouais à des mariages et dans des bars. Je viens de la ville de Newcastle, dans le nord de l’Angleterre, et c’est un endroit où il n’y a pas beaucoup de personnes noires. Et même, plus généralement, quand j’écoutais de la musique pop, je ne me sentais pas vraiment représenté. J’admirais Ed Sheeran car il vient de la même zone que moi, mais si tu regardes les grands artistes pop anglais des 20, 30 dernières années… il y en a très peu qui sont noirs, et qui font de la musique dite “commerciale”, genre qui jouent le jeu à l’internationale et tout.

C’était difficile de me projeter dans une carrière sans une véritable représentation, surtout quand j’étais jeune. Tout le monde mérite de se voir à travers quelqu’un, sinon cela peut carrément tuer un rêve. J’ai eu de la chance de signer un contrat en maison de disques, que les gens aiment ce que je fais après tant d’années de labeur. Il m’a fallu des années pour me convaincre moi-même que je méritais ce qu’il m’arrive, et il m’a fallu tout autant pour être pris en compte dans cette industrie. Il y a quelques années, je ne l’aurais pas cru si on m’avait dit que j’allais me produire lors d’un festival à Bourges, en France. Maintenant, je veux partir en tournée mondiale, je veux les albums numéro 1 dans les classements. Aussitôt que je crois en quelque chose, je n’ai plus d’autre choix que d’aller jusqu’au bout !

On attend d’un artiste noir qu’il fasse du hip-hop ou du R&B, mais on leur dit aussi que leur musique ne deviendra jamais mainstream car ils ne peuvent pas faire de pop.

Tu répètes souvent en interview que tu te considères comme un chanteur de pop. Pourquoi, selon toi, c’est si difficile pour un artiste noir de se faire une place dans la pop music ? 

Culturellement, cela a toujours été difficile de sortir des cases dans lesquelles on veut vous faire entrer. Je pense que beaucoup d’artistes issus de minorités, lorsqu’ils se lancent dans la musique, ressentent l’obligation de faire ce qu’on attend d’eux. On attendra d’un artiste noir qu’il fasse du hip-hop, ou du R&B. Et d’un autre côté, on dit constamment aux artistes noirs qu’en faisant du R&B, leur art n’atteindra qu’une petite communauté de personnes – ce ne sera pas mainstream. Alors que moi, j’ai toujours voulu avoir de gros hits, j’ai toujours voulu que ma voix puissante porte un message universel sur la planète. Et j’ai l’impression que TikTok nous a quelque peu redonné le pouvoir en ce qui est des genres musicaux. 

Et je ne pense pas que cela soit honteux d’être pop. Tellement d’artistes pop noirs méritaient le succès, je peux en citer tellement. Mais la réalité, c’est que la pop music évolue avec le temps. On ne peut même pas prévoir quel sera le prochain trend, parfois c’est en fonction de ce qui arrive dans le monde. Je pense notamment à cette chanson qui a complètement explosé pendant la pandémie, “If The World Was Ending” (par Julia Michaels et JP Saxe, NDLR). Enfin, tout ça pour dire que je me sens incroyablement chanceux d’être là aujourd’hui, de pouvoir être considéré à ma juste valeur en tant qu’artiste, et que ma musique soit acceptée. Et de toute façon, en grandissant, j’ai gagné en confiance et plus personne ne peut me faire ressentir que ma musique est mauvaise ou me dicter de faire quoi que ce soit. 

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Du coup, tu viens de le dire : c’est ta première fois à Bourges ! Tu as déjà eu l’occasion de te produire en France, d’ailleurs nous avions couvert ton concert à l’Élysée Montmartre de Paris en novembre dernier. J’aimerais savoir, qu’est-ce qui différencie le public anglais de celui français ? 

Tu sais quoi, le public français est tellement plus bruyant. Et c’est génial.Je ne sais pas pourquoi, mais au Royaume-Uni, tout le monde est un peu timide. Même à Londres. Ou alors ils sont juste trop cool [rires]. Mais dès que je monte sur scène en France, tout le monde crie, hurle. Tout le monde commence aussi, parfois même entre deux chansons. Et c’est le meilleur sentiment qui soit.

Qu’est-ce qui, selon toi, explique que le public français t’aime à ce point ? Tu es, d’ailleurs, actuellement en tournée française (au moment où l’entretien a été réalisé, NDLR) ?

Je n’en ai aucune idée, mais ça me rend si heureux [rires]. J’ai pris conscience de la fidélité du public français au fil des concerts, et ça me motive encore plus à revenir chez vous ! Je chanterai dans la rue s’il le faut, je l’ai déjà fait. Ça ne me dérange pas si je peux remercier tous ceux qui se déplacent pour moi et streament mes chansons. 

D’ailleurs, en parlant de ça… Est-ce qu’il y a des artistes français avec lesquels tu aimerais collaborer ? 

Oh ! 

En grandissant, j’ai gagné en confiance et plus personne ne peut me faire ressentir que ma musique est mauvaise ou me dicter de faire quoi que ce soit.

Il y en a beaucoup, c’est ça ? 

Tellement ! Franglish déjà, j’adore ! Stromae, aussi ! J’adore sa nouvelle chanson, pour la bande-son de “Arcane” : “Ma Meilleure Ennemie” [il prononce avec un accent anglais] [rires]. Sinon, j’adore le R&B français. Du R&B dans une langue aussi mélodieuse que le français, c’est excellent ! 

C’est quoi la suite, pour toi ? Est-ce qu’on peut s’attendre à un album ? 

Écoute, oui. En effet, je travaille sur un album. J’espère que j’y arriverai. C’est encore nouveau pour moi, c’est le tout premier donc c’est très compliqué. Sinon, je viens de sortir mon EP. Il y a également une mixtape que je prévois de sortir à la fin de l’été. 

Pourquoi ce choix de sortir une mixtape ? 

En gros, elle comprendra tous les EP que j’ai sortis ainsi que quelques nouveaux titres. J’ai toujours aimé les mixtapes. Je pense que c’est important d’avoir cette culture de la mixtape, surtout quand tu es un artiste de rue. Je veux être capable de distribuer mes chansons sur des CD gravés comme les anciens dans le hip-hop, c’est beaucoup plus spontané et moins réfléchi qu’un album. C’est tellement plus dynamique, et sur ce coup j’ai beaucoup été inspiré par Doechii. J’ai adoré Alligator Bites Never Heal, sa mixtape. Et j’aime aussi pouvoir sortir d’autres chansons juste avant l’album. J’ai écrit tellement de chansons juste avant cet album, donc il m’en reste quelques unes à sortir. 

Pour finir : chez aficia, nous adorons découvrir de nouvelles pépites. Peux-tu nous dire quel est ton dernier coup de cœur musical ?

Ah, j’adore Leon Thomas ! Il a cette chanson qui s’appelle “Mutt”, je l’écoute depuis des mois. Je suis tellement ravi de le voir enfin récolter les fruits de son travail depuis des années. Il est incroyable, et je n’arrive pas à écouter autre chose que son album.

Découvrez le nouvel EP de Victor Ray – I WILL. :

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