Rencontre avec Voyou, à quelques heures de monter sur la scène du Printemps de Bourges pour chanter lors de Toute Première Fois. La création éphémère, fruit de la collaboration du duo Terrenoire avec plusieurs anciens Inouïs à l’occasion des 40 ans du dispositif, lui a permis de faire son retour sur scène quelques mois seulement après avoir présenté sa propre création au Hyper Weekend Festival. Nous avons pu retracer les débuts de Voyou depuis son arrivée à Paris à la sortie de Henri Salvador est un Voyou – qui vient de sortir en album !

Voyou, l’Interview Sans Filtre :
Bonjour Voyou, comment ça va ?
Ça va ! C’est fou car on n’avait encore jamais fait d’interview ensemble alors que vous avez fait un paquet de papiers sur mon projet.
Ah oui, en effet ! Du coup, pour rattraper tout ça, je te propose de revenir au tout début. La première question que je pose aux artistes lorsque je les rencontre, c’est de se présenter à nos lecteurs.
Alors, putain, ça va être long. Je vais essayer de faire bref. Donc je m’appelle Thibaud, j’ai un projet de musique qui s’appelle Voyou dans lequel je suis auteur-compositeur, arrangeur… Je fais un peu tout sur le projet et je m’amuse beaucoup à essayer de faire la musique dont je me sens proche.
J’ai commencé la musique tout petit. Par la trompette, parce que mon père est trompettiste et qu’il jouait beaucoup chez moi. Ça m’a donné envie de m’y mettre. J’avais 3-4 ans, mon père a commencé à m’apprendre, puis j’ai fait le conservatoire durant des années. En parallèle de ça, j’ai commencé à apprendre pas mal d’autres instruments de musique à côté – genre le piano, la batterie – parce que je jouais dans l’orchestre d’harmonie de ma ville, dans le Nord-Pas-De-Calais. Puis j’ai déménagé, je suis arrivé à Nantes, j’ai arrêté la trompette, je me suis mis à la guitare et à la basse et j’ai commencé à faire mes premiers groupes de rock, j’ai joué dans des groupes pendant très longtemps jusqu’à passer mon bac et devenir musicien professionnel. Je suis parti en tournée (en tant que bassiste, NDLR) pour 3 groupes pendant une dizaine d’années, et j’alternais entre Elephanz, Rhum For Pauline et Pégase.
Puis en parallèle de ça, moi, je faisais ma musique dans mon coin. J’ai donc arrêté les groupes et me suis lancé en tant que Voyou. J’ai très vite signé avec mon label, puis il a fallu me trouver des partenaires et commencer à sortir mes disques. Tout ça nous mène jusqu’à aujourd’hui, car me voilà ici devant vous.
Je suis le profil typique de la personne la moins oppressée au monde. Et je trouve que le seul truc que je peux faire, c’est d’ouvrir mes oreilles et laisser les autres m’éduquer.
Qu’est-ce qui a fait que tu as ressenti le besoin d’arrêter de jouer pour des groupes ?
Ah, parce que j’en ai eu marre. En fait, il y a vraiment eu un point de rupture, au moment où j’ai commencé à proposer des choses. J’étais frustré car il fallait souvent faire des compromis pour les autres membres des groupes, et dans certains d’entre eux je n’avais même pas la liberté de proposer quoi que ce soit. En fait, je sentais que j’avais besoin de plus de place que ce que je prenais déjà. J’aspirais à mieux. Je l’ai ressenti comme une vraie délivrance, une émancipation de ne plus jamais avoir personne qui me dise ce que je dois faire.
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Qu’est-ce qui t’a inspiré le pseudonyme Voyou, du coup ?
Ça vient de rien en fait. [rires] Je trouvais ça beau. Je trouvais que c’était beau graphiquement à écrire, que c’était facile à retenir. J’aime bien ce que ça véhicule. Je trouve que c’est un mot qui fait un peu vieux, en fonction de comment il est pris. Quelqu’un qui te traite de voyou de manière très premier degré, c’est quelqu’un qui n’est pas déconstruit, qui est vieux, qui n’est pas woke. Mais à l’inverse, quelqu’un qui te le dit avec un peu de tendresse et un peu d’affection, c’est souvent quelqu’un qui est plutôt de gauche. Je sais pas comment exprimer ça autrement mais c’est un mot qui regroupe très bien ce que j’aime et ce que je n’aime pas, en fait.
Et du coup est-ce qu’il est woke, Voyou ?
En effet, il est très de gauche. Alors je sais, en fait woke ça veut juste dire bienveillant, finalement. Mais disons que je suis en perpétuelle déconstruction, parce que je pense pas que ça s’arrête un jour. J’essaie en tout cas de rester connecté à ce que les gens disent, surtout les gens qui ne sont pas comme moi tu vois. Ceux qui vivent des choses que je vivrais jamais. Je pense que je suis le profil typique de la personne la moins oppressée au monde. Je suis un homme blanc, cisgenre, hérosexuel. Et je trouve que le seul truc que je peux faire, eh bien c’est d’ouvrir mes oreilles et laisser les autres m’éduquer en fait.
Et la musique de Voyou est-elle un vecteur des valeurs de son interprète ? Ou au contraire est-elle totalement apolitisée ?
Elle n’est pas du tout apolitisée, j’ai écrit sur beaucoup de choses mais plutôt en sous-texte. Je pars du principe qu’on ne fait pas changer les cons en leur disant qu’ils sont cons. Quand j’écris sur des sujets politiques comme le capitalisme ou l’environnement, j’essaye de mettre ça en deuxième niveau de lecture. Par exemple, pour parler d’une forêt qui brûle… Et bien, je préfère montrer une forêt qui est en pleine santé et dire que c’est cool plutôt que de parler de la forêt qui brûle et dire “regardez ça brûle et c’est de votre faute”. Et d’ailleurs, du fait d’avoir cette position de de personne privilégiée dans la société, je trouve que ça donne aussi une certaine forme de responsabilité, de ne pas être dans une position de colère, d’opposition.
Je comprends les gens qui sont oppressés, ils ont le droit d’être en colère, ils ont le droit de l’exprimer de manière violente, mais je trouve que c’est important aussi d’être capable d’éduquer de façon passive lorsque tu n’es pas dans une posture d’oppressé. Je trouve que ma vie personnelle est encore plus engagée que ma vie artistique, mais par contre, je dilue beaucoup de choses de ça dedans, mais tout ça en ayant…
Et au-delà du texte, comment tu définirais ton style musical ?
Alors déjà, je pense que je suis peut-être le moins bien placé pour en parler. Et je dirais que je fais des chansons en français, qui sont teintées de plein d’influences d’un peu partout dans le monde, d’un peu toutes les époques et des disques que j’aime, quoi. C’est assez varié les disques que j’aime. C’est autant des disques d’Amérique du Sud que des disques du Moyen-Orient, que des disques de l’Ouest, que des disques de musique électronique de certaines années dans certaines régions d’Angleterre ou dans certaines régions désertées des États-Unis. Il y a plein de choses très différentes, mais moi j’ai du mal à me définir. C’est peut-être pas toujours très moderne.
Qui sont les trois artistes qui ont le plus influencé Voyou ?
Trois c’est impossible, vraiment c’est impossible. [rires] Je passe ma vie à écouter des disques et des trucs qui ont rien à voir les uns avec les autres. Je pourrais te dire, à la limite, mes 3 plus grosses inspirations de la semaine. Ça change souvent parce que j’ai des phases, puis c’est plus des albums que des artistes. J’ai beaucoup de mal avec le… Enfin, j’ai jamais été fan d’un artiste en particulier. J’ai été très fan de disques, de certains artistes, de courants musicaux, mais j’ai jamais été fan d’artistes vraiment.
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À aficia, on t’a véritablement découvert avec “Les bruits de la ville”, le featuring avec Yelle présent sur ton premier album en 2019. Comment est né ce titre qui t’a révélé au grand public ?
C’est un titre né d’un moment assez particulier : mon installation à Paris. Et suite à cette installation, je commence à rencontrer toute une scène à Paris. Du fait de signer avec Enterprise, je rencontre Bagarre, je rencontre Fishbach, Grand Blanc… Qui sont des artistes que j’écoutais chez moi, et là je les rencontre en vrai. Et je me fais aussi contacter, sorti de nulle part, par Yelle et GrandMarnier. Ils m’écrivent et me disent qu’ils ont envie de qu’on travaille ensemble, qu’on me fasse de la musique ensemble. Sans préciser quoi. Puis je me retrouve chez eux en Bretagne, à y passer quatre jours. À ce moment-là, je viens de sortir mon premier EP et je commence plus ou moins l’album. Je passe trois, quatre jours chez eux en Bretagne à bosser sur des morceaux pour ce qui deviendra L’ère du Verseau, qui est un album de Yelle incroyable. Et je suis extrêmement fier d’avoir bossé sur ce disque, vraiment.
Après ça, je pars m’isoler dans une petite maison du pays basque pour écrire de la musique. Et j’ai cette chanson qui sort, et c’était “Les bruits de la ville”. Tout à coup, j’ai le texte, la musique, tout sort d’un coup. Mais je me rends compte que c’est vachement influencé dans la manière de chanter, du fait d’avoir passé trois jours avec Julie et GrandMarnier. J’ai vécu avec leur manière de faire des syllabes, leur manière de faire sauter les mots, je m’étais imprégné de tout ça. Et en plus, il y a un truc chez Yelle qui est, je pense, pas du tout assez reconnu… C’est la manière qu’elle a de chanter avec une simplicité débordante d’émotion. C’est une grande chanteuse, qui a écrit de grandes chansons, qui est toujours moderne et qui le sera toujours selon moi. Je pense que lorsqu’elle aura 80 ans, elle défoncera en modernité des artistes de 25 ans. Et pour reprendre l’histoire, je leur ai envoyé la chanson. C’est moi qui ai écrit tout le texte, et c’est une chanson qui parle de moi. Je viens pas de Paris, et je suis arrivé dans cette ville où tout est bruyant, et en même temps j’étais fasciné. C’est d’ailleurs le sujet de mon tout premier album, le fait d’arriver en ville et d’être complètement happé par ce tourbillon. Puis sur album d’après, Les Royaumes Minuscules, ça parle à l’inverse de souffler, de prendre un pas de recul sur cette ville et d’aller se reconnecter avec le vivant, avec la nature, avec plein d’autres choses quoi.
Ma musique n’est pas du tout apolitisée, j’ai écrit sur beaucoup de choses mais plutôt en sous-texte. Je pars du principe qu’on ne fait pas changer les cons en leur disant qu’ils sont cons.
Est-ce que tu étais arrivé à un stade où tu ressentais le besoin de t’exiler de Paris ?
J’avais ressenti le besoin d’en parler pour me forcer à le faire. Je me suis dit qu’il faut que je passe du temps à écrire sur la nature pour passer du temps dans la nature quoi. Parce que sinon je vais rester en ville. J’ai un rapport à la ville qui est assez destructeur. Je fais beaucoup la fête, je sors beaucoup, j’adore voir du monde. Et du coup forcément, il y a un moment où ça devient presque d’utilité mentale de m’échapper, de sortir, d’aller voir autre chose. Et puis aussi parce que j’ai trop le nez dedans pour en parler. J’avais pas envie de faire un deuxième album dur, je voulais faire un disque qui appelle à de la joie, qui appelle à du soleil, à de la légèreté, à de la sensibilité. Et ce que je vis en ville, c’est bruyant, c’est dark…
Comment ils sont en studio, Yelle et GrandMarnier ?
Ils sont très précis. Même quand ils ne savent pas ce qu’ils veulent, ils savent ce qu’ils veulent. Ils sont hyper pros, hyper créatifs aussi. Et ils ont une faculté à simplifier tout et à le rendre audible pour tout le monde. Parfois il y a des mélodies qui sortent, tu les fais chanter par n’importe qui d’autre, ça a l’air niais. Et quand c’est elle qui le chante avec sa magie, ça devient un truc hyper beau. Et puis je crois qu’avec leur dernier album, ils ont quand même prouvé qu’ils sont capables de faire des choses qui sont extrêmement profondes et touchantes aussi. Que ce n’est pas juste de la pop efficace, mais aussi de grandes chansons. J’ai trouvé ça génial que le premier single de leur album soit “Je t’aime encore”. Cette chanson, elle m’a marqué. On me l’a envoyée quand l’album venait d’être fini, et j’ai passé un été entier à l’écouter.
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Récemment, nous avons eu en interview dans notre podcast Ronnie. Elle m’a parlé un peu de votre rencontre, puis de votre collaboration qui est née au Mexique, lors d’un séminaire.
Oui, on a fait un séminaire d’écriture avec des artistes mexicains au Mexique, à Mexico. Je ne la connaissais pas du tout, c’est une des jeunes pousses d’Entreprise, et qui vient, je trouve, reconnecter avec une branche d’Entreprise qui est la branche sur laquelle moi je suis arrivé. C’était très axé sur de la pop en français, avant qu’ils commencent à développer de plus en plus la musique urbaine. J’ai toujours une sorte de nostalgie des débuts d’Entreprise forcément, il y avait un truc assez magique. On s’est hyper bien entendus, et puis je pense que c’est une future grande artiste.
Vous avez donc composé ensemble “Le Parfum”, extrait de son dernier EP intitulé La Romance. Qu’est-ce que tu aimes dans cet exercice d’écrire pour d’autres ?
J’aime bien m’oublier, être à côté de ce que moi je fais. J’essaie de rester cohérent avec ce que je vis, avec ce que je défends, mais j’ai besoin de faire des choses différentes. Par exemple, actuellement je fais de la musique de film. C’est encore une autre manière de faire de la musique pour les autres. J’ai également composé pour des comédies musicales. Écrire des paroles, faire des arrangements, ça me nourrit pour moi, ça nourrit mon projet personnel. Et puis surtout, tu te connectes à la sensibilité d’autres artistes, t’apprends vachement en regardant comment les gens se dépatouillent avec les mots, avec les mélodies, avec tout ça, avec leurs problèmes aussi… Et je trouve que ça te fait prendre un pas de recul sur ta propre création, et ça t’apprend beaucoup, avec pas mal d’humilité. Je prête ma plume à la voix de quelqu’un d’autre, j’écris des choses en me disant que ça doit être cohérent avec les mots que cette personne utiliserait habituellement… J’ai notamment écrit “Vue d’en face” avec Yelle, et jamais j’aurais dit les mots de cette manière là dans une chanson à moi. L’idée, c’est de faire en sorte que ça sonne bien dans sa bouche pendant que tu t’oublies complètement, t’as plus d’égo.
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En janvier dernier, on a pu assister à ta nouvelle création éphémère pour le Hyper Weekend Festival, dans les locaux de Radio France. Cela s’appelle “Henri Salvador est un voyou”, et comme son nom l’indique il s’agit d’un hommage au chanteur franco-guyanais. Pourquoi ce choix de dédier un spectacle, puis un album à cet artiste ? Était-ce une grosse influence pour toi ?
Je dirais pas que c’est une grosse influence, mais ça fait partie des artistes qui ont beaucoup tourné à la maison quand j’étais petit. Je l’ai redécouvert par la suite, en grandissant, et je trouve sa carrière inspirante car il a commencé dans les années 40 et a fini en 2006. Il est passé par dix milles styles, il a inventé des styles… Moi, je suis un gros fan de musique brésilienne et là-bas c’est un demi-dieu. Il est cité comme un des cofondateurs de la bossa nova, qui est quand même le style de musique le plus gros dans le monde, encore aujourd’hui.
En fait, tout est parti d’une idée que j’avais eue et que j’ai partagée à Didier Varrod, le programmateur du festival. Il a adoré l’idée, puis il m’a rappelé le moment venu pour me dire “Allez viens, on le fait !”. Et je sais pas vraiment pourquoi… C’était à un moment où j’écoutais pas mal un disque que Born Bad Records a sorti, qui s’appelle Homme Studio… C’est une sorte de compil’ de la musique que Salvador a fait dans un home studio dans les années 70, d’ailleurs c’était le premier home studio de France. Il faisait de la musique tout seul chez lui et ça ressemble un peu à la manière que j’ai de faire de la musique, de manière assez indépendante, tout seul chez moi dans ma cave.
Après avoir fait la création hommage à Françoise Hardy, j’ai dit à Didier que j’aimerais bien faire Henri Salvador. C’était quand même un gros travail parce que l’idée c’était d’écrire pour 12 musiciens et musiciennes donc avec 3 cuivres, 3 guitares, des batteries, des basses, des percussions, un piano… Et du coup, vu que j’enregistrais tout pour pouvoir faire les partitions afin de les envoyer aux musiciens pour qu’ils les jouent… Je me suis dit que ce serait bête d’enregistrer ça et de pas en faire un album. Et finalement, toute la création s’est faite en moins d’un mois. Donc c’était vraiment une espèce de sprint gigantesque où je devais faire les morceaux, les enregistrer, les donner au gars qui faisait les partitions, qui a même fait certaines orchestrations parce que moi je n’avais pas le temps de les faire. C’est un peu un pas de côté par rapport à ce que je fais d’habitude mais je ne sais pas, je suis très heureux d’avoir sorti ça et que ce soit écoutable pour nous.
On vit une période que je trouve dure pour la musique. Pas très portée sur la musique justement. Très axée sur le business, très axée sur le marketing, sur l’argent. En fait, l’industrie musicale est très à l’image du monde en général.
Est-ce que tu as eu des retours de sa famille, de son entourage ?
Ah ben oui, sa femme… Sa femme, j’ai beaucoup parlé avec elle. On s’est eus au téléphone pendant la création, elle est venue la voir même, et là on va se revoir bientôt. Je l’ai adorée, on s’est hyper bien entendu. C’est Didier Varrod qui m’a mis en lien avec plein de gens, pour que j’ai une vision un peu de… Pas juste la musique, mais aussi une vision de l’artiste, de sa vie, de tout ça. J’ai découvert des choses incroyables sur lui ! En fait, ce gars-là c’était pas tant une star en France par rapport à la star que c’était aux Etats-Unis et au Brésil… Mais vraiment, c’était le meilleur pote de Quincy Jones, de Paul McCartney, de grands maîtres pour moi de la musique. Et en fait, pour eux Salvador était un maître absolu de la musique, et je comprends : il a fait 3000 chansons à peu près ! Je ne les ai pas toutes écoutées, mais j’en ai écouté un paquet pour sélectionner celles que je voulais parce que je voulais pas prendre les plus connues. Et j’ai découvert des trucs incroyables, et très denses musicalement.
Justement, je me demandais quel titre de Salvador te parle le plus sur le plan personnel ?
Il y en a plein, de manière très différente. En fonction des jours, en fonction de l’heure qu’il est, en fonction de mon état psychologique aussi… Mais les chansons qui me parlent le plus, c’est dur… J’ai adoré “Amour perdu”. Cette chanson, elle est inconnue au bataillon ! “Gardez vos joies, gardez vos peines, qui sait quand les bateaux reviennent, amour perdu ne revient jamais plus”. Tout est sublime dans cette chanson. “Les voleurs d’eau” m’a vachement touché aussi. Ah, et “Betta Gamma l’ordinateur”, qui aurait très bien pu être composée aujourd’hui mais ça date des années 60. Et c’est une chanson qui invente Google Maps, Deliveroo ou encore Tinder. C’est très drôle. Et très actuel.
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Et en parlant de chansons plus anciennes qui trouvent encore du sens à l’époque actuelle, comment ne pas parler de “Pauvre Jésus Christ”…
Ah “Pauvre Jésus Christ” oui ! Sur l’industrie musicale, ça a beaucoup de sens. Sur ce qu’on fait des gens, ce qu’on fait des carrières, des gens aussi. C’est une période particulière pour la musique. Je n’en parlerai pas trop parce que je n’ai pas envie de me mettre dans la sauce… Mais c’est une période que je trouve dure pour la musique. Pas très portée sur la musique justement. Très axée sur le business, très axée sur le marketing, sur l’argent. En fait, l’industrie musicale est très à l’image de… du monde en général.
Mais est-ce que ça n’a pas toujours été le cas finalement ? On parle tout de même d’une industrie, à vrai dire.
Ça a toujours été le cas, mais là je trouve que… En fait, disons que les systèmes d’écoute et tout ça rendent ça encore plus frappant je trouve. Et puis je sais pas, c’est peut-être le fait aussi d’être artiste et de côtoyer les gens des labels et de voir comment l’industrie se passe, puis de voir comment les artistes se comportent. Parfois, tu vois, ce qui est la norme maintenant, les écarts de cachets entre la tête d’affiche et la deuxième ligne d’un festival par exemple, ça n’a aucun sens d’être payé quasiment un million pour aller faire un show. Alors qu’en plus, c’est parfois les shows les plus pourris que tu vas voir du festival. Et d’avoir la ligne d’en dessous, qui sont quand même des gens qui vendent des albums, qui sont des gens qui sont écoutés par les gens, qui sont des gens qui font vendre des tickets aussi, qui sont payés 2 000 fois moins, tu vois. Tu passes de 700 000 à genre 7 000 euros.
C’est bien beau de dire que l’industrie musicale craint. Mais si tu ne proposes aucun système alternatif, tu es tout aussi merdique. Je pense que ça vaut le coup aussi de réfléchir à comment on pourrait rendre cela meilleur aussi.
Corrige-moi si je me trompe, mais j’en comprends que tu insinues que les plateformes de streaming ont désacralisé la musique ?
Le streaming, j’en parlerai même pas, mais je crois que… Non, non, c’est même pas ça, je pense qu’il y a plein de trucs. Les réseaux, TikTok a foutu le bordel. Les plateformes de streaming aussi peut-être. Mais de tout temps, il y a eu des trucs qui foutaient le bordel. Là, je trouve que ça devient compliqué. En fait, il commence à y avoir un cahier des charges qui dépend des réseaux et ça me rend dingue. Ça n’existe plus, des chansons qui durent 5 minutes, par exemple. C’est complètement débile. On accepte de faire des chansons qui ne font jamais plus de 3 minutes 30, parce que sinon voilà. Ça me fait chier aussi qu’il y ait de moins en moins de musiciens sur scène. Que maintenant, quand il y a de la thune, c’est des écrans partout, tu vois. Enfin je ne sais pas, après c’est peut-être moi qui suis un gros boomer.Pour résumer ça, je vais citer un pote à moi qui a dit un jour : “Avant, quand j’étais DJ, les gens venaient m’écouter pour découvrir de la musique. Ils venaient danser pour découvrir de la musique et maintenant les gens viennent pour écouter la musique qu’ils connaissent déjà”. Et c’est partout pareil, je trouve. Il y a plus personne qui se déplace dans les salles de concert pour découvrir des groupes.
Est-ce que tu penses qu’un jour tu vas arriver au stade où tu vas te consacrer entièrement à l’écriture, à la production, à travailler dans l’ombre…?
Non, j’adore chanter. J’ai envie de continuer, et puis surtout j’ai pas envie de répondre au modèle qui est imposé. Au contraire j’ai même envie d’essayer de voir si avec d’autres copains à moi, qui sont révoltés par ce système, on trouverait pas des modèles qui font un pas de côté. Parce qu’en fait, c’est bien beau de dire que c’est de la merde. Mais si tu proposes aucun système alternatif, tu es tout aussi merdique. Donc à un moment donné, je pense que ça vaut le coup aussi de réfléchir à comment on pourrait rendre cela attrayant aussi. Tu vois ? Réfléchir à comment faire pour faire revenir aux concerts de groupes qu’ils ne connaissent pas ?
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Quelle est la suite, pour Voyou ?
Alors là, je suis en train de finir un disque instrumental. Le volume 2 de Chroniques Terrestres. Et puis après, j’ai des musiques de films à finir. Et puis j’écris pour un prochain album.
Sur quoi écris-tu ?
[rires] Sur quoi j’écris ? Ah, mais tu verras ! Pour l’instant, je fais de la musique parce que je fais des musiques instrumentales, tout ça. C’est bien parce que ça se passe de mots et je peux faire un peu ce que je veux et ça me donne beaucoup de choses à réfléchir. J’ai beaucoup de choses en tête, beaucoup de phrases, beaucoup d’envies, de choses. Je sais pas encore de quoi ça va parler exactement, mais ça viendra. C’est souvent la musique qui me souffle de quoi je parle, et pas l’inverse. J’écris pas des textes que je mets en musique, j’écris des musiques que je mets en texte.
À aficia, on adore découvrir de nouveaux artistes et de nouvelles chansons. Quel est ton dernier coup de cœur musical ?
Il y a plein de trucs. Je pense que le disque que j’ai plus écouté cette année, c’était My Method Actor de Nilüfer Yanya. Ce disque est incroyable, et moi j’ai grandi à l’époque du néo métal sur MTV. Je sais pas si tu vois à la télé les clips. C’était que des trucs, genre Linkin Park, Marilyn Manson, même si j’ai pas vraiment envie de parler de lui… Et puis beaucoup de rock progressif, des trucs comme ça. Et en parlant de ça, j’écoute beaucoup de R&B, du récent, notamment le R&B anglais et tout. Autant les Cleo Sol que les Erika de Casier, même les Solange et tout chez les Américains. Et là cette meuf, elle vient se placer pile entre ces deux-là, je sais pas comment dire. C’est à la fois du R&B, avec des riffs de guitare, t’as l’impression que c’est du White Pony, c’est un classique absolu du métal un peu chelou, c’était un énorme carton à l’époque. Je suis de 89 donc c’est vraiment vieux, mais c’est encore une énorme référence. Vraiment je recommande, c’est super beau.
Découvrez le dernier album de Voyou – Henri Salvador est un Voyou :
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