Lubiana - © Melie Hirtz
Lubiana - © Melie Hirtz

Lubiana en interview : “Mon rêve à travers la musique, c’est de pouvoir faire un pont entre les cultures”

Exclusivité aficia

Après 10 années de quête, de persévérance mais surtout de travail, le jour tant espérer pour Lubiana est enfin arrivé : la sortie de Beloved, son premier album, le 10 septembre dernier. L’occasion pour aficia d’échanger avec l’artiste à ce sujet…

Au printemps dernier, nous avions eu l’occasion de rencontrer Lubiana lors d’une interview pour la sortie de “Mamy Nianga”, un nouveau single confirmant l’arrivée proche d’un album… Quelques mois plus tard, Beloved, un disque qui sonne comme une réelle invitation au voyage, est enfin disponible dans les bac.

Composé de 13 titres dont “Take Me to Zion”, “Self Love” ou encore “Feeling Low”, cet opus véhicule un véritable message d’espoir. Et cet espoir, Lubiana l’a toujours précieusement conservé, et ce pendant plus de 10 années où doutes et obstacles sont venus s’immiscer sur son chemin.

Mais malgré tout, la persévérance et le travail de l’artiste ont été plus forts. Désormais, la jeune belgo-camerounaise vit son rêve avec la sortie de ce premier disque. L’occasion pour aficia de s’entretenir une nouvelle fois avec Lubiana qui évoque plus en détail ce premier album Beloved… Découvrez sans plus attendre son interview !

Lubiana : l’interview…

Ce vendredi 10 septembre, tu as dévoilé à tous Beloved, ton premier album. À minuit, lorsqu’il est officiellement disponible, quel est le premier sentiment qui surgit ?

Le jeudi soir, juste avant la sortie, je faisais une pré-release. Je jouais à un évènement We Are qui s’est super bien passé. C’était assez magique, j’étais avec tout mon label, mon équipe, mon management , avec toutes les personnes qui ont travaillé et m’accompagnent sur ce projet, du coup on a fêté ça tous ensemble. En fait, j’étais à la fois dans l’euphorie du concert et à la fois je ne réalisais pas trop que l’album était sorti. J’étais très émue, pleine de reconnaissance car c’est beaucoup de gens qui m’accompagnent, croient en ce projet, en ma vision. C’était très beau de fêter ça avec quasiment chacun d’entre eux.

D’ailleurs, dans la vie d’un artiste, le premier album est toujours un moment marquant. Avec qui as-tu partagé la première écoute de Beloved ?

Avec Arnaud, mon manager. Il était avec moi pendant toute la création, il écoutait régulièrement les titres (au delà de Samuel Rabet et Ziggy et Romain qui ont fait la prod évidemment). C’était très chouette parce que Arnaud et moi, on travaille ensemble depuis 10 ans et ça a été les montagnes russes, ça a mis longtemps avant que je puisse commencer à avoir de la visibilité et vivre de mon métier. Mais pendant ces 10 années, il m’a suivi et accompagné dans tous mes projets et envies. On travaillait ensemble avant même que je joue de la kora ou que je compose vraiment mes chansons. C’était très beau de faire ça avec lui et tous les jours, je lui dis “tu te rends compte de tout ce qu’il se passe, de tout ce que l’on a fait ?”. On a démarré dans une cave à 3 avec Samuel qui a produit une partie de l’album, c’est fou !

C’est un album que je voulais le plus honnête et authentique possible.

Lubiana

En parlant de ces 10 années à imaginer et préparer l’album, à quel moment tu as su qu’il était prêt ? Qu’il était celui imaginé ?

Je t’avoue que chaque année je me dis que je suis prête. C’est simplement que ce n’était pas le bon moment. Je me souviens il y a 4 ans, je disais que j’étais prête, que j’en avais marre et que je voulais sortir ma musique. Mais je suis très contente finalement d’avoir eu ces 10 années pour me trouver, peaufiner mon art et aussi pour connaitre mon son, ma voix, savoir ce que j’avais envie de partager.

Au final, ces 10 années ont vraiment été salvatrices pour moi. Si j’avais sorti mon album plus tôt, je pense qu’il n’aurait pas été aussi abouti et précis. Je suis très fière de ce premier album. Puis ce qui est beau aussi avec la musique, c’est qu’elle ne cesse d’évoluer et de grandir. Moi aussi je grandis, au plus je joue, au plus je me découvre. Et toutes les choses que je n’ai pas raconté dans ce premier opus, je pourrais les raconter dans la réédition ou dans la suite. Mais globalement, c’est vraiment une œuvre qui représente assez fort qui je suis et qui était tout à fait comme je l’avais imaginée.

Une œuvre qui te représente, composée de 13 pistes très solaires et positives, le tout, ou presque, en anglais. C’est aussi un choix qui te représente ?

Comme je le dis souvent, ce n’est pas vraiment des choix mais plus des évidences. J’ai étudié en anglais donc c’est la langue qui me vient directement. Quand je compose, il n’y a pas le mental, j’essaie de laisser seulement l’énergie me traverser. C’est pour ça que je n’avais pas envie de couper ce flux d’énergies pour me dire “non, il faut que je chante dans une autre langue”. Il y a aussi des touches de Bangwa qui est la langue de ma tribu au Cameroun. C’est un album que je voulais le plus honnête et authentique possible.

Je vois vraiment mon album comme un voyage à travers les terres, les couleurs, les continents.

Lubiana

Pour ce qui est des sonorités, on retrouve évidemment ta fidèle alliée la kora mais aussi des touches plus pop. Comment es-tu parvenue à doser si justement ces productions ?

Je pense déjà que c’est venu de par ce que j’écoute. Je suis quelqu’un qui écoute tous les styles de musique, à part le métal, je dois avouer ne pas être une grande fan (rire). Mais j’aime énormément la pop, j’ai grandi en Europe en écoutant la radio alors c’est aussi une musique qui a bercé mon enfance. J’avais ce souhait d’une musique fédératrice, à l’image de mon métissage, de ce que j’écoute, qui représentait à la fois des influences pop, soul, jazz, musiques traditionnelles… Je ne voulais pas me brider, je souhaitais vraiment créer mon son, faire danser les gens en concert, festival. Ce besoin de danse, ce rapport à la terre, c’est très présent en Afrique. Mais en même temps, il y a des sons plus mélodiques, qui amènent plus à la réflexion, à la profondeur et ça, c’est aussi très présent en Europe, on axe beaucoup plus les chansons sur les mélodies.

Je vois vraiment mon album comme un voyage à travers les terres, les couleurs, les continents. C’est pour ça qu’il y a plein d’influences qui se marient, toujours avec un désir d’authenticité.

C’est donc un mélange de productions plus acoustiques, contrastées à des sonorités plus intenses que tu offres à travers cet album. Et sur scène, comment t’imagines-tu ? Seule avec ta kora ou plutôt avec des musiciens ?

Il y a un réel mélange dans les sonorités comme tu le dis donc je ne suis pas seule sur scène. J’invite les gens à venir me voir en live parce que c’est vraiment un conte, une épopée, un désir d’évasion. Je ne vois pas le live comme un concert, mais plutôt comme un conte. Je parle, je raconte, je fais des transitions, des fils conducteurs. Les joueurs de kora appellent ça des conteurs d’histoires, alors je me vois comme une conteuse d’histoires. J’ai toujours été passionnée par les contes, la mythologie, la magie, c’est très présent dans ma musique, mais ça représente aussi qui je suis puisque je descends d’une lignée de magicien. Alors le live, c’est le moment où cette magie prend vie avec tout le monde, c’est un voyage.

Au final, c’est une vraie expérience qui mêlent plusieurs arts…

Oui, j’aime en tout cas voir ça comme une sorte de 360. Quand je vais voir un concert, c’est ça que j’apprécie, de vivre une expérience comme tu le dis. Je voulais créer quelque chose d’unique alors là, on avance sur la tournée de 2022 avec une première date au Café de la danse, le 9 février. J’invite les gens à venir vivre ce moment en live avec moi !

Très souvent je pense à mes ancêtres qui ont eu des vies beaucoup plus difficiles et même tout simplement au monde, aux gens qui n’ont pas la chance de vivre ça.

Lubiana

Tu puises aussi ton inspiration dans les voyages. Quelques jours après notre interview en mai dernier, tu t’envolais pour le Sénégal. Tu me disais d’ailleurs ne rien attendre de ce voyage. Au final, qu’est-ce qu’il t’a apporté ?

Ça a été un voyage incroyable et je suis contente qu’on se soit vues juste avant mon départ parce que justement, comme on en a parlé, en attendant rien, j’ai été énormément touchée et inspirée par ce voyage. Au-delà de ma retraite avec la kora, et au-delà du fait que j’ai énormément progressé, je me suis rendu compte que j’avais atteint un niveau de jeu, que je pouvais aller plus loin. Aujourd’hui, j’ai vraiment compris mon instrument, et maintenant, je peux improviser, jouer, être de plus en plus libre. Alors musicalement, ça a été incroyable.

Mais ce qui m’a le plus touché au Sénégal, c’est de me rapprocher d’une culture qui était si différente de la mienne. Au Sénégal, 80% de la population est de confession musulmane. Et pendant mes pratiques avec Ablaye Cissoko, il y avait l’appel de la prière, 5 fois par jour. Alors il sortait faire sa prière ou alors on devait faire une minute de silence. J’ai trouvé ça fascinant de passer autant de temps avec des personnes qui avaient des cultures totalement différentes de la mienne, de voir la beauté de leur foi. Aussi, je suis allée dans une abbaye à Keur Moussa, j’étais avec des moines, des sœurs qui vivent là et qui font tous les chants avec la kora. Il y a un moment où j’entendais un son, et lorsque j’ai demandé au moine de quoi il s’agissait, il m’a dit que c’était l’appel de la mosquée. Il m’a aussi raconté qu’au Sénégal, on célèbre toutes les fêtes : les musulmans fêtent Noël avec eux, les chrétiens vont célébrer les fêtes musulmanes…

Je trouve ça magnifique de voir à quel point les religions cohabitent ensemble dans une telle harmonie et un tel respect. Quand on va vers l’autre, on se rend compte que l’on est tous des êtres humains, tous pareils. Ce voyage m’a beaucoup apporté sur ce point aussi.

D’ailleurs, de ce voyage tu as ramené les images qui composent le clip de Diarabi”. C’était une volonté de ta part de partager une trace visuelle de ce voyage ?

Oui, c’était complètement prévu avant de partir, c’est d’ailleurs Arnaud mon manager qui est venu avec moi au Sénégal une semaine et après j’ai fini un peu plus de 10 jours seule pour voyager. “Diarabi” veut dire “be loved”, “bien aimé”, le titre de mon album. C’était important pour moi de rendre hommage à cette si belle culture. La kora, c’est l’instrument de l’Afrique de l’ouest donc je trouvais ça beau de capter ces images à Saint Louis et à nouveau, mon rêve à travers la musique, c’est de pouvoir faire un pont entre les cultures.

Enfin, on dit souvent que tout commence par un rêve, tu en es d’ailleurs la preuve avec cette histoire qui te lie à la kora. Alors avec cet album, est-ce que tu as la sensation d’en avoir accompli un ?

Oui ! Enfin plutôt, je vis mon rêve, ce n’est même pas l’accomplir, c’est le vivre. Tout ce que je fais, tous les jours, c’est mon rêve. Cet album n’est pas une conclusion, c’est un début. Comme je te le dis, il y a vraiment eu un cycle de 10 années de recherches, et aujourd’hui avec Beloved, c’est le début d’un nouveau cycle. J’ai compris tellement de chose, je suis plus apaisée et heureuse. Évidemment, je suis humaine donc il y a des jours où je suis en moins bonne forme. Mais je vis mon rêve, j’ai énormément de gratitude. Très souvent je pense à mes ancêtres qui ont eu des vies beaucoup plus difficiles et même tout simplement au monde, aux gens qui n’ont pas la chance de vivre ça.

Je n’ai pas envie que ce rêve que je vis soit égoïste, je veux juste montrer aux gens que c’est possible, les inviter à suivre leurs rêves. Comme le dit Paulo Coelho dans “L’Alchimiste”, “réaliser sa légende personnelle” et j’ai vraiment envie d’encourager les gens à réaliser leur propre légende personnelle, être dans le partage. Je n’ai pas plus de facilité qu’un autre, c’est juste que j’ai travaillé pendant 10 ans pour y arriver. Si moi je l’ai fait, alors tout le monde peut le faire.

Découvrez Beloved, le premier album de Lubiana :

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