Son nouvel album fait partie des meilleurs projets pop sortis en 2026, et ça tombe bien car Loreen est sur aficia pour une interview ! Entre son évolution depuis le carton de “Tattoo”, la création de ce nouvel opus qui aura mis trois ans à naître et l’amour que lui porte la communauté queer, tout y passe lors de cet échange hors du temps.

Huit ans. Huit ans sont passés depuis que Loreen a sorti son deuxième album, intitulé Ride. Depuis lors, beaucoup de choses ont changé !
La chanteuse suédo-marocaine qu’on a tous découverte lors de sa première victoire au concours de l’Eurovision avec le morceau “Euphoria” a pu retenter l’essai deux fois en participant à la sélection nationale : le Melodifestivalen. La deuxième tentative (sur quatre, au total) aura été la bonne car Loreen est choisie par les suédois (qui prennent l’Eurovision très au sérieux) pour représenter leur pays lors de l’édition 2023 du concours, qui s’est tenue à Liverpool.
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À partir de là, tout s’enchaîne pour la chanteuse de 42 ans : après avoir fait partie du top 5 des bookmakers durant des mois, elle remporte le trophée de l’Eurovision le 13 mai 2023 – devenant la première artiste féminine à gagner deux fois, mais aussi seulement la deuxième artiste en 67 éditions à ramener la coupe à la maison à deux reprises. En France, “Tattoo” – qui était déjà un #1 en Suède à sa sortie – est en tête des morceaux les plus diffusés en radio, dans le Top 10 des morceaux les plus streamés sur les plateformes, et surtout il est certifié Disque de Diamant par la SNEP. Un carton !
Et la France devient très vite LE pays qui tombera amoureux de Loreen, au point où elle se rend fréquemment dans le pays pour de la promotion, notamment au travers d’apparitions très remarquées dans “The Voice” ou encore “Star Academy”. Une victoire de venir reprendre ses morceaux avec de jeunes pousses pour celle qui s’était retirée du monde musical après sa première expérience dans “Idol” en 2004. Et, pour couronner ces trois ans de succès, Loreen a récemment annoncé sa signature avec Polydor France (une branche d’Universal Music Group).
Une artiste éprise de la France
Du fait de ses origines, Loreen a longtemps espéré conquérir la France, encore depuis l’époque de “Euphoria” – comme le confie souvent en interview celle qui adorerait travailler avec Stromae et Justice. Cela ne s’est pas fait à l’époque, mais elle croit au destin : “J’ai tellement de respect pour les français et leur intégrité. Je peux le dire sincèrement, culturellement parlant vous adorez la musique. Vous adorez les esprits créatifs, et les arts. Vous appréciez l’art lorsqu’il est authentique, lorsqu’il est fait avec le cœur. Quand vous ressentez que ce n’est pas fait avec passion, vous refusez d’écouter. Et je me retrouve beaucoup dans cet état d’esprit. C’est énorme, pour moi, d’enfin être acceptée ici. Je le voulais depuis longtemps. On est connectés, et je me sens à la maison quand je viens ici pour présenter mon art. Cela ne s’est pas fait à l’époque de Euphoria car moi-même, à ce moment-là, je me cherchais. Ce n’était pas le bon moment”.
La sérénité que tout est déjà écrit et que rien n’arrive sans raison, c’est ce qui a assuré à Loreen le meilleur après-Eurovision. Lorsque je lui demande si elle a pu ressentir de la pression pour enchaîner avec un nouveau tube après “Tattoo” (numéro 1 dans 10 pays, numéro 10 dans d’autant plus…), elle affirme “ne pas penser en termes de succès”. Depuis “Tattoo”, plusieurs singles (plus fameux les uns que les autres) sont sortis, menant progressivement à la sortie de ce nouvel album tant attendu. “Je sais que le succès est un concept important, affirme Loreen, mais je pense que si tu veux prétendre au succès, il faut que ta musique soit authentique. Il faut se concentrer sur la sincérité de la musique, et ne pas viser le succès ! C’est dans les situations où je l’ai le moins cherché que le succès est venu à moi ! Et, lorsque j’ai tenté de le provoquer, ça n’a pas pris. C’est dangereux de viser le succès car les gens veulent de la musique qui leur parle, ils veulent apprendre à se connaître à travers tes chansons. Ils ne veulent pas que tu sois quelqu’un d’autre”.
Je me sens tellement comme chez moi dans les espaces queer, et c’est incroyable d’être entourée de gens qui t’aiment pour ce que tu es ! Ils se voient en moi, tout comme je me vois en eux. Je suis une femme libre, et c’est ce qui définit la communauté queer à mes yeux.
C’est le destin qui l’a déterminée à se présenter de nouveau à l’Eurovision, et c’est également le destin qui fait que ce troisième projet sort maintenant, selon Loreen : “J’ai vraiment la sensation que maintenant est le bon moment. J’ai hâte de voir ce que le public en pense, lire les réactions des gens. Dans ma vie, tout finit toujours par s’arranger au bon moment. Même si j’avais voulu le sortir avant, je n’aurais pas voulu forcer le cours des choses. C’était pareil pour “Tattoo”, d’ailleurs ! J’ai reçu plein de signaux qui m’ont incitée à accepter de me présenter une nouvelle fois à l’Eurovision, et ça s’est fait tout seul. Mais je sais que mes fans ont attendu longtemps, et je suis trop heureuse de pouvoir enfin leur livrer le produit final !”
Un phoenix qui renaît de ses cendres
Cet album – intitulé WILDFIRE – aura donc mis trois ans à sortir, mais parce que sa créatrice était encore en recherche de sa propre identité sonique. Entre électronique et musique traditionnelle (en clin d’œil à ses origines), ces treize nouvelles chansons la voient se détacher de la pop introspective de ses débuts pour quelque chose de plus immersif. Ajoutez à cela un visuel fort et une voix envoûtante au possible, et vous obtenez l’album qui définit le mieux l’artiste complète qu’est Loreen !
Comment définit-elle son propre son en interview ? “Spiritual Pop”, soit de la Pop Spirituelle ! “Je dirais que ma musique est devenue beaucoup plus audacieuse, et je m’autorise beaucoup plus à exprimer ce que je ressens, en dépit de si cela peut intimider ou déranger. Il y a beaucoup de ça dans ce projet, peut-être un peu plus de force aussi, je suis devenue plus extrême. Et plus de couleurs !”, nous confie Loreen. Être la version la plus épanouie d’elle-même, c’est ce que cette dernière voulait exprimer avec ce projet sur lequel elle apparaît plus apaisée que jamais.

Et, comme toujours avec elle, le visuel doit suivre le son ! Dans la continuité de son concept ésotérique et très orienté nature (une nouvelle fois en référence au Maroc et au Désert du Sahara), tous les visuels de WILDFIRE sont minutieusement conçus. La pochette de l’album, particulièrement, a de quoi en marquer plus d’un : “C’est une image qui m’est venue un jour, sans même que je comprenne pourquoi. C’est toujours comme ça que je fonctionne, avec mes visuels. J’ai une image qui apparaît dans mon esprit, et ce n’est que plus tard que je comprends le pourquoi du comment. J’ai la forte conviction que tout nous vient d’une force supérieure à nous, c’est elle qui nous envoie tout. C’est soit notre subconscient, soit des guides ou je sais pas… Mais j’ai directement su qu’il fallait que je porte cette armure sur la pochette, et que je devais être en feu”.
Aujourd’hui, Loreen a trouvé la signification de cette idée qui avait germé dans son subconscient – et c’est ce qui a influencé tout le concept du projet : “Le feu représente l’esprit, le pouvoir qu’on a en nous même lorsque nous brûlons vifs. Même lorsque nous vivons les pires épreuves, nous nous autorisons à être les meilleures versions de nous-mêmes et nous relever. Après, évidemment que l’image de la femme qui brûle n’est pas une coïncidence non plus car je voulais jouer un petit peu avec l’image de la sorcellerie, tout ça. Il s’agit vraiment de prendre conscience du pouvoir que l’on a, et de prendre le contrôle de sa vie !”.
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Loreen, de son vrai nom Lorine Talhaoui, est à des années lumière de la pop star inaccessible et sophistiquée qu’on peut penser qu’elle l’est. On pourrait l’imaginer vivant dans une villa énormissime à Londres, mais la réalité est que, lorsqu’elle ne travaille pas, l’artiste vit en réclusion dans une maison de campagne, en Suède. C’est là qu’elle se repose, et c’est là qu’elle se ressource.
D’ailleurs, celle qui lors de notre entretien demande à son assistante de lui apporter ses cristaux, est une grande croyante. Mais elle est également très connectée à la nature. Et si le feu est présent de façon évidente sur la cover de son album, c’est tous les quatre éléments qui ont influencé son processus créatif : “Le vent, la terre, le feu et l’eau représentent tout pour nous. Ils sont en nous, on les contient sans même nous en rendre compte. C’est beaucoup plus profond que la représentation visuelle qu’on s’en fait, chaque élément contient une émotion. L’eau et le feu, c’est notre ancrage. Le feu, c’est la passion de vivre. Et le vent, je dirais que chez moi c’est la réflexion, la sagesse. Ils sont la preuve d’à quel point l’être humain est complexe, en fait. On se croit séparés de la Terre car on peut marcher dessus, mais nous sommes la Terre. Quand on blesse la Terre, on se fait du mal à nous, indirectement”.
Une fusion entre le traditionnel et le moderne
Ceux ayant déjà écouté WILDFIRE remarqueront que certains titres sortis ces dernières années (notamment “Forever”) ne sont pas présents sur la tracklist. “Il n’y avait plus de place sur le vinyle !, plaisante Loreen au premier abord, avant de donner la vraie raison. En fait, il fallait que ça serve une histoire. Si ça n’a rien à voir avec les chansons qui sont sur la tracklist, je les enlève. En concevant cet album, j’ai fait en sorte que chaque titre raconte une histoire ou un sentiment différent. Et, inévitablement, parfois il y avait des doublons. Alors, par souci de cohérence, j’ai dû tuer certains de mes petits chéris. J’ai retiré Forever car il y a d’autres morceaux sur l’album qui expriment cette énergie”.
Le titre qui exprime cette même énergie que “Forever” (en mieux), c’est incontestablement “Feels Like Heaven” ! Co-écrit avec Sia, c’est vraiment LE morceau de Loreen par excellence (et peut-être celui qui se rapproche le plus du côté épique de “Tattoo”, pour ceux qui réclamaient une relève) ! Cela faisait des années que le nom de l’auteure-compositrice australienne n’était plus apparu dans les crédits d’un album pop, mais il semblerait que c’était, depuis longtemps, une des collaborations de rêve de Loreen : “Cela faisait des années que je souhaitais collaborer avec Sia. Je nous trouve super similaires dans la façon de chanter, elle adore envoyer vocalement, se donner à fond… Elle a sa propre façon de le faire, évidemment, mais j’ai toujours ressenti que ça fonctionnerait ! Elle avait déjà écrit une première version de ce titre, puis je me la suis réappropriée. Nos deux énergies fusionnées donnent ce résultat mythique, elle est incroyable”.
De quoi parle “Feels Like Heaven”, du coup ? Non seulement ce morceau lui a été fait cadeau par une artiste de talent, mais il semblerait qu’il porte également un message très important pour Loreen : “Ce titre fait référence à tout un bout de l’album, qui est super important. Je voulais vraiment écrire sur ma souffrance, et sur l’importance que j’attache à vivre mes émotions, et laisser la douleur se développer pour mieux exorciser. D’où le feu dans le clip de cette chanson !”.
Comme un phoenix renaissant de ses cendres, Loreen écrit pour oublier… Mais aussi pour se souvenir ! Car comment aurais-je pu ne pas lui parler d’un des moments les plus bouleversants du projet – “Lose That Light” ? Sur le papier, une collaboration entre Loreen et une chanteur comme 6LACK peut surprendre. Deux voix aussi uniques sur une même chanson, ça passe ou ça casse… et ici ça plus que passe !
La ballade au piano, coécrite par Mikky Ekko (“Stay” de Rihanna), raconte l’histoire d’un amour comme il en existe beaucoup, mais c’est la performance vocale qui rend le tout bouleversant. Les deux interprètes n’ont pas écrit sur le titre, mais ils se le sont réapproprié comme si c’était leur vécu.
Au sujet de la création “très spontanée” du titre, Loreen se souvient : “J’ai toujours respecté 6LACK, je l’ai énormément écouté. Et, lorsque j’ai entendu “Lose That Light” pour la première fois, j’ai tout de suite su que c’était la chanson qu’il fallait que je lui propose. On n’était pas les plus proches, mais j’ai la sensation que je me sens la plus proche avec les artistes qui conçoivent la musique de la même façon que moi. On a plein de points communs, nous sommes tous deux des durs à cuire. D’emblée, c’était comme si nous avions une connexion naturelle”.
Ces deux collaborations abordées plus haut ont servi à Loreen à apporter une certaine diversité dans la large palette sonique de cet album : “Sia est une sorte de collaboratrice, 6LACK une autre encore, et je pense également à Ólafur Arnalds, avec qui j’ai travaillé sur True Love”. Ce dernier collaborateur est également un des amis les plus proches de Loreen, car il partage l’affiche avec elle dans le projet SAGES. Il y a un an, ce side project de Loreen résultait en un premier EP acclamé par la critique, et aujourd’hui ils remettent le couvert avec “True Love”, qui clôt cet album de la façon la plus cinématique et passionnelle possible.
Pour résumer “Feels Like Heaven”, on pourrait dire qu’il retrace les différentes phases d’une relation amoureuse – de l’euphorie du commencement dans “Lose That Light” à la séparation inévitable mais douloureuse sur “Tattoo”, en passant par le retour de la flamme dans “Is It Love”, il y a un morceau pour tous les amoureux de l’amour, peu importe leur vécu. Le tout abordé avec la sérénité d’une femme ayant vécu, ayant aimé et ayant compris ce qu’elle veut ou ne veut plus vivre en amour.
Et, en parlant d’amour, quelques jours après ma rencontre avec Loreen, l’artiste a pu s’illustrer lors d’un showcase lors de la soirée gay la plus côtée de Paris : la Bitch Party, au Yoyo. Si vous ne connaissez pas l’artiste, cela pourrait surprendre. Mais la réalité est que plus de la moitié du public de la jeune femme se compose de personnes queer – pour son plus grand bonheur !
En lui demandant pourquoi pense-t-elle que la communauté LGBTQIA+ résonne autant avec ses chansons, je m’attendais à ce qu’elle me parle de ses looks hors-normes, de ses performances maximalistes ou encore de ses paroles déchirantes, mais sa réponse va creuser au-delà : “Ça me rend tellement heureuse. Je me sens tellement comme chez moi dans les espaces queer, et c’est incroyable d’être entourée de gens qui t’aiment pour ce que tu es. Honnêtement, je pense qu’ils se voient en moi. Tout comme moi, je me vois en eux. Je suis très expressive, et je crois que ça leur parle beaucoup. Ils savent ce que c’est que de se battre. Ils connaissent la souffrance tout comme ils connaissent l’amour. Tout ce que je chante, ils l’ont vécu. Je ne réprime jamais mes émotions, je ne cherche jamais à les contrôler, je les laisse se produire. Je suis une femme libre, et c’est ce qui définit la communauté queer à mes yeux. Tant de gens dans mon équipe sont queer, des gens que j’aime beaucoup le sont aussi, et c’est clairement pas une coïncidence !” conclut Loreen, qui a toujours pu compter sur le soutien de ses fans LGBTQIA+.
L’année vient à peine de commencer, mais l’album de Loreen fait déjà partie de nos favoris de 2026. Amoureux de la pop, des voix puissantes et des sad bops déchirants, cet album est fait pour vous ! Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, courez voir la sirène pop défendre son album le 30 septembre prochain à la Salle Pleyel de Paris !
La billetterie est déjà ouverte, et en attendant on se délecte de WILDFIRE, disponible sur toutes les plateformes de streaming et en magnifique vinyle chez nos disquaires !
Découvrez le nouvel album de Loreen, WILDFIRE :
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