Rencontre avec Rose Gray, la nouvelle sensation de la dance pop anglaise qui vient de sortir son nouveau single : “Club To Your Arms”.

Lorsque je rencontre Rose Gray dans sa loge à la Gaîté Lyrique, la jeune auteure-compositrice de 29 ans finit de se préparer pour son concert parisien. Le deuxième en un an. Quelques mois auparavant, elle était nommée aux prestigieux Brit Awards dans la catégorie Critics’ Choice. Preuve d’une popularité grandissante, et qui ne devrait pas tarder à croître davantage avec la sortie de son dernier banger : “Club To Your Arms”.
Ce titre, Rose Gray l’a teasé plusieurs fois lors de concerts, notamment lors de son show parisien. Et, celle qui appréhendait quelque peu la réaction de son public n’a pas été déçue, car la salle était en feu. Ce morceau, qui rappelle directement la pop dance de la fin des années 90 et du début des années 2000, est dans la lignée de ce que la musique de Rose Gray a toujours promis : une pop nonchalante, sexy, et sans complexe (ajoutez à cela une influence britannique certaine).
Lire Aussi : Rencontre avec Loreen, guerrière de l’amour sur son nouvel album !
Produit par Zhone (lui-même partiellement responsable du comeback de la dance pop, notamment grâce à son travail pour Demi Lovato, Troye Sivan, Kesha…), “Club To Your Arms” est la quintessence même du tube de l’été, avec un refrain entêtant, une production puissante et des vocals envoûtants. À une époque où la pop semble connaître un retour de popularité, c’est si rafraîchissant d’observer l’ascension d’une geek du genre, qui l’a étudiée en profondeur pour, par la suite, créer son propre son.
“On l’a finie il n’y a pas si longtemps que ça, mais aussitôt que c’était bouclé j’ai su que c’était ce titre qui devait sortir en premier”, nous confie celle qui s’est entourée de Justin Tranter (Selena Gomez, KATSEYE…) pour cette pépite pop qui risque de faire vibrer les clubs et playlists de toute l’Europe. “J’écris mes chansons comme des hymnes, c’est très anthemic. J’ai toujours eu une sensibilité particulière pour la pop, mais le côté underground est très présent aussi. Et, évidemment, j’adore la dance music. J’essaie de fusionner ces trois styles-ci de la meilleure des façons”.
C’est une belle période pour les femmes dans la dance pop, et je n’ai plus à devoir expliquer mon son dans une pièce remplie d’hommes en costard-cravate, parce que maintenant ils ont saisi. Ça veut pas dire que je fais de la musique pour eux, ils ne sont pas la cible de ma musique. Mais ça fait du bien de plus devoir s’expliquer.
Évidemment, comme toute bonne élève de la pop music, Rose Gray connaît ses classiques. Et lorsque je lui demande ses influences, le nom de la pionnière de la dance pop sort comme une évidence : “J’adore Madonna ! Depuis l’enfance, c’est mon idole. Je l’admire en tant qu’artiste, mais aussi en tant que femme. Mais j’ai aussi admiré beaucoup d’icônes pop, comme Christina Aguilera”. La partie indie, quant à elle, a été apportée par d’autres icônes, qui elles aussi ont fait les beaux jours des clubs du monde entier : “Évidemment que j’adore, aussi, Björk, Sade… Et j’ai beaucoup été influencée par la scène dance britannique, en fait. Comment ne pas citer Opus III, Underworld, The Chemical Brothers…”.
Des débuts dans le jazz
L’univers des clubs anglais, Rose ne plonge pas directement dedans, car c’est dans le jazz qu’elle fait ses débuts. Et lorsque je lui en parle, elle ne peut s’empêcher de rire en y repensant. Car la Rose Gray adolescente, qui a grandi entourée de musiciens et d’acteurs dans le quartier de Muswell Hill, au nord de Londres, fait ses premières armes dans un registre plus classique. Après avoir remporté un tremplin, elle a même l’opportunité de signer en label et commencer à composer un premier album. Mais l’expérience ne se passe pas comme prévu, et le contrat est rompu. “Je pense que j’étais une jeune fille innocente, mignonne, avec une voix, mais qui ne savait pas trop comment l’utiliser. Au moment où j’ai abandonné la fac, j’ai commencé à chanter en m’accompagnant d’une guitare. Et je sais pas, lorsque je chantais, ça sonnait un peu jazzy. J’expérimentais, je cherchais mon son. J’ai même eu un job, dans un club de Woodford, qui consistait à chanter des standards de jazz pendant une trentaine de minutes. Mais bon, très vite, je me suis rendue compte que c’était pas le style dans lequel je voulais écrire mes propres chansons”.
Lire Aussi : Rencontre avec ADELA, popstar des temps modernes
Son propre son, elle va le trouver alors qu’elle travaille à Fabric, club iconique de la banlieue de Londres (#1 des 100 meilleures boîtes de nuit du monde selon DJ Mag en 2007) : “À dix-huit ans, j’ai eu un job en tant que portière au Fabric, que je fréquentais déjà en tant que cliente. J’y allais après le travail, et les lineups étaient souvent fous. Après ça, mes amis s’y sont mis aussi, et c’est ainsi que le clubbing a beaucoup joué au début de ma vingtaine. J’adorais la musique qu’on y entendait, et je voulais vraiment expérimenter avec ma propre voix sur ce type de chansons ».
Un peu comme Björk lors des sessions de son premier album, Rose Gray a énormément été influencée par la scène dance anglaise, la preuve avec son excellent premier album : Louder, Please. Salué par tous les médias musicaux, ce premier opus livre une dance pop hédoniste, qui dessine un équilibre parfait entre les plaisirs coupables pop et les expérimentations alternatives (apportées notamment par des influences house et jungle). Il y en a pour tous les goûts, et c’est exquisément bien produit : de la pop carefree et empowering de “Wet & Wild” à l’alternative intimiste de “Everything Changes (But I Won’t)”, en passant par l’hommage au quartier de Hackney Wick sur le titre du même nom ou encore la mélancolie de “Party People”, qui peut-être résume le mieux ce projet…
“J’écris surtout sur mes expériences personnelles, et pour l’instant il n’y a pas eu de moment où l’inspiration est venue à me manquer”, explique Rose Gray sur son processus créatif. “Il y a toujours quelque chose à raconter, dans ma vie. J’ai un groupe d’amis incroyable, et parfois je peux également puiser dans leurs vécus, dans ce qu’ils me racontent. Et parfois, exceptionnellement, je peux être plus conceptuelle et écrire sur des choses qui ne me sont pas arrivées, que j’imagine. Un peu comme j’ai pu le faire en écrivant pour d’autres artistes”.
Lire Aussi : The Last Dinner Party en Interview Sans Filtre : deuxième album, Americana, évolution artistique…
La particularité de Rose Gray, et ce qui rend ses sessions d’écritures particulières, c’est quelque chose avec quoi elle est née : son don de synesthésie. Pour elle, chaque chanson est associée à une couleur ! “Quand j’écris une chanson, je ressens des couleurs. April, par exemple, c’est une chanson rouge ! Y’a aucun doute là-dessus. Tectonic, c’est violet et jaune à la fois”. Et comme toute apprentie popstar qui se respecte, Rose Gray attache une grande importance au visuel, car les couleurs ne sont pas les seules choses qui lui viennent en écrivant : “À mes yeux, chacune de mes chansons mérite un film. Je suis une musicienne très visuelle. Parfois, je regrette de ne pas être née 15, 20 ans auparavant, à l’époque où le clip vidéo était encore indispensable. Chaque chanson avait un clip. Mais j’ai l’impression que, ces derniers temps, le clip vidéo revient en force. Il revient prendre sa vengeance !”
Une musique visuelle avant tout
Évidemment, impossible d’être une popstar digne de ce nom sans un visuel marqué. Et, même si les clips vidéo n’ont plus tout à fait la côte, la musique n’a jamais perdu son aspect visuel. Au contraire, Rose Gray a bien compris à quel point – aujourd’hui plus que jamais – un visuel fort pouvait attirer l’auditeur. Pour la pochette de cette première proposition, il fallait un visuel qui claque – mais elle n’a pas eu à bouger le petit doigt car ça lui est venu en rêve. “La pochette de Louder, Please m’est effectivement apparue lors d’un rêve. J’ai vu cette plage, je me suis vue crier, avec ce casque. J’ai toujours voulu des gens qui s’embrassent dans mes visuels, aussi”. Faire de ses rêves une réalité, Rose Gray en a fait son mantra, car aussitôt le rêve fini elle met tout en œuvre pour avoir LA pochette d’album parfaite… Quitte à y mettre ses dernières économies : “J’ai fait comme une fixette dessus, je voulais absolument que cette photo se matérialise. Je n’avais pas d’argent de la part de mon ancien label, qui ne me soutenait pas dans mon projet, j’étais une vraie underdog. Mais je m’y suis accrochée, j’y ai mis tout l’argent que j’avais, et j’ai demandé à mes amis de figurer dessus”. Le dévouement de Rose Gray pour le visuel parfait va la mener en haut d’une montagne enneigée pour le shooting d’une pochette pour l’édition deluxe de Louder, Please – qu’elle a d’ailleurs immortalisé pour ses fans.
Ce sentiment d’être une underdog de l’industrie musicale dont elle parle, et que ressentent énormément de musiciens, Rose Gray vient tout juste de s’en séparer. La petite chouchoute des médias anglais, qui vient de finir sa deuxième tournée européenne en tête d’affiche, l’admet : “Ça me rassure de voir que tous mes efforts n’étaient pas en vain, que je n’étais pas folle pendant les cinq dernières années ! J’étais même arrivée à un point où je me demandais si je ne devais pas changer de voie. Mais je ne suis pas encore là où je veux arriver, j’ai encore du chemin à faire ! J’ai envie de prendre mon temps, et j’adore voir les choses venir à moi progressivement. La dernière fois que je suis venue à Paris, je pense qu’on devait être 300 dans la salle, c’était beaucoup plus petit qu’ici. Et, maintenant, des marques me prêtent des vêtements, et j’ai l’opportunité d’agrandir ma fanbase progressivement. Tout se déroule de façon si organique et satisfaisante, c’est pas comme si je m’étais réveillée virale sur les réseaux sociaux du jour au lendemain. Mais j’ai de grands rêves, évidemment que j’ai envie de me produire dans des arènes, de construire de gros spectacles comme mes icônes. Mais, à la fois, j’ai pas non plus envie d’arrêter de jouer dans les clubs”.
Si Rose Gray a autant gagné en popularité dernièrement, c’est aussi grâce à des collaborations prestigieuses – certaines avec des figures dance pop. Après avoir rejoint la reine-mère de la dance pop Kesha sur le remix de “ATTENTION!”, Gray a pu collaborer avec JADE, Shygirl ou encore Demi Lovato sur un remix inclus dans son album It’s Not That Deep (Unless You Want It To Be). “Cet album de Demi, c’est vraiment LE album de dance pop parfait. Je suis tombée amoureuse de Joshua Tree, alors j’ai envoyé un message à Justin Tranter, avec qui j’ai collaboré, et qui a coécrit ce titre avec elle. Je lui ai dit que, si une édition deluxe venait à paraître, j’adorerais en faire partie. Et c’est ainsi que Demi m’a envoyé un message sur Instagram, et le reste fait partie de l’histoire”. Quant à JADE, ancienne membre de Little Mix et elle aussi grande amoureuse de la pop, il s’avère qu’elle était une grande fan de Rose Gray : “On était réciproquement fan de nos univers respectifs, on a beaucoup échangé par messages. Je l’ai laissée choisir la chanson qu’elle voulait remixer, mais Angel Of Satisfaction s’est imposée comme une évidence car elle est sortie à quelques jours d’intervalle avec sa chanson Angel of my Dreams”
“La musique est un monde dominé par les hommes, et la dance pop d’autant plus, mais j’ai l’impression que dernièrement les filles règnent ! Et on dirait vraiment que je n’ai plus le besoin d’expliquer ce que je fais aux hommes, car ils le comprennent enfin. Ils comprennent enfin ce que les femmes, on a toujours compris. La dance pop, ça a toujours été dominé par les femmes. Ne serait-ce que Kylie, Madonna, les légendes qui la font depuis si longtemps, et plus récemment d’autres artistes comme Zara Larsson, qui nous fait danser depuis au moins dix ans. C’est une belle période pour les femmes dans la dance pop, et je n’ai plus à me retrouver à devoir expliquer mon son dans une pièce remplie d’hommes en costard-cravate, parce que maintenant ils ont saisi. Ça veut pas dire que je fais de la musique pour eux, ils ne sont pas la cible de ma musique. Mais ça fait du bien de plus devoir s’expliquer”, conclut celle qui affirme vouloir s’impliquer de plus en plus dans la production de sa musique, à l’instar de ses consoeurs. “C’est drôle car, évidemment que ce serait tellement plus simple si j’arrivais à produire ma musique intégralement, mais d’un autre côté j’ai la chance de travailler avec des producteurs si talentueux, des génies comme Savan Kotecha”.
Lire Aussi : Dermot Kennedy en Interview Sans Filtre : évolution, décès, importance du live…
Ceux qui, en revanche, font bel et bien partie de la cible de Rose Gray, ce sont les personnes queer, en grande majorité dans sa communauté. Et le choix de se produire en concert à la Gaîté Lyrique, lieu réputé pour ses événements et sa programmation étroitement associés à une démarche d’inclusion et de progression, n’est certainement pas anodin. La communauté LGBTQIA+ a porté Rose Gray dès ses débuts dans les clubs underground de Londres, et elle leur rend bien : “J’adore le fait d’avoir un following composé majoritairement de personnes queer. Quand je suis sur scène et que je regarde la foule, j’ai l’impression de voir mon groupe d’amis. Je me sens chez moi. C’est la meilleure énergie, à chaque fois. Tout le monde est si beau et différent, j’adore descendre dans parmi eux pour danser. C’est mon petit rituel”.
Évidemment que le public présent le 9 mai dernier à la Gaîté Lyrique n’y a pas échappé, et les réactions qu’on peut en lire sur internet sont plus qu’élogieuses. Rose Gray nous l’a promis : la prochaine fois qu’elle vient chanter à Paris, ce sera dans une salle encore plus grande, et avec des tubes encore plus gros ! Et on peut compter sur sa determination folle pour y parvenir. En attendant, l’artiste travaille déjà sur son deuxième album, dont le coup d’envoi a été donné il y a quelques jours avec “Club To Your Arms”, un titre qui risque de rythmer cet été et ceux à venir.
Découvrez Club To Your Arms, le dernier single de Rose Gray :







