Amir en interview : « J’ai reçu mes premiers applaudissements sur une reprise de Johnny Hallyday »

Un an et demi après sa performance à l’Eurovision et la sortie de l’album Au cœur de moi, Amir fait le bilan de son succès pour aficia. Rencontre.

Le succès est à nouveau au rendez-vous pour Amir, dont l’album Addictions publié à la fin du mois d’octobre a fait un très bon démarrage dans les charts. Défendu par le single « États d’amour » qui poursuit une carrière radiophonique brillante, le disque comporte notamment un duo avec le groupe OneRepublic, ainsi qu’un autre avec sa femme Lital. Il l’est également sur scène dans le cadre d’une tournée qui occupera le chanteur encore une bonne partie de l’année 2018, énième témoignage d’une notoriété croissante. Amir s’exprime à propos de ce succès, de ses dernières collaborations, et rend hommage à Johnny Hallyday. Rencontre.

L’interview…

Après le succès de ta performance à l’Eurovision l’an dernier et ta distinction aux MTV Europe Music Awards pour la deuxième année consécutive au mois de novembre, ne penses-tu pas à entamer une carrière internationale ?

J’ai encore un tas de choses à apprendre.

En toute honnêteté, je n’ai rien contre cette idée. Je suis dans une démarche très volontaire et engagée pour le développement de ma carrière francophone. Je n’en suis qu’à mes débuts, je viens de publier mon deuxième album français. Même s’il y a beaucoup de belles choses qui font rêver à l’international, je préfère faire les choses dans l’ordre. Evidemment que lorsque des signaux comme ceux-là se présentent, ça donne envie. Mais il faut réaliser qu’entreprendre ce genre de choses demande de l’investissement et du temps, et je ne voudrais pas le faire au détriment de ma carrière en France. Donc je continuerai à installer les choses ici jusqu’à ce que le timing soit bon pour développer en plus large et en plus grand. (Sourire)

Tu as récemment enregistré le duo « No Vacancy (J’te remercie) » avec OneRepublic. Avec quels autres artistes internationaux pourrais-tu chanter à l’avenir ?

Il y en a plein qui me donnent envie ! Si je me focalise sur la pop actuelle, je te dirais que j’adorerais chanter avec Pink, Sia ou même Ed Sheeran… C’est marrant, parce que j’ai l’impression qu’il y a plus d’artistes avec qui j’aimerais collaborer que d’artistes avec lesquels je n’aimerais pas. J’ai plus généralement de l’admiration pour tous ceux qui font quelque chose que je ne suis pas capable de faire.

Il faut faire preuve d’une certaine humilité pour penser de cette manière-là !

Oui, je pense que c’est important de penser comme ça, en partant sur la base que nous sommes tous singuliers. Moi, je pense surtout à mes lacunes. Même s’il est possible que certains artistes, à l’inverse, considèrent que je puisse faire certaines choses mieux qu’eux… Je pense à ce que je pourrais améliorer, aux nouveaux horizons que je pourrais explorer. C’est en étant dans cette dynamique-là qu’on peut arriver à faire mieux constamment.

Si tu devais justement citer l’une de tes lacunes, quelle serait-elle ?

Le plus  grand danger  du couple,  c’est  la routine.

Il y en a tellement ! (Sourire) Peut-être que j’aimerais améliorer de temps en temps ma façon d’écrire des textes. Souvent quand j’écoute d’autres artistes, il m’arrive d’être touché par un mot que j’aurais aimé pouvoir utiliser dans l’une de mes chansons. Je décortique énormément ce que je vois et entends autour de moi pour m’en inspirer. J’ai encore un tas de choses à apprendre.

Ton album Addictions contient un autre duo, avec ta femme Lital. Comment a germé l’idée de l’inviter sur un titre ?

Au départ, l’idée était d’enregistrer ce titre avec une chanteuse. On avait d’ailleurs une idée bien précise pour ce duo, mais je tairais son nom. Puis finalement, on n’a même pas fait la proposition. En fait, avant de l’envoyer, c’est Lital qui a posé sa voix dessus. Et en écoutant le résultat, mon équipe et moi avons été conquis. C’est ce qui fait le charme de ce duo, parce qu’elle chantait pour une maquette au départ. On s’est donc demandé pourquoi aller chercher midi à 14 heures, et on a conservé cette première prise.

Écoutez le duo d’Amir et Lital, « Idéale idylle » :

L’album Addictions, c’est une photographie de ta vision de l’amour et du couple aujourd’hui. Quelle part de ta propre expérience se glisse dans tes chansons ?

On court à notre perte si on continue sur le chemin de la division.

Cette vision me ressemble, en effet. Mais, en même temps, les histoires d’amour décrites sont tellement variées qu’elles ne peuvent pas toutes être le reflet de ma vie. Ça voudrait dire que je vis à la fois une rupture, une histoire d’amour fou, de l’admiration et l’adultère. Tout ça dans une même relation, ça me paraît hautement improbable ! (Rire) En fait, j’ai raconté des choses que j’ai vécues, ou des choses que mon imagination m’a présenté et que j’ai affronté avec mon approche. L’amour était tellement peu présent sur mon précédent album que j’ai voulu à tout prix l’intégrer sur celui-là pour amener cette poésie qui me manquait.

Après avoir peint la relation sous plusieurs formes, quel est selon toi l’ennemi le plus dangereux pour le couple ?

Je dirais que c’est la routine. Le plus grand danger, c’est lorsqu’on s’habitue un peu trop l’un à l’autre et qu’on prend tout pour acquis.

Tu dresses également un constat assez triste de notre époque dans quelques-unes de tes nouvelles chansons. Qu’est-ce qui a motivé l’envie d’écrire sur la division entre les hommes (« Que seront les hommes ? ») ou le mal qu’il peut faire autour de lui (« Anja »), à travers deux titres qui ouvrent et referment l’album, comme s’ils se répondaient l’un à l’autre ?

Comme tu le fais remarquer, ce n’est pas un hasard s’ils ont été placés en première et en dernière position sur Addictions. C’est une façon de signaler au public que j’avais aussi envie de m’exprimer sur d’autres sujets, sur d’autres thématiques peut-être plus engagées. Je partage des sentiments en restant néanmoins spectateur si je puis dire, en donnant de la matière qui puisse donner à réfléchir. Je ne cherchais pas non plus à assumer une opinion qui pourrait diviser. Parce que justement, pour moi le but de la musique est de fédérer autour d’idées universelles qui pourraient amener un peu plus de bonheur au quotidien de chacun d’entre nous. Ces titres-là puisent leur inspiration dans les attentats commis ici et là, mais aussi dans les débats que l’on mène à longueur de journée sur tout le mal qui se passe dans le monde. Je m’intéresse aussi à notre part de responsabilité en tant que citoyen du monde, au fait que chacun puisse arranger les choses à son échelle. J’espère que ces chansons donneront au public l’envie de se mobiliser.

Au regard de ces deux titres-là, penses-tu que l’homme puisse un jour apprendre la tolérance ?

J’assume mon rôle d’artiste !

Je l’espère ! On a tous des progrès à faire en termes de tolérance. J’ai envie de rêver d’un avenir positif, d’une belle continuité, parce qu’on court à notre perte si on continue sur le chemin de la division. Je pense que c’est une prise de conscience qu’il est important d’avoir. On a par exemple pris conscience dernièrement qu’il était important de protéger la planète. Je ne vois pas pourquoi pas la protection de l’âme de l’espèce humaine ne serait pas un sujet de priorité pour tout le monde.

Ne pourrais-tu pas à l’avenir t’engager encore davantage, comme l’ont fait des artistes comme Renaud par exemple ?

Je ne pense pas. Ça ne fait pas partie de mon caractère. Ce qu’il se passe actuellement dans ma vie et si j’aborde des thématiques un petit peu plus fortes, c’est parce que j’ai pris conscience de ce qu’était devenir une personnalité, avoir de l’influence sur les gens et tenir des propos qui peuvent toucher, mobiliser et faire réfléchir. Je ne veux pas me dégager de cette responsabilité. Mais je pense que des artistes comme Renaud ont d’abord eu la volonté d’exprimer des idées, puis par la suite sont devenus artiste. Alors que moi, j’assume mon rôle d’artiste en apportant cette profondeur supplémentaire sans pour autant donner un caractère politisé à mon message, sans lui donner l’allure d’un combat social. Ce n’est pas mon rôle. Il y en a qui le font beaucoup mieux que moi.

Écoutez le titre « Anja » d’Amir :

On retrouve notamment Nazim aux crédits de ce nouvel album, lui qui avait déjà signé plusieurs titres sur le précédent dont le tube « J’ai cherché ». Peut-on dire que vous formez un binôme et comment s’organise votre collaboration ?

Oui, même si on greffe volontairement à ce binôme d’autres artistes qui apportent des couleurs et enrichissent notre travail. C’est avant tout le travail de deux potes qui sont très aimants et respectueux l’un de l’autre. J’ai envie de mettre en lumière ses talents d’auteur et de compositeur, tout comme lui a envie de sublimer ma part d’interprète. Au final, on se complète. On écrit les chansons avec parfois un déséquilibre dans la quantité apporté par l’un ou l’autre sur un titre. Mais c’est toujours un travail commun. Chaque titre est toujours un bébé dont nous sommes fiers. C’est comme un couple qui fait un bébé. Ce n’est pas grave s’il ressemble plus à l’un ou plus a l’autre. L’essentiel est qu’on aime profondément ce qui découle de notre effort commun.

Est-ce qu’à l’inverse tu pourrais apparaître sur son premier album qui doit sortir l’an prochain ?

Johnny avait un jeu de scène sensationnel.

Je pense déjà que tout le monde n’est pas encore conscient de la qualité ni de la puissance de l’album que Nazim est en train de préparer. Il a cette particularité de faire évoluer son travail dans la modestie, dans l’ombre, et de bien préparer les choses avant de les exposer. Ce serait un honneur pour moi de participer à ce projet…

L’année 2017 a encore été intense pour toi. Quel bilan en tires-tu ?

Je tire bien évidemment un bilan exceptionnel de cette année, qui n’a fait qu’asseoir cette folie qui est arrivée à mon équipe et à moi en 2016. Nous avons été surpris par cette ascension incroyable et le lien rapidement tissé avec le public. Très vite plusieurs questions ont émergé. On s’est demandé si on pourrait faire durer dans le temps cette histoire ou si ce n’était pas qu’un phénomène. Bien-sûr que j’ai malgré tout des doutes encore aujourd’hui, mais concernant plutôt la façon dont je pourrais aborder la suite. Se questionner sur la longévité, c’était quelque chose de légitime au début parce que tout est allé très vite. Maintenant, je suis plus rassuré et je remercie le public de me donner cette confiance en moi.

La fin de cette année est marquée par la mort de Johnny Hallyday, dont tu as d’ailleurs repris « Que je t’aime » sur scène en hommage. Pourquoi avoir choisi ce titre-là ?

Aussi banal que ça puisse paraître, c’est la toute première chanson que j’ai eu l’occasion de chanter dans un karaoké. C’était la première fois que j’osais prendre le micro pour me présenter devant un public. J’avais 15 ans. Ça me semblait très audacieux de le faire ! J’ai donc reçu mes premiers applaudissements sur une reprise de « Que je t’aime ». Je trouvais ça intéressant, maintenant que chanter est devenu mon métier, de rendre hommage à la fois à l’artiste et à ce titre-là qui m’a permis de vivre un moment fort de ma jeunesse.

Que retiendras-tu de Johnny Hallyday ?

Une icône ! Il a réussi à réunir toutes les générations, les garçons, les filles, les gens de diverses origines, autour d’une musique populaire, touchante et efficace. Avec un jeu de scène sensationnel ! Avec une voix qui était davantage plus admirable à mesure que les années passaient.

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