Worakls en interview : « Ce projet de premier album, ça fait un moment que je l’avais en tête… »

À l’occasion de la sortie de son premier album Orchestra, Worakls a bien voulu répondre aux questions d’aficia pour évoquer ce projet mêlant musique classique et electro, la création de son propre label et la tournée dans laquelle il s’est lancé pour présenter ce premier effort.

Voilà déjà plus de 10 ans que Kevin Rodrigues, aka Worakls, est présent sur la scène electro française et internationale. Pourtant, malgré le succès grandissant, le garçon vient à peine de dévoiler son premier album, Orchestra.

10 morceaux mélangeant le classique et l’electro et qui trouvent leur inspiration dans la musique de film dont Worakls est grand amateur. L’occasion parfaite pour aficia d’interroger le garçon sur ce premier projet, ses inspirations, sa tournée avec l’orchestre de Fourvière et sa place d’artiste dans la société.

Worakls… l’interview !

Bonjour Kevin, tu as baigné dans la musique dès ton plus jeune âge. Qu’est-ce que vous écoutiez à la maison ?

Franchement, nous écoutions de tout ! De la musique traditionnelle portugaise comme tant d’autres styles. Venant d’une famille de musiciens et ayant commencé le piano à l’âge de trois ans c’est vrai que la musique me suit depuis mes premières années. Après, je ne pense pas que la musique que nous écoutions à la maison ait complètement inspiré la mienne.

Tu as déjà pas mal d’années de métier derrière toi et tu viens tout juste de dévoiler ton premier album. As-tu eu besoin de toutes ces années pour savoir où tu voulais aller musicalement ?

Pour tout te dire, après mon apprentissage dans le classique, j’ai élargi mon champ des possibles assez rapidement. J’ai commencé à m’intéresser à l’electro en grandissant, en allant dans les clubs jusqu’au jour où j’ai vu Eric Prydz en live, une vraie révélation.

Côté electro, j’ai commencé par bosser une techno minimaliste avant d’élargir mon spectre à une musique plus mélodieuse en y incorporant mes influences des grands compositeurs classiques à ceux de musique de films. Mon but, depuis un moment, c’est de créer de plus en plus de liens entre le classique et l’electro.

Au départ, j’ai commencé par la techno minimaliste, puis je me suis ouvert à la minimale plus mélodieuse. Puis, j’ai continué le process en ajoutant mes influences : Beethoven, ou même les musiques de films. Et, j’en ai mis de plus en plus, en les assumant toujours davantage, en les mettant au premier plan. J’ai vraiment envie de créer des passerelles entre les deux univers.

Ce projet de premier album, ça fait un moment que je l’avais en tête. Je me suis souvent posé pour travailler dessus mais c’est vrai que je me faisais aussi rattraper par d’autres projets et que je me disais que j’aurai tout mon temps pour terminer l’album après ces projets. Le fait d’avoir attendu m’a aussi permis de savoir ce que je voulais exactement, quelle voie je souhaitais emprunter. Je suis plutôt content d’avoir attendu car je sens que je me suis remis au travail au bon moment.

Une question qui doit revenir souvent. Comment as-tu conçu et composé ce projet ?

La première étape a été d’écrire l’album en travaillant les morceaux les uns après les autres. Je n’ai pas cherché de fil conducteur ou d’homogénéité tout de suite. J’ai pensé qu’il était mieux de travailler l’album avec une grande palette de ressentis et d’émotions avant de voir si les morceaux fonctionnaient bien ensemble. Puis comme mon envie était d’amener cette opus sur scène, j’ai travaillé avec Antonin Winter et Zoltan Szanto, mes amis violoncelliste et altiste, pour trouver comment et avec qui je pouvais m’accompagner en live. La dernière étape a été de transposer les morceaux pour ces concerts. Antonin et Zoltan étaient également présents pour ce travail, ce qui m’a permis d’aller plus vite pour le mettre au point.

Sur Orchestra, il y a une chanson dont le titre m’a interpellé « Entrudo », tu y rends hommage à tes origines portugaise d’une autre manière que sur « Porto » c’est bien ça ?

Effectivement, « Entrudo » est l’ancien mot en langue portugaise pour parler du Carnaval. Par contre, comme tu as pu l’entendre, il n’y a plus du tout l’influence des guitares portugaises comme sur « Porto ». Ici, le nom m’a été inspiré par les cuivres qui viennent donner un côté festif, comme une ambiance de Carnaval, au morceau.

Découvrez « Entrudo » de Worakls :

Tu es actuellement en tournée pour présenter Orchestra et tu es accompagné d’un orchestre. Est-ce difficile de se retrouver avec tout ce monde sur scène quand on a l’habitude d’être seul ?

Du point de vue artistique, ça a été très facile. Avec les musiciens, nous nous sommes rapidement trouvés. Nous avons créé des supers liens qui ont été renforcés depuis le début de la tournée. Ce qui a été le plus compliqué c’est la partie logistique. Là aussi, j’ai la chance d’être entouré d’une très bonne équipe. Ce dont le spectateur ne se rend pas forcément compte c’est que même quand je suis seul sur scène, j’ai des personnes dans l’ombre qui s’occupe de moi et font en sorte que tout se passe bien. C’est sûr que c’est un peu différent de gérer une équipe avec une vingtaine de musiciens… Mais c’est aussi un vrai plaisir de tous se retrouver sur scène et de partager des supers moments.

Cette question est souvent celle à laquelle les artistes ont le plus de mal à répondre…Si tu ne devais choisir qu’un titre d’Orchestra, lequel ça serait et pourquoi ?

Très difficile de répondre à cette question ! (Rires) Franchement je ne peux pas y répondre car choisir un seul titre ça serait mettre les autres de côté alors que si je les ai choisis pour l’album c’est que je les aime tous. Orchestra renferment 10 titres qui peuvent fonctionner les uns sans les autres mais j’ai quand même eu envie d’avoir une certaine unité. C’est donc très compliqué de te répondre…

Vraiment si je ne devais choisir qu’un seul titre, j’hésiterais même entre deux : « Nikki » ou « Caprice ». Allez, s’il t’en faut vraiment un je vais choisir « Caprice » qui l’un des morceaux les plus orchestraux de l’album.

Découvrez « Caprice » de Worakls :

Tu as aussi créé ton propre label avec tes camarades N’to et Jaochim Pastor. Qu’est-ce que ça a changé pour toi, pour vous ?

Ça nous a apporté plus de liberté. Avec Hungry Music, nous nous somme dit que nous serions moins dépendants du milieu de l’industrie musicale. Ça nous laisse plus libres dans nos productions et la façon dont nous avons envie de la diffuser. Il n’y a pas une équipe de label qui nous dit « Change ça, ça sonnera mieux » ou bien « Rajoute ça, ça collera plus avec ce que veut l’auditeur ». C’est tellement cool de se dire que nous pouvons nous permettre de faire ce que nous voulons.

Pour ce qui est des garçons, je connaissais déjà N’To avec qui j’avais déjà beaucoup travaillé par le passé. Joachim, lui, est arrivé à la création du label et comme nous aimions son travail, nous lui avons proposé de nous rejoindre dans l’aventure. D’être trois, ça nous permet aussi de nous entraider sur la musique de chacun comme notre goût est plutôt porté sur la musique mélodique.

Après les attentats du 13 novembre tu as dévoilé « La parisienne », Est-ce important pour toi de qu’un artiste puisse s’exprimer par son art sur des sujets aussi douloureux et difficiles ?

Je pense qu’avec ce morceau, j’ai voulu partager mon état d’esprit du moment et avoir un certain engagement citoyen, plus que politique, dans cette société. Reprendre « La Marseillaise », ça m’a semblé être logique, sans prétention. On s’attaquait à notre culture donc je me suis dit que la meilleure manière de répondre à ces attaques c’était de le faire avec notre hymne. Je n’ai pas voulu que les gens prennent ça pour de la récupération donc j’ai voulu que le morceau soit en libre accès. J’ai joué au Bataclan avec mon père en janvier 2014 alors quand c’est arrivé, je me suis dit que ça aurait très bien pu arriver durant mon concert. Si j’avais voulu, j’aurais très bien pu me rendre sur les lieux du drame et déposer une gerbe de fleurs mais pour moi ce n’était pas suffisant, j’avais besoin de m’exprimer par l’intermédiaire de mon art.

Je n’ai jamais voulu la jouer sur scène. La seule fois où j’ai ressenti le besoin de le faire c’était lors d’un concert en Allemagne qui a eu lieu le lendemain de l’attentat de Nice. Avec les musiciens qui m’accompagnent d’habitude, nous avons décidé de jouer le morceau pour rendre hommage aux victimes…

Découvrez « La parisienne » de Worakls :



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